Thyroïdectomie dans l’asystolie Basedowienne
a. Quelques résultats de thyroïdectomies sub-totales.
Observation 1
M. l'Abbé … âgé de 33 ans, est adressé au Docteur Welti par les Docteurs Huc et Cochez pour asystolie basedowienne.
Début en février 1930, à la suite d’une mission fatigante par lassitude générale qui disparaît après quelques semaines.
En avril 1930 : amaigrissement, tremblements, palpitations. Très grande fatigue avec diarrhée. L’exophtalmie apparaît, ainsi qu’une tuméfaction du corps thyroïde. Traitement iodé ; bématoéthyroïdine, galvanisation.
Juillet 1930, coliques avec diarrhée. Amaigrissement de 30 kgr. en deux mois. Poids actuel : 45 kgr.
Octobre 1930 : radiothérapie. Vingt séances en 5 mois. Il reprend 15 Kgr., part dans le Midi se reposer ; après quelques jours, il maigrit de 8 kgr. (mars 1931) Tachycardie à 140, faiblesse des jambes.
Mai 1931 : radiothérapie jusqu’en septembre 1931 avec amélioration plus nette que la première fois. Reprise des forces, diminution du corps thyroïde et du tremblement, maïs tendance diarrhéique persistante, avec tachycardie.
En octobre 1931, il reprend son service paroissial mais bientôt apparaît un léger œdème malléolaire qui d’abord disparaît au repos, puis persiste le matin et enfin devient envahissant. Il s'accompagne d’essoufflement et de toux quinteuse.
Le 2 novembre, le Docteur Huc le voyant dans cet état avec des jambes énormes et un œdème remontant jusqu’au thorax, le décide à s’arrêter. On trouve alors des signes d’insuffisance cardiaque avec gros foie douloureux et hydrothorax. Le tout régresse en 10 jours sous l’influence de digitaline et de théobromine.
En juin 1932 : MB. : + 64%.
Maladie de Basedow avec insuffisance cardiaque. Corps thyroïde augmenté de volume, de consistance ferme le lobe droit plus volumineux que le gauche. Pas de thrill à son niveau ; vaisseaux du cou animés de battements.
Cœur : arythmie, au point qu’il est impossible de compter le pouls. Tension artérielle : 14/8.
Urines : présence d’albumine.
Sous l’influence du repos, l’état s'améliore un peu et le pouls est de nouveau perçu, plus régulier. Par ailleurs, exophtalmie très importante. Tremblement des paupières.
Orthocardiogramme (Docteur Piot) : cœur augmenté de volume dans ses diamètres longitudinal et transversal. La pointe est arrondie et le point « G » surélevé. Il semble qu'il s’agisse d’une augmentation de volume du ventricule gauche, le ventricule droit étant peu modifié dans son aspect.
Le 2 juillet, le malade est arrivé à la clinique pour intervention chirurgicale.
Le 8 juillet 1932 : Intervention (Docteur Welti). -— Hémithyroïdectomie large en ne laissant qu’un tout petit moignon
postérieur. Hémostase difficile au niveau de la paroi trachéale.
Le 14 octobre 1932 : hémithyroïdectomie droite très large (Docteur Welti) en ne respectant qu'une étroite bande postérieure. Ce lobe est plus volumineux que le gauche.
Constalations opératoires : corps thyroïde scléreux, rigide comme après radiothérapie. La glande fait bloc avec la trachée d’où difficulté d’hémostase.
Examen histologique (Professeur agrégé Huguenin). — Le corps thyroïde garde en certains points un aspect comme il est habituel de l’observer dans la maladie de Basedow avec hyperplasie et absence de colloïde. Mais dans le deuxième jobe comme dans le premier, cet aspect ne se trouve que dans les flots les plus profonds. Par ailleurs, deux ordres de lésions existent côte à côte :
un aspect caractérisé par la réapparition de colloïde ;
des plages d’hyperinvolution caractérisées par des flaques de colloïde avec revêtement endothéliforme.
En outre, il existe des zones de nécrose considérables, des plages de sclérose insulaire et cette sclérose est quelquefois très intense au niveau de zones où il n’y à pour ainsi dire pas de nécrose cellulaire.
En somme, dans ce cas : mutilation scléreuse et nécrose très importante du corps thyroïde.
Suites opératoires : normales. Le malade signale un petit crachement hémoptoïque deux mois après l'intervention. L'amélioration est très rapide avec disparition de l’essoufflment, des œdèmes et des palpitations. Par ailleurs, les yeux sont moins saillants, la nervosité diminue ; le malade engraisse de 19 kgr. (poids : 82 kgr.). Dès février 1932, cet abbé peut reprendre son service paroissial.
Depuis 1932, il assure son service sans arrêt et peut même faire des prédications fatigantes.
En novembre 1934, état très satisfaisant. Le malade avait un peu trop engraissé et se sent plus à l’aise depuis qu’il a perdu 3 kgr.
Aucun trouble ; ni palpitations, ni dyspnée.
Ni œdème, ni signe de stase pulmonaire.
Foie de volume normal.
L’arythmie persiste, très atténuée, dans ses manifestations fonctionnelles ; le malade ne s’en aperçoit pas.
Orthocardiogramme (Docteur Cochez) : cœur au diamètre un peu supérieur à la normale mais dont le volume a beaucoup diminué.
En octobre 1935, le Docteur Huc donne des nouvelles très satisfaisantes de ce malade dont l’état paraissait désespéré cn21951:
Observation 2
Mme J., âgée de 33 ans, est adressée au Docteur Welti par le Docteur Bronjean et présente une maladie de Basedow dont le début remonte à 1922, deux ans après son mariage ; elle s’est compliquée récemment d’asystolie.
Cette malade a toujours été nerveuse ; elle avait à la moindre fatigue et même sans cause apparente de fortes palpitaticns mais présentait néanmoins un état général satisfaisant. Les règles, étaient toujours peu abondantes. Le corps thyroïde gros, mou, avec hypertrophie diffuse, est depuis 10 ans dans un état stationnaire.
Dans les antécédents, on note : une grossesse normale en 1926 et une fausse-couche en 1930 à la suite de laquelle les palpitations redoublent et la malade commence à maigrir. En outre, la malade, toujours fatiguée, présentait des angines à répétition.
En janvier 1932 : amaigrissement considérable en quelques semaines de 78 à 64 kgr.
En février, à la suite d’une ablation des amygdales, aggravation des troubles basedowiens ; en même temps, apparition d’une diarrhée assez rebelle. La malade, d’une nervosité extrême, se plaint de fréquents cauchemars la nuit.
Les yeux deviennent exorbitants ; le corps thyroïde augmente de volume, quand apparaissent les premiers signes de défaillance cardiaque.
