‹ La Thrombose et L'Embolie Post-OpératoiresChapitre 37 sur 40 · OBSERVATION VII · texte numérisé non relu

OBSERVATION VII

(Due à l’obligeance de M. le docteur Giraud, interne des hôpitaux de Montpellier)

- Henriette P..., épouse S..., 44 ans, de Narbonne, entre à l'hôpital le 12 avril 1911 pour tumeur abdominale.

Depuis 14 ans la malade présente des métrorragies, d’ailleurs très espacées et peu abondantes, avec augmentation progressive de volume de l'abdomen.

À son entrée à l’hôpital, elle accuse des douleurs sourdes et peu vives dans la fosse iliaque gauche, irradiées dans la cuisse correspondante, accrues par la fatigue et la marche. Pas de pertes blanches. Les règles ont de la tendance à avancer ; elles se prolongent pendant 5-7 jours, sont plus abondantes que par le passé, avec quelques caillots. Quelques troubles légers de la miction, pas de troubles de la défécation.

Rien d’intéressant du côté des divers appareils.

A l'examen, femme obèse, aux chairs molles, aux téquments décolorés, présentant un état d’anémie assez marqué. Au niveau de l’abdomen, la palpation révèle une lumeur volumineuse et très irrégulière, de consistance ferme, remontant jusqu'au rebord costal, située du côté : gauche de l'abdomen, que le toucher permet de rattacher à l’utérus. S A l'auscultation, rien aux poumons. Au cœur, les bruits sont normaux ; mais la malade à de la fachy-

cardie : le pouls se tient normalement entre 90 et 100. Pas de varicosilés des membres inférieurs.

Le 25 avril, intervention. Sous aneslhésie à l’éther goutte à goutte, laparotomie médiane et sous-ombilicale. On extrait péniblement un utérus fibromateux, irrégulier, bloqué dans le pelvis, fixé par des adhérences. Les annexes droitess ont enflammées et adhérentes. Onest obligé de réséquer des adhérences épiploïques. Après avoir été contraint à des manipulations laborieuses, quelquefois assez violentes, on arrive péniblement à faire une laparotomie subtotale assez atypique. Sulure sans drainage.

La tumeur enlevée pesait 3 kg. 300.

Pendant les 48 premières heures, la malade présente des vomissements assez abondants. Un peu d’asthénie cardiaque : le pouls oscille entre 100 et 120. La £empérature ne s'élève que le 3° jour ét ne dépasse pas 38. On preserit de la glace sur l’abdomen et un purgatif léger, Selle normale ; tout rentre dans l’ordre et l'état est parfait. Température à 37°, pouls à 100.

Le 7* jour, léger œdème vulvaire; la température s'élève le soir à 37°4. Compresses humides.

Le 9° jour, en raison de l'æœdème, on décide de panser la malade. Au moment où l’infirmier la soulève pour la transporter sur le brancard, elle pousse un cri, porte la main à sa poitrine du côté gauche et perd connaissance. M. Giraud appelé aussitôt trouve la malade dans un état d'asphyxie aiguë, cyanosée et livide ; respiration pénible et lente (8 à 10 par minute); le pouls radial n’est plus perceptible.A l’auseultation, le cœur est régulier à 70 sans arythmie; pas de-bruits anormaux. Au poumon, obscurité respiratoire dans tout le côté gauche.

On fait des injections stimulantes de tous ordres: le

pouls radial reparaît, mais 5 minutes après des sueurs froides apparaissent, la respiralion se ralentit encore, la cyanose se fonce, la malade ne respire plus que 4-5 fois par minute. Le pouls radial disparait pour ne plus reparaître. Le cœur cependant ne s'accélère pas, mais ses bruits s’assourdissent et vers là 15° minute-la mort survient sans que le cœur se soit jamais accéléré.

\ R En somme, embolie de forme suffocante suraiquë, sans accélération du cœur, chez une femme de 44 ans, obèse, habituellement lachycardique, ayant subi pour un fibrome volumineux el très irrégulier, peu hémorragique, une hystérectomie abdominale sublolale.

OBSERVATION VIII (Service de M. le professeur Forgue)

. Adrien P..., 58 ans, entre dans le service de M. le professeur Forgue,le3 mai 1913, pour une très volumineuse hernie inguinale.

Cette hernie ancienne, mesurant 48 cm. de circonférence et 37 cm. dans sa plus grande longueur, gène les mouvements du malade mais ne provoque pas de vraies douleurs. L'état général du malade est bon. Le sujet est maigre, son cœur est normal. Rien de particulier du côté du système veineux périphérique. Rien du côté des divers appareils.

Les antécédents héréditaire s n’ont pas été PIee. du

se

côté des antécédents personnels rien d’intéressant. Le malade aurait eu quelques bronchites et tousserait un peu.

Le 6 mai, anesthésie à l’éther. Le sac est disséqué très haut grâce à une large incision cutanée, puis ouvert. On se trouve en présence d’une hernie péritonéo-vaginale. Le testicule est dans le sac au contact des anses et de l'épiploon. Anse et épiploon sont d’ailleurs normaux. Le testicule par contre est gros, mais mou, de consistance pâteuse, en état de dégénérescence très marquée. On décide de l'enlever avec le sac de façon à pouvoir obturer entièrement le canal inguinal. Suture. Un petit drain est placé sous la peau.

Les suites opératoires sont bonnes. Le pouls, à 72 et 76 le premier jour, se maintient ensuile entre 80 et 90. La température oscille -entre.37°* et 38 Le 3 jour, purge et selle normale. Le 5° jour, le thermomètre descend au-dessous de 37° pour’ne plus remonter. |

Le 16 mai, lors du pansement, on trouve que la réunion est parfaile. Il n'y a pas eu le moindre suintement. On panse le malade et on lui annonce qu'il se Ièvera bientôt.

Le 19, à la visite, le malade insiste pour qu'on le laisse lever, disant qu'il se trouve entièrement rétabli. L'interne, puis M. le professeur Forgue lui-même lui font successivement remarquer qu'il est encore trop tôt et que le lever serait dangereux. Le malade indocile, aussitôt la fin de la visite, se lève, bien qu'on lui ait retiré ses effets, se dirige vers la fenêtre, puis s’affaisse brusquement en portant la main à sa poitrine et en poussant un cri bref.

On vient nous chercher et nous arrivons au moment

où le malade, cyanosé, n'ayant pas repris connaissance, rendait le dernier soupir. On n’eut même pas le temps

de lui faire une injection stimulante, la mort est survenue en 3 minutes environ.

En somme, embolie de forme syncopale, au 13° jour, chez un homme de 58 ans dont le cœur ne présentait à l'examen aucun signe pathologique, survenue à la suite d’une cure radicale de volumineuse hernie inquinale avec casiralion. Suites légèrement fébriles, mais réunion parfaite per primam.

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