LA PROIE POUR L OMBRE
» Il existe, vous le savez, des femmes délicieuses qui ont le goût de l'art ; elles ont encore davantage le goût des artistes. Deux toiles, arrachées à ma complaisance, ayant figuré à une exposition d'incompris, je reçus un après-midi la visite de la comtesse de Z..., jeune noblesse d'empire dont le père avait vendu de la soierie. Le comte de Z..., son mari, n'avait aspiré qu'à ses millions ; il la laissait très libre. C'est toujours beau une comtesse pour un jeune homme, mais celle-ci avait en plus un éclat, une splendeur de forme qui auraient délié la bourse du vieux Caton et forcé le stoïcisme de l'austère Epictète.
» Je dois dire à sa décharge qu'elle n'eut pas de peine à tomber amoureuse de moi ; cela lui était déjà arrivé pour le romancier Brille et pour mon grand confrère Lateste ; mais qui me l'eût dit alors n'aurait pas manqué de recevoir ma main sur la figure. Elle me persuada facilement qu'elle ne connaissait son mari que de nom.
)) Le jour où elle répondit à mon aveu, je crus tenir le monde ; je ne tenais que ma destinée : c'était quelque chose ! Mes amis surent