Le foie augmente de volume, devient sensible à la palpation et dépasse de 3 travers de doigt les fausses côtes. Apparition d’un œdème malléolaire, en même temps que la malade de plus en plus essoufflée à la marche, commence à présenter de la dyspnée de décubitus.
A l'examen. — La pointe du cœur est abaissée et déviée à gauche avec extrasystoles. Le Docteur Bronjean conseille un traitement à l’iodone à la suite duquel la malade engraisse de 2 kgr. et il institue des cures de digitaline. La malade est sensiblement améliorée au point de vue cardiaque mais le MB. reste à 70%.
La malade est admise le 4 septembre à la clinique pour intervention chirurgicale.
Intervention le 8 septembre 1932 (Docteur Welti). — Hémithyroïdectomie gauche sub-totale avec ablation de l’isthme (exérèse très large). Après cette première opération, le foie diminue de volume, les œdèmes disparaissent mais la tachycardie persiste.
Examen histologique (Professeur Huguenin).— Premier lobe : hyperplasie diffuse, constituée par des vésicules de petite et de moyenne taille, contenant une colloïde assez dense, rouge ou bleue: les cellules sont tantôtcubiques, tantôt cylindriques. On note des amas lymphoïdes et des cellules éosinophiles. Il existe encore une sclérose en bandes minces mais qui partag les lobules en plusieurs parties.
C'est l’image de l’hyperplasie habituelle à la maladie de Basedow.
Deuxième lobe : hyperplasie diffuse, constituée par des vésicules de taille variable mais aussi par des îlots pleins. La colloïde est assez pâle et bleue. Les cellules sont cylindriques mais aussi cubiques, éosinophiles en certains points. On retrouve la même sclérose, les mêmes infiltrats lymphoïdes mais plus abondants et, en plus, des cellules desquamées intravésiculaires, quelques rares éléments nécrotiques à la périphérie.
En somme : hyperplasie basedowienne moins homogène que sur le premier lobe et présentant quelques zones partiellement évolutives.
Suiles opératoires. — Très rapidement, tous les troubles disparaissent. |
En mars 1933, Mme J., est guérie, travaille sans fatigue et sans essoufflement. Les œdèmes ont définitivement disparu. Elle n’a plus ni palpitations, ni cauchemars et dort bien la nuit,
Cœur régulier. Pouls 80. A engraissé de 17 kgr., se sent tout à fait bien.
Le 24 octobre 1935 : électrocardiogramme : rythme régulier E.CG. normal; orthocardiogramme : légère augmentation du volume du ventricule qui bombe fortement. « GG’ » : 8 cm.
Le 28 octobre 1935 : la guérison complète persiste avec excellent état général. Pouls 76. Les troubles cardiaques ne sont plus revenus.
Le 29 octobre 1935, le MB. + 5,4%.
Observation 3
Mme G., âgée de 50 ans, est adressée au Docteur Welti par le Docteur Bronjean pour asystolie basedowienne.
La malade a toujours été nerveuse mais elle n’avait jamais remarqué que son cou était anormal.
En 1926 : crise d’asthme. Depuis cette époque, des crises semblables se sont répétées deux fois par an. Elles s’accompagnent de sifflements trachéaux et durent 3 à 8 jours. La solubaïne paraît atténuer l’intensité des crises qui se terminent sans que survienne une expectoration abondante.
En 1932, le médecin remarque pour la première fois la présence d’une légère hypertrophie du corps thyroïde.
En août 1933, les crises d’asthme disparaissent mais la malade commence à maigrir.
En septembre 1934 : étouffements, palpitations, œdème des chevilles. L'état s'aggrave peu à peu et le 2 janvier 1935 la malade doit s’aliter pour asystolie avec anasarque. Elle gardera le lit jusqu’au 9 février. Les œdèmes atteignent la paroi abdominale.
Le foie est augmenté de volume.
Le cœur bat très irrégulièrement. Crises d’étouffement soulagées par les ventouses scarifiées.
Sous l'influence de tonicardiaques, cet état s’améliore mais la malade reste dyspnéique et les ædèmes persistent.
Fin mars 1935, nouvelle crise ; les étouffements sont intenses, les jambes gonflent et l’æœdème gagne les cuisses.
La malade est admise à l'hôpital américain le 1er avril.
Antécédents : pas de goitre dans la famille. Bien réglée à 16 ans. Ménopause en novembre 1934.
A l'examen, le 2 avril 1935 : maladie de Basedow avec asystolie.
Barraya 14
Malade très amaigrie, dyspnéique. Les jugulaires sont distendues et animées de battements.
Corps thyroïde : hypertrophie diffuse, occupant l’isthme et les lobes latéraux. Cette hypertrophie d’ailleurs peu importante, ne détermine pas de tuméfaction visible. Consistance ferme et mobilité normale.
Cœur : pointe dans le sixième espace sur la ligne mamelonnaire. Pas de souffle orificiel caractéristique ; arythmie. Pouls : 120, tension artérielle : 15/7.
Foie : augmenté de volume et sensible, débordant largement le rebord costal (18 cm. sur la ligne mamelonnaire).
Œdème des cuisses et des jambes. Par ailleurs, amaigrissement de 17 kgr. depuis deux ans (poids actuel : 47 kgr.). Nervosisme. Tremblements ; irritabilité. |
Pas d’exophtalmie. Pas de phénomènes vago-sympathiques. Pas de troubles vaso-moteurs, sauf sensation de chaleur.
En conclusion : la malade se présente avant tout comme une cardiaque asystolique, et seul un examen méthodique permet de découvrir la cause de cette asystolie.
Le 12 avril, MB. + 16%.
Le 13 avril, sous l'influence du repos au lit, de la digitale et de la théobromine, les œdèmes disparaissent. Il ne persiste qu’un peu d’épaississement des téguments à la face postérieure des cuisses.
Poumons : pas de signes de stase cardiaque ; pas d’épanchement.
Foie : déborde encore de 3 travers de doigt le rebord costal.
Urines normales. Urée sanguine : 0 gr. 33. Pouls : 100, assez régulier.
Electrocardiogramme : arythmie complète, accident « T » HÉDAHIIeUMD Sel EDS
Orthocardiogramme (Docteur Chéron) : l’image cardiaque est assez globuleuse et paraît d’un volume supérieur à la normale. Le bord droit du cœur dépasse assez sensiblement l’ombre de la colonne et la pointe du cœur qui se projette au niveau du diaphragme gauche. Il est à 25 mm. de la paroi thoracique externe gauche. Les battements du cœur sont très rapides, mais leur amplitude n’est pas supérieure à la normale. Les points « D » et « G » ne sont pas déplacés.
