A. L'ANESTHESIE GENERALE. SES DANGERS
De nombreux cas malheureux sont venus assombrir les espérances des chirurgiens qui ont pratiqué les opérations que nous venons de décrire.
Parmi les causes d’insuccès, l’une des plus sérieuses nous paraît être le shock provoqué par l’anesthésie générale quand elle est utilisée dans les interventions sanglantes sur le corps thyroïde. Les dégénérescences du cœur observées par Kocrer et Mrcxuzrez (signalées par eux au XXIV® Congrès de la Société allemande de chirurgie en 1895) ne semblent pas lui être complètement étrangères.
Et surtout lorsqu'il s’agit de malades âgés ou affaiblis, ou bien en présence de formes graves du basedowisme, on est en droit de se demander si Vanesthésie générale ne doit pas, à tout prix, être évitée afin, non seulement de supprimer une cause
d'intoxication surajoutée, mais aussi d'éviter les complications cardio-pulmonaires qui se greffent souvent sur les anesthésies générales.
Curris n’hésite pas à attribuer à la grande faiblesse de ses opérés les quatre cas de mort par hyperthiroïdisme ‘aigu qu'il dut noter sur quatorze thyroïdectomie.
I y a d’autres raisons qui nous ont décidé à aban— donner l’anesthésie générale au cours de la thyroïdectomie, soit qu’elle s’adresse à des goitres ordinaires, soit qu’elle s’applique au goitre exophtalmique.
Ces raisons, les voici : -
L’anesthésie générale, non seulement prédispose aux complications pulmonaires (surtout dans les opérations intéressant le cou), mais, au cours de l'intervention sur les goitres, elle peut provoquer des incidents fâcheux ou des accidents graves : l’entrée de l'air dans les veines (accident moins fréquent qu'on ne l’admet généralement), l’asphyxie, notamment dans le cas où le goitre a dévié ou applati la trachée, ou simplement:lorsqu’il s’agit d'exercer des tractions pour libérer le goitre de la trachée. On voit alors la respiration se modifier, du tirage, de la toux surviennent, l’opération doit être suspendue, retardée jusqu’à la reprise de la respiration normale.
Avec l’anesthésie générale entrainant de pareils accidents, la trachéotomie préventive ou urgente s'impose trop souvent pour remédier à des accidents redoutables d’asphyxie. C’est là une complication immédiate venant troubler le cours régulier ou l'harmonie d’une opération dûment réglée, c’est là
59 de — nous voulons dire la trachéotomié — une menace surajoutée pour la vie du malade, et pouvant faire redouter la congestion pulmonaire ou la bronchopneumonie.
Nous coneluons formellement — et notre opinion est fondée sur la pratique de M. Srraup et les démonstrations péremptoires qui découlent de nos observations, toutes en faveur de l’anesthésie locale == nous concluons formellement au rejet de l’anesthésié générale dans les thyroïdectomies (comme d’ailleurs dans d’autres opérations sur le cou et en particulier la trachéotomie) et à l’adoption systématique dé l’anesthésie locale.