Les mensurations en position frontale donnent :
Cœur : diamètre transversal : 125 mm. ; diamètre longitu-
dinal 146 mm. Ces deux diamètres sont supérieurs à la normale qui est respectivement : diamètre transversal: 113 mm. et diamètre longitudinal : 135 mm.
Aorte : diamètre de l’aorte-ascendante en oblique antérieure droite : 28 mm. (diamètre normal pour l’âge de la malade).
Intervention le 15 avril 1935 (Docteur Welti). — Hémithyroïdectomie gauche totale. Corps thyroïde moyennement hypertrophié, friable, seléreux, vasculaire, d'aspect typiquement basedowien. Ablation totale du lobe et du segment adjacent de l’isthme. Par suite de la péri-thyroïde et de l’hypervascularisation il n’est pas possible de cliver le bord postérieur du corps thyroïde avec autant de sécurité pour les parathyroïdes et les récurrents que dans les cas de thyroïdectomies totales chez des asystoliques à corps thyroïde normal. Adhérences très étendues du corps thyroïde au niveau du ligament trachéo-thyroïdien, nécessitant un épluchage méticuleux. Poids réséqué : 24 gr.
Suites normales : exagération transitoire de l’arythmie pendant les premières 24 heures. Amélioration de l’état général et cardiaque pendant les semaines suivantes.
Le 6 juin 1935 : hémithyroïdectomie droite (Doctéur Welti) avec ablation de l’isthme. On respecte une mince bande postérieure au niveau du lobe latéral. Poids réséqué : 40 gr.
Examen histologique (Professeur Huguenin) :
Premier lobe : hyperplasie diffuse constituée le plus souvent par des petites et moyennes vésicules mais aussi par des grandes. Elles contiennent une colloïde le plus souvent ductile, parfois un peu plus dense, mais toujours bleue. Les cellules sont tantôt cylindriques, tantôt cubiques. On note encore quelques îlots lymphoïdes, de minces bandes collagènes.
En somme : hyperplasie basedowienne évolutive.
Deuxième lobe : image d’hyperplasie semblable à la première, On ne trouve aucune différence appréciable.
Suites opératoires le 30 septembre 1935. — Guérison complète de l’asystolie et de l’hyperthyroïdie. Poids : 64 kgr. (a engraissé de 18 kgr).
Cœur régulier, sans arythmie. Pouls 80. Tension artérielle :
Foie de volume normal.
I] n'existe plus aucun signeclinique de défaillance cardiaque. La malade, très calme se sent forte, transformée, complètement guérie.
Ni l’orthocardiogramme, ni l’électrocardiogramme n’ont pu être faits par suite d’une grippe survenue le jour projeté pour ces examens. Notre opérée insiste sur le fait que si elle a repris un poids normal, il ne s’agit pas d’un engraissement véritable mais d’un nouveau développement de ses muscles. Avec une certaine fierté. Cette Anglaise sportive fait contracter devant nous son biceps. De même, la tonicité et la force contractile de son myocarde sont redevenues normales, à en juger par leur état fonctionnel.
Observation 4
Mme Bou., 44 ans, est adressée au Docteur Welti par le Docteur Fraenket pour un goitre compliqué d’asystolie.
Histoire de la maladie. — La malade a toujours eu un goitre. Elle était très nerveuse mais n'avait jamais été malade. En 1928, à 41 ans, ménopause. Depuis cette époque palpitations de plus en plus intenses et fatigue.
En janvier 1931, la malade a des ennuis. Port deux mois elle ne peut dormir. Très grande nervosité.
Amaigrissement de 55 à 40 kgr. Les palpitations s’exagèrent avec crises douloureuses précordiales à certains moments (sensation de griffe, de cœur qui se décroche).
Simultanément, dyspnée d'effort, très grande difficulté pour monter les étages, il est nécessaire de s’arrêter fréquemment.
A certains moments crises d’arythmie.
Elle constate, en outre, l'apparition le soir d’un œdème des chevilles. Ces troubles s’aggravent et condamnent la malade au lit. Elle nous est adressée le 3 avril 1931 en vue d’une intervention chirurgicale.
Examen de la malade.
Adénome toxique avec asystolie. Augmentation de volume des deux lobes du corps thyroïde et petit adénome sur l’isthme. Adénome plus volumineux du lobe droit, exophtalmie.
Cœur : arythmie complète avec pouls à 120, 130. Foie : déborde le rebord costal, douloureux.
Le 27 avril 1931, ablation du lobe gauche et de l’isthme (Docteur Welti). On respecte une petite bande de tissu postérieur au niveau du lobe. Le corps thyroïde est très faible, scléreux et vasculaire. La malade, au cours de l’intervention, fait preuve d’une grande nervosité.
Dans les semaines qui suivent : grande amélioration avec disparition de la dyspnée et des crises douloureuses cardiaques. Le pouls est régulier. Engraissement de 6 kgr.
Le 6 août 1931, ablation du lobe droit : hémithyroïdectomie droite sub-totale (Docteur Welti). Le corps thyroïde est très scléreux, vasculaire, comme au cours de l'intervention précé-
dente. En outre, deux petits adénomes de consistance molle et luisants de colloïde.
Suites opératoires. — En mars 1933, guérison complète.
Disparition de tous les troubles cardiaques.
Engraissement de 20 kgr. Sommeil tranquille. Il n’y a plus d’accès de colère. La malade a repris ses occupations habituelles sans aucun trouble. Son pouls est régulier à 75.
Le 24 octobre 1935, la guérison persiste avec un excellent état général.
Electrocardiogramme (Docteur Facquet) : rythme régulier, électrocardiogramme normal. |
Orthocardiogramme : cœur normal, non augmenté de volume, diamètre longitudinal : 13,5.
Observation 5
Mme G., 36 ans, vient consulter en mars 1935, le Docteur Welti dans le Service du Professeur Pierre Duval, à l'hôpital
de Vaugirard pour maladie de Basedow avec insuffisance cardiaque.
Histoire de la maladie. — En 1928, anurie à la suite d’un cathétérisme urétéral pour pyélonéphrite. C’est à ce moment que l’on reconnaît accidentellement le goitre et l’hyperthyroïdisme. Les palpitations ont débuté deux ans auparavant. En novembre 1928, aggravation des troubles : traitement iodé sans aucun succès. Les bouffées de chaleur, les palpitations, les sensations d’étouffement et l’insomnie ne diminuent point.
En janvier 1929, diarrhée rebelle pendant 20 jours. Amai-
grissement rapide et considérable : 14 kgr. en quelques mois. A cette époque, les battements de cœur deviennent très intenses et s’accompagnent de sensation pénible dans la région précordiale. La malade est très essoufflée. Œdème des chevilles disparaissant par le repos.
Le 2 mars 1929. Examen de la malade. —Maladie de Basedow avec asystolie. À l’examen du cœur, la pointe est dans le cinquième espace en dehors de la ligne mamelonnaire et la matité déborde à droite le sternum. A l’auscultation souffle systolique au niveau de la pointe. Rythme régulier mais extrasystoles. Pouls : 130. A la palpation de la région précordiale : éréthisme cardiaque très intense. Par ailleurs, foie augmenté de volume et sensible. Œdème des chevilles qui persiste les premiers jours de l’hospitalisation. Sous l'influence du repos au lit, de la digitale et de la théobromine, l’état s’améliore.
Par ailleurs, tous les signes de la maladie de Basedow : tremblements intenses, exophtalmie prononcée, hypertrophie diffuse du corps thyroïde dont la consistance est élastique. Souffle continu à renforcement systolique au niveau du pôle supérieur.
MB. (28 décembre 1928) + 50%.
Le 4 avril 1929, hémithyroïdectomie gauche sub-totale (Docteur Welti).
Le 1 juin 1929, hémithyroïdectomie droite sub-totale. A ces deux interventions, corps thyroïde très friable et très vasculaire.
Suiles opératoires. — Amélioration rapide des troubles cardiaques dès la première intervention.
Le 13 juin 1929, la malade se plaint de fatigue et de perte de mémoire. Les troubles disparaissent grâce à l’opothérapie thyroïdienne.
Fin juillet, l’æœdème des chevilles a complètement disparu. La malade ne sent plus que rarement des palpitations. Elle est calme, reprend du poids et retrouve ses forces. A partir de ce moment, guérison rapide. Tous les troubles thyroïdiens disparaissent y compris l’exophtalmie qui, dès février 1930 est pratiquement nulle. Plus de palpitation, plus de diarrhée, règles normales. La malade travaille sans aucune fatigue.
Le 5 janvier 1931, la guérison est complète. La malade a repris son poids d'autrefois. MB. — 2%.
En septembre 1935, la malade complètement guérie n’a plus jamais eu aucun trouble d’origine thyroïdienne.
Observation due à l'obligeance de notre Mattre le Professeur agrégé Paul Moure.
Mlle To., 29 ans, employée de bureau, est examinée le 4 novembre 1922, pour une tumeur de la région thyroïdienne.
Celle-ci est apparue il y a 4 ans. Elle a grossi progressivement et depuis son apparition la malade se plaint :
de sueurs, de palpitations, d’un amaigrissement d'environ 8 kegr.
Actuellement la malade présente un tremblement marqué. Elle a de l’exophtalmie.
Son front ne se plisse pas.
Son pouls bat à 110.
Le cœur est régulier avec quelques extrasystoles.
Localement on constate une augmentation de volume des deux lobes du corps thyroïde, qui est élastique et mobile avec les mouvements de déglutition.
MB., le 12 novembre 1932 + 13,7%.
Le 25 novembre 1932 : hémithyroïdectomie.
Pouls à 84; température 3707.
Anesthésie loco-régionale.
Incision transversale. Découverte de l’aponévrose superficielle. On attire le lambeau cutané vers le haut. Dissociation médiane.
On dégage la face latérale du lobe droit qui est : gros, excessivement dur ; on en fait le tour, mais on n'arrive pas à l’extérioriser. On sectionne l'isthme au bistouri électrique. Le goitre est absolument adhérent à la trachée. On la libère prudemment. On se reporte vers le pôle inférieur, on le détache peu à peu. On descend de haut en bas et on sectionne le lobe latéral, laissant un peu de corps thyroïde au pôle supérieur mais surtout au pôle inférieur.
En coupant le bout inférieur, on coupe et on pince plusieurs branches de la thyroïdienne inférieure.
Hémostase par coagulation. Ligature au catgut du pédicule inférieur pour ne pas coaguler le récurrent.
On a en somme extirpé la presque totalité du lobe latéral
droit, en ménageant un peu de tissu thyroïdien aux deux pôles. Ce lobe estabsolument scléreux.L’hémostase quieut été difficile au catgut a été très facile au bistouri électrique, surtout dans l’angle latéral de la trachée.
Fermeture des plans aponévrotiques au catgut, crins, drains, opération très bien supportée.
Examen de la pièce.
La coupe du lobe thyroïdien montre un tissu compact, très dur, homogène. A la fin de l’opération : poul à 90, toujours arythmique.
Le 9 mars 1933. — La malade rentre de nouveau dans le service présentant une asystolie complète. Elle se plaint de dyspnée assez vive, de palpitations.
A l’examen, elle est assise dans son lit, présente des œdèmes des membres inférieurs, au-dessous des lombes et au niveau de la vulve.
Œdèmes rosés, ternes.
Examen cardio-vasculaire.
Pouls très rapide : 160, irrégulier.
Bruits très marqués.
Souffle de la région méso-cardiaque.
Au niveau du cou : danse des artères, signe de Musset. Gros foie, lisse, déborde les fausses côtes de 4 travers de
doigt.
Un peu d’ascite. Signe du glaçon.
Poumons.
Quelques râles de congestion pulmonaire.
Métabolisme basal :
le 28 mars 1933 : 31% lea ISA le 16 juin 1933 : 42,79
Electrocardiogramme : arythmie complète avec fibrillation auriculaire.
Le 20 juin 1953 : le Docteur Donzelot n’a pas trouvé de lésions organiques.
Prescriplions. — Digitaline, V gouttes le matin pendant 10 à 15 jours. è Solution de Lugol forte, 20 gouttes, deux fois par jour.
Le 30 juin 1933. — Opération : deuxième temps : Pouls 110, température : 370.
Anesthésie locale.
Le côté droit a été enlevé et on a attendu longtemps car la réaction a été assez violente. La malade étant rentrée chez elle a fait une crise d’asystolie, avec anasarque qui a cédé lentement.
Incision horizontale passant dans la cicatrice. On entraîne le sterno-cléido-mastoïdien et on découvre la face antérieure du lobe gauche qui est gros, dur, compact, absolument adhérent au tissu cellulaire de la loge.
On arrive à libérer le pôle supérieur, puis la face externe au bistouri électrique. On fait le tour en haut et en dehors, mais le corps thyroïde adhère complètement à la trachée et à tous les tissus.
On enlève ainsi progressivement la plus grande partie du lobe latéral, mais on a de la difficulté vers la ligne médiane.
On décolle néanmoins progressivement la face interne du lobe de la trachée.
On lie le pédicule thyroïdien supérieur, puis on attaque le pôle inférieur. On voit la thyroïdienne inférieure qui est liée et on résèque tout ce pôle. Peut-être un peu trop près de l’angle, en lésant le récurrent, car la voix de la malade s’altère.
L’extirpation du tissu thyroïdien a été aussi complète que possible. Mais on a plutôt sculpté que disséqué le corps thyroïde. Il reste une surface cruentée dont on fait facilement l’hémostase par coagulation.
On lie seulement au catgut le pédicule supérieur et le pédicule inférieur.
On suture le sterno-mastoïdien qui a été sectionné transversalement, et on place une mèche imbibée de sérum dans la loge thyroïdienne, qui reste ainsi largement ouverte.
Quelques crins sur la peau.
Pansement humide au sérum.
(Pendant l'opération on a copieusement arrosé la plaie avec du sérum).
Les jours qui ont suivi l’opération ont montré une diminution progressive de la température et du pouls, en même temps que l’augmentation du volume des urines émises par 24 heures.
Le 17 juillet 1933. — La malade se sent bien, elle ne présente
plus aucune palpitation, aucun tremblement, n’a plus souffert de bouffées de chaleur ni de sueurs profuses. La température est à 3606 ; le pouls à 76, régulier. Elle urine 1.500 gr. par jour.
Depuisla premièreintervention pratiquée jusqu’à aujourd’hui elle n’a eu qu’une seule fois ses règles du 20 au 30 avril 1933. Le 28 février 1935. — Très bon état général, la malade dort bien, digère bien, ses jambes sont parfois cependant légèrement enflées à la fatigue. Pas de tremblement, légère exophtalmie.
Les règles sont redevenues normales depuis juillet, elle perd régulièrement 3 jours par mois.
Température à 370. Pouls à 80.
Tension artérielle : 16/8.
Cœur régulier.
MB. normal. + 36,6.
Electrocardiogramme : la courbe est parfaitement normale. Depuis cette date, la malade nous a régulièrement donné de ses nouvelles. Son état continue éà être excellent.
Observation due à l’obligeance de notre Maître le Professeur agrégé D. Petit-Dulaillis.
M. Ba., 47 ans, vient consulter le 28 mai 1933, envoyé par le Docteur Escalier, pour maladie de Basedow grave avec troubles cardiaques très marqués.
Les premiers phénomènes observés remontent à juin 1931. Ils ont depuis cette date évolués très rapidement.
Antécédents. — Aucune infection, aucune intoxication n’ont précédé cet état morbide. Pas de syphilis. Le malade dit cependant avoir toujours eu le cou un peu fort, sa mère, une de ses tantes aïnsi que sa fille, ont toutes trois un corps thyroïde volumineux.
Fait intercurrent. — Sa femme présente également une maladie de Basedow.
Dès le mois de juin 1931, le malade se met à maigrir d’une façon considérable. Du tremblement apparaît, ainsi que de l’exophtalmie. La base du cou augmente de volume. Le malade se plaint surtout de troubles vaso-moteurs intenses. Pas de modification psychique, si ce n’est un certain degré d’asthénie où le plonge son état.
À ce moment, il ne suit aucun traitement autre que l’hématoéthyroïdine.
À partir du 1®7 octobre, il subit 12 séances de radiothérapie. Le métabolisme basal, au début d'octobre est à plus 61%, Le poids a diminué d’une façon assez considérable : 10 ker. ont été perdus du 1 septembre au 15 octobre.
En novembre, après lé traitement poursuivi jusque là, chute brusque de poids (4 kgr.) fièvre légère, entre 3705 et 3805. Le malade est alors examiné par le Docteur Escalier. Il présente un goitre très gros, élastique, rénitent, développé dans les deux lobes et lisse.
Aucun noyau ne se détache sur ce fond d’hypertrophie. Le goitre est très mobile sur les plans sus-jacents. Il existe un peu de dyspnée. La voix est légèrement voilée. Les yeux sont exophtalmiques.
Le tremblement considérable est généralisé à tout le corps. Dérobement des jambes.
L’appétit est minime.
Des crises de diarrhée montrent combien sérieuse est l’intoxication.
Rate augmentée de volume.
Poumons normaux.
Pouls régulier : entre 85 et 100.
Tension artérielle : 12-5 1/2.
Cœur très érétique, présentant des souffles anorganiques. Relativement peu de troubles psychiques.
Urines normales.
Examen du sang : globules rouges : 3.100.000 globules blancs : 11.000 hémoglobine : 60%.
On prescrit à ce moment :
le repos complet au lit,
le lugol double à la dose de 40 gouttes, puis 60 gouttes en 5 fois.
Digitaline deux fois par semaine.
De plus : 1 gr. 50 de quinine, d’une façon presque continue.
Pendant l'hiver 1931-1932. — Le malade au repos à Vence dort mieux, son poids remonte à 68 kgr. 100.
Il peut se livrer à de petits travaux.
Le pouls est à 85, cependant le tremblement reste très accusé. Le moindre effort amène déjà quelques palpitations.
D'octobre 1932 à mai 1933. — Une nouvelle aggravation se produit. Le malade est hospitalisé à la Pitié dans le Service du Professeur M. Labbé. Il est à ce moment dans un état très grave. Il pèse 52 kgr.
Des signes d’asystolie sont apparus, le moindre effort entraîne dyspnée et palpitations, le foie est gros, il existe un œdème caractéristique des membres inférieurs.
Le pouls est à 120.
Il présente de l’arythmie, des extrasystoles.
Le métabolisme basal est à + 106.
Devant la gravité particulière des signes observés, on décide de faire une intervention en plusieurs temps, à l’anesthésie loco-régionale.
Première intervention le 8 juin.
Ligature de l’artère thyroïdienne supérieure droite ; l’on se contente de sectionner l’artère entre deux ligatures.
Deuxième intervention le 29 juin.
On répète la même opération du côté opposé, mais en sectionnant cette fois tout le pédicule.
Ces deux temps ont été pratiqués par une courte incision à la hauteur du pôle supérieur du corps thyroïde.
Troisième intervention le 5 juillet.
Hémithyroïdectomie droite.
Incision en cravate.
Goitre parenchymateux assez dur.
Du fait de la ligature préalable, l’extirpation se fait sans une goutte de sang. On la fait particulièrement large étant donnée l'intensité des accidents toxiques.
Fermeture de la capsule, du moignon thyroïdien, des muscles et de la peau. Petit drain dans la loge.
Quatrième intervention le 20 juillet.
Hémithyroïdectomie gauche.
Incision en cravate.
On extériorise le lobe très hypertrophié. L’hémostase est difficile et l’on est obligé de laisser une petite mèche dans l’espace thyroïdien. ;
Fermeture habituelle de la plaie.
Examen histologique (Docteur Ivan Bertrand).
La pièce ne présente pas la structure habituelle du goitre exophtalmique. Il existe de nombreux placards scléreux.
Les vésicules sont de calibre fort inégal. La substance colloloïde offre fréquemment un aspect strié. Néanmoins, l’hyperplasie épithéliale est indéniable. On trouve également de nombreuses régions avec colloïdes très fluides.
Dès la première opération. — On constate une amélioration nette de l’état général. Les troubles cardiaques sont beaucoup moins prononcés, le tremblement a considérablement diminué l’'émotivité elle-même est moindre.
Suites opératoires normales. — A partir du 30 juillet, amélioration très rapide, notamment des troubles digestifs ; la diarrhée cesse rapidement.
Le poids atteint 77 kgr.
Léger tremblement.
Exophtalmie presque entièrement disparue.
Plus de chaleurs, ni de sueurs.
Les jambes ne se dérobent plus. Les réflexes sont redevenus
normaux, Cependant encore un certain degré d’asthénie. Tension artérielle : 14/9.
Pouls encore irrégulier à 80.
Métabolisme : + 8.
En octobre 1933. — I] peut reprendre ses occupations habituelles.
Dernier métabolisme, octobre 1934 + 2.
Poids : 76 Kkgr. ; pouls : 84.
Le malade a encore donné de ses nouvelles le 3 janvier 1935.
Il va extrêmement bien, s'appelle «ex-malade », et occupe à l'heure actuelle des fonctions extrêmement actives dans une administration.
b. Observations de thyroïdectomies totales complémentaires après échec partiel de la sub-totale.
Observation 1
Mme B., vient consulter le Docteur Welti le 24 juin 1933 pour asystolie basedowienne.
Histoire de la maladie. — La malade a toujours eu un goitre qui a été bien supporté jusqu’à l’âge de 50 ans.
En 1922, fatigue, nervosité, palpitations avec irrégularité du pouls. D'autre part faiblesse des membres inférieurs. Radiothérapie : aucun résultat.
De 1922 à 1927, accidents semblables. Le pouls est toujours irrégulier.
En 1924, ménopause et aggravation des troubles. Crises diarrhéiques.
En 1929, début d’asystolie. Essoufflements. Le foie, sensible, est augmenté de volume. Depuis cette époque, la malade a été soumise périodiquement à un traitement à la digitaline. Amaigrissement considérable.
En 1930, la malade abandonne son travail. Nervosité; essoufflements, palpitations.
En décembre 1932, congestion pulmonaire double. La malade ne pèse plus que 44 kgr. Son poids normal est de 63 kgr. A la suite, crises d’oppression, essoufflements, exagération de l’arythmie et grande fatigue.
De février à mai 1933, 13 séances de radiothérapie : résultat nul. Trois semaines après la cessation du traitement chute des cheveux, perte de l’appétit, grande fatigue et amaigrissement de 4 kgr. Œdèmes des membres inférieurs, ascite, essoufflements. Urines rares, la malade part à la campagne, mais son état s'aggrave. Crises d’étouffement nocturne.
24 juin 1933 : la malade est assise dans un fauteuil. Dyspnée considérable avec cyanose. Arythmie complète, de rares pulsations sont perçues à la radiale. Œdème des membres inférieurs et de la paroi abdominale. Ascite. Le foie est sensible et déborde de 3 travers de doigts le rebord costal.
Corps thyroïde, œdème occupant l’isthme et le lobe droit. La malade est transportée d’urgence à l'hôpital américain. D'’août à octobre elle garde le lit. Traitement tonicardiaque et repos. Peu à peu le foie diminue de volume tout en restant gros et sensible. Les œdèmes réapparaissent dès que la malade se lève.
10 octobre 1933, thyroïdectomie sub-totale (Docteur Welti), volumineux adénome du lobe droit et de l’isthme avec zone centrale charnue et petits kystes à la périphérie. Poids du tissu thyroïdien réséqué : 140 gr.
Examen histologique (Professeur Huguenin) : ancien adénome toxique extièmement remanié. Sclérose énorme par
plages, et diffuse ailleurs. Pas de nécrose. Remaniement ancien avec involution adénomateuse. Aspect de Basedow par plages.
La thyroïdectomie sub-totale est suivie d’une grande amélioration ; cependant, l'insuffisance cardiaque ne disparaît pas complètement. :
Novembre 1933, la malade est moins nerveuse. Poids : 43 kgr.
Grande amélioration des troubles digestifs. Les palpitations sont moins intenses mais l’arythmie persiste.
Décembre 1933 : rechute avec essoufflements et tachyarythmie. Sous l’influence de la digitale et de la coramine les troubles disparaissent. L'action des tonicardiaques est beaucoup plus efficace qu'avant la thyroïdectomie.
Janvier 1934, reprise du poids : 47 kgr. Disparition des œdèmes. Palpitations moins intenses. Foie normal. Persistance de l’arythmie.
Février 1934, séjour dans le Midi. A la suite d’une grippe : essoufflements, battements de cœur. Le foie est sensible. Retour d’urgence à Paris. Dans Ile train les battements de cœur reprennent comme avant l’opération. La malade croit qu'elle va mourir et fait appeler un médecin.
De février à juillet 1934, grande amélioration, mais la malade est facilement essoufflée et son cœur est toujours irrégulier.
Août 1934, au cours d’un voyage, œdème de la paroi abdominale et des membres inférieurs. Gêne respiratoire. La malade revient nous consulter.
Septembre 1934, œdème des chevilles. Foie un peu sensible. Arythmie complète. Corps thyroïde : on perçoit dans la profondeur le moignon du lobe gauche.
1er octobre 1934.
Electrocardiogramme : fibrillation auriculaire avec ondulations très visibles en D2 et en D3. En D2, sous dénivellation de la ligne ST. Epaississement du milieu de la ligne descendante de R, en D2. (Docteur C. Lian).
Orthocardiogramme : cœur d’un volume sensiblement normal. Aorte légèrement sinueuse. Calcifications visibles dans la moitié inférieure de l’arc supérieur gauche. Les battements cardiaques sont très intenses.
MB. : Il ne peut être déterminé, malgré deux tentatives,
par suite de l’énervement et de l’appréhension de la malade qui craint d’étouffer
En présence du résultat incomplet de la thyroïdectomie subtotale, une thyroïdectomie totale est envisagée.
5 octobre 1934, thyroïdectomie totale (Docteur Welti). A droite, ablation de quelques débris thyroïdiens découverts au niveau du pôle inférieur. À gauche, présence d’un tout petit nodule calcifié dans le segment supérieur du moignon. Le moignon du pôle inférieur est vasculaire et la résection ménage à Ce niveau une parathyroïde. La trachée est très dénudée.
Examen histologique : avant tout, bloc de nécrose, de dislocation adénomateuse et de sclérose. En certains points, vésicules hyperplasiques, ayant parfois l’aspect assez basedowien, en d’autres enfin, l’aspect d’adénome toxique. Sur un deuxième fragment, aspects semblables, mais sclérose moins importante.
La thyroïdectomie totale est suivie d’une disparition complète de l'insuffisance cardiaque.
Le 9 octobre 1934, pouls : 75. L’arythmie complète a totalement disparu. La malade éprouve un grand soulagement et respire beaucoup plus librement.
Le 17 octobre 1934, électrocardiogramme, disparition de la fibrillation auriculaire avec rythme sinusal. La dénivellation de ST qui était assez accentuée en D2 et en D3 est très diminuée (Docteur C. Lian).
Le 22 octobre 1934. La malade quitte l'hôpital. Elle rentre chez elle et peut facilement monter ses quatre étages, ce qu’elle ne pouvait faire depuis des années. Disparition totale des œdèmes.
Le 4 février 1935.
Electrocardiogramme : rythme sinusal. Persistance de l’épaississement de R en D2. Disparition de la dénivellation de ST.
Orthocardiogramme : cœur normal.
MB. + 8%. La malade peut supporter le masque, mais elle s'énerve.
En avril 1935 : depuis la thyroïdectomie totale, les troubles cardiaques ont complètement disparu. Le pouls a toujours été régulier. Rythme : 76. La malade ne sent plus son cœur.
Son foie est normal et il n'existe aucun œdème. Aucun essoufflement, aucune fatigue. Aucune nervosité.
Poids : 57 kgr. (engraissement de 10 kgr.). Tension artérielle : 17/12. La malade a repris ses occupations.
Aucun signe clinique d'insuffisance thyroïdienne.
Léger épaississement des téguments du visage. Aucun signe de tétanie.
Conclusion : disparition complète de l'insuffisance cardiaque sans troubles endocriniens imputables à la thyroïdectomie totale.
Octobre 1935. Très bon état au point de vue cardiaque, mais prurit intense qui prive la malade de sommeil. Ce prurit est localisé aux membres supérieurs, il est moins marqué aux membres inférieurs. Le soir, la malade se gratte jusqu’à provoquer des érosions de la peau. On prescrit une petite dose d'extrait thyroïdien, pensant que ce prurit est peut-être la manifestation d’un léger myxædème. Cette toute petite dose d'extrait provoque quelques palpitations, les premières depuis l'intervention, sans soulager le prurit. Il est d’ailléurs difficile de dire si ce prurit est une conséquence de la thyroïdectomie totale car la malade, de tout temps, a présenté une grande fragilité cutanée, et en particulier, elle supportait très mal les bains.
Le Docteur Sézary, consulté, porte le diagnoctic de prurit sénile et prescrit une thérapeutique désensibilisatrice.
Observation 2
Mme Mu., 56 ans, est adressée au Docteur Welti par le Docteur Benard le 7 novembre 1933 pour asystolie basedowienne. La malade est admise dans le Service du Professeur Proust à l’hôpital Laënnec.
Histoire de la maladie. — Début en 1927 par palpitations puis exophtalmie et amaïgrissement. En 1928, malgré la radiothérapie, augmentation de volume du cou et aggravation des accidents, avec diarrhée, faiblesse des jambes et grande nervosité. En 1931, apparition des crises cardiaques avec douleurs rétrosternales et arythmie complète. Echec de la radiothérapie. En novembre 1932, congestion pulmonaire et début de l’asystolie.
Barraya 15
Moss
Le 1er mai 1933, maladie de Basedow avec exophtalmie importante. Cathexie et asystolie.
Corps thyroïde :augmentation de volume des deux lobes mais principalement du lobe droit. Le corps thyroïde est de consistance dure, il est mobile. La forme de la glande est conservée. A l’auscultation, souffle continu sur le lobe droit. Exophtalmie très accentuée. Les globes oculaires sont saillants, les yeux pleurent et sont très sensibles à la grande lumière.
Tremblements des paupières et des mains. Bouffées de chaleur. Cœur : arythmie complète, souffle systolique de la pointe qui est reportée en dehors au niveau du cinquième espace. Le pouls rapide et irrégulier est difficile à prendre 120- 130. Tension artérielle : 9/12. Gros foie douloureux débordant les fausses côtes de 3 travers de doigts. Œdème des membres inférieurs. Pas de signes de stase pulmonaire au moment de l'examen. En conclusion, maladie de Basedow avec asystolie. A noter des troubles vaso-moteurs (bouffées de chaleur), une faiblesse des jambes qui fléchissent facilement.
MB. + 47% — le 24 janvier 1933 + 75% —le 9mars 1933 + 35% —le 3avril 1933 Réaction de Wassermann : négative à deux examens.
Antécédents : ménopause à 47 ans.
Examen laryngoscopique : le 5 mai 1933, normal (Docteur Le Jemble).
Le 23 mai 1933, hémithyroïdectomie droite très large (Docteur Welti). Le corps thyroïde est scléreux, friable et vasculaire.
Examen histologique (Professeur Huguenin) : Image d’hyperplasie diffuse mais qui ne respecte pas la lobulation de la glande ; en certains points aspect de petits adénomes ayant dans l’ensemble un aspect polymorphe. Elle est constituée par des vésicules de formes et de taille très inégales et variables d’un point à l’autre. Certaines vésicules sont énormes et présentent des végétations intra-cavitaires inaccoutumées pour leur forme et leur volume. Les formations adénomateuses sont constituées le plus souvent par des îlots pleins mais aussi par des vésicules. Les cellules sont presque partout cylindriques, la colloïde peu abondante, pâle et bleue. On note fréquemment des noyaux monstrueux ; il existe une sclérose
noie
sous forme de larges bandes qui partagent les lobules en plusieurs portions ; parfois elle est nodulaire et dans l’ensemble ce n’est pas l’aspect de sclérose qu’on rencontre habituellement dans la maladie de Basedow.
On note encore de nombreuses zones de nécrose cellulaire, importantes surtout à la périphérie. On ne trouve pas d’amas lymphoides.
I s’agit donc là d’une hyperplasie diffuse, mais assez remaniée par une intense sclérose et des hyperplasies nodulaires lui donnant un aspect polymorphe. Il existe encore une nécrose cellulaire.
C’est là l’image qu'on rencontre dans les Basedow irradiés mais aussi dans les goitres exophtalmiques anciens, ayant subis de nombreuses poussées évolutives.
Examen laryngé, le 12 juin 1933 : normal.
Suites opératoires. — La malade très améliorée dans les mois suivants ne répond pas à notre convocation 3 mois après la première intervention pour compléter l’opération du côté opposé. Elle reprend un travail fatiguant.
En octobre 1933, oppression, crachats rosés et reprise de l’asystolie.
Le 7 novembre 1933, œdème des membres montant jusqu’à l'abdomen. Ascite. Gros foie débordant d’un travers de main au-dessous du rebord costal. Arythmie complète. Tension artérielle : 9 /6.
Le 8 décembre, malgré repos au lit et digitale, crise cardiaque alarmante avec douleurs dans le bras gauche ; puis les accidents rétrocèdent.
Le 4 janvier 1934, pouls mieux frappé : 80. Le foie ne déborde plus le rebord costal, mais reste sensible. Disparition de J’ascite.
Le 3 février 1934, hémythyroïdectomie gauche totale (Docteur Welti). Cette exérèse du lobe gauche est pratiquée totale en raison de la gravité des accidents survenus depuis la première intervention. Aspect identique du corps thyroïde mais formations adénomateuses au niveau du pôle inférieur qui est enclavé dans l’orifice thoracique.
Examen histologique (Professeur Huguenin).
Sur trois fragments prélevés en des points distincts, aspect pratiquement semblable à celui de la première intervention.
Le 8 février 1934, examen laryngoscopique normal.
Suites opératoires. — A la suite de cette intervention, l’état de la malade s'améliore ; elle est plus calme, les tremblements disparaissent, mais les roubie cardiaques persistent et entrainent une incapacité totale.
Le 28 janvier 1935, nausées après le repas, tachyarythmie permanente avec foie augmenté de volume et douloureux.
Subictère, léger œdème des chevilles.
L'examen du cou ne met en évidence aucun débris thyroïdien palpable. À | |
Orthocardiogramme ; (Docteur Helie) le 4 février : 1935, augmentation de volume du ventricule gauche et dilatation légère des cavités droites. DG 14, 5, GG 10,5, HF 14,55.
Electrocardiogramme (Docteur Benard) le 2 février 1935. Arythmie complète. T négatif dans les trois dérivations.
MB. (4 février 1935) — 20%:
Le 19 février on pratique l’ablation du moignon lobe droit afin de réaliser une thyroïdectomie totale. En effet le lobe gauche a déjà été réséqué en totalité (Welti, Barraya).
Le moignon du lobe droit est découvert sur la face latérale de la trachée. La dissection est poursuivie en dehors en se méfiant des adhérences avec la jugulaire interne:
Dans la zone dangereuse on dissèque au contact même du parenchyme qui revient, et au niveau du pôle inférieur on respecte un amas graisseux. Dans la région de division de la thyroïdienne inférieure, résection d’un lobule pédiculé qui serait facilement méconnu. Une parathyroïde est découverte au-dessus de ce lobule. L'opération terminée, la résection du moignon apparaît comme totale. Le tissu réséqué est scléreux et peu vasculaire. Poids : 12 gr.
Examen histologique (Professeur Huguenin), aspect identique à celui des précédentes interventions cependant les nécroses cellulaires apparaissent comme SANRMERE plus importantes.
Suites opéraloires :
19 Au point de vue endocrinien, aucun signe de tétanie, ni dans les jours suivant l'intervention, ni aux examens ultérieurs. Absence de myxodème grave.
Cependant dès lé 20 mars 1935, frilosité et chute temporaire des cheveux. Légère infiltration myxædémateuse des Ke ments. Vertiges.
6 avril 1935, MB. 35%.
Opothérapie thyroïdienne : 2 cgr! d’extrait par jour. Les troubles s’atténuent à l'exception des vertiges qui reconnaissent vraisemblablement une autre origine.
23 mai 1935 : MB. + 5%. |
juillét 1935: MB. — 3%.
14 septembre 1935, aucun : signé de HN Lun malgré l'interruption du traitement opothérapique.
20 Au point de vue cardiaque : amélioration progressive. Le 25 février 1935 pouls 72. Foie augmenté dé volume. Tension artérielle 11,7. VC. 23, 5 (Docteur Facquet).
Orthocardiogramme du 5 mars 1935, peu de modifications sauf légère diminution de volume du ventricule gauche.
Le 18 mars 1935, électrocardiogramme : arythmie. A ne mais T positif en D1 et D2. |
Le 20 mars 1935, crise douloureuse précordiale avec irradiation au bras gauche ; cette crise est la dernière.
Le traitement tonicardiaque est poursuivi les mois suivants, les palpitations et la dyspnée s’atténuent.
Le 27 mai 1935, très grande amélioration. Pouls assez régulier et bien frappé. Tension artérielle 14 — 9,5.
Le 21 septembre 1935, très grande amélioration des troubles fonctionnels. La pointe du cœur bat dans le cinquième espace au niveau de la ligne mamelonnaire. La matité ne déborde pas le sternum à droite. A l’auscultation on n'entend plus le souffle, mais l’arythmie persiste. Le foie déborde de 3 travers de doigts le rebord costal, mais pas de stase pulmonaire, pas d’œdème.
Tension artérielle 16-10 ; VC. 24 (Docteur Facquet).
Orthocardiogramme (le 14 octobre 1935), pas de modifications importantes du volume du cœur.
Electrocardiogramme (Docteur Poumalloux), persistance de l’arythmie complète, mais T positif en D1 et D2.
En réalité, la malade n’apprécie pas actuellement l’amélioration importante de son état cardiaque et l’absence d’asystolie depuis l'intervention. Elle est en effet très préoccupée par un
vertige -persistant : étourdissements fréquents, impression d’être ivre et nécessite de prendre des précautions pour traverser la rue.
En juillet 1935, un examen du Docteur Caussier montre l'absence d'atteinte du labyrinthe et les vertiges post-opératoires ne trouvent pas d’explications. Peut-être sont-ils en rapport avec la paralysie du récurrent notée à la suite de l’intervention.
30 Au point de vue récurrentiel : le récurrent n’a pas été découvert au cours de l’intervention, et celle-ci n’a donné lieu à aucun trouble vocal immédiat.
Mais aussitôt après, la voix est cassée, bitonale par instant, voilée à d’autres.
Le 25 février 1935, immobilité complète de l’hémylarynx droit, paralysie récurrentielle ; l’hémylarynx est normal.
Le 18 mars 1935, la voix est toujours modifiée. Même image de paralysie récurrentielle.
Le 1er avril 1935, aucune modification.
Le 27 septembre 1935, au point de vue fonctionnel la voix est sensiblement plus claire; mais la malade présente une certaine gêne respiratoire, une sensation de constriction thoracique. À l'examen du larynx : paralysie récurrentielle droite.
Le 31 octobre 1935, la voix est très améliorée, son timbre est presque normal et ne laisse pas supposer une paralysie. Examen du larynx : fixité complète de l'hémylarynx droit en position paramédiane. Corde à peine détendue. Bascule légère de l’aryténoïde. L’hémylarynx gauche compense largement en phonation.