‹ La toile d'araignéeChapitre 4 sur 11 · LA PROIE POUR L OMRRE · texte numérisé non relu

LA PROIE POUR L OMRRE

que j'avais une maîtresse adorée par les études de femme blonde qu'ils trouvèrent chez moi. Il est certain que ces portraits n'approchaient pas de la réalité. Madame de Z... est ce que l'on peut trouver de plus déhcat dans le genre : des yeux bleus relevés d'un cercle noir autour de l'iris, de longs cils dont l'ombre descend sur le lin modelé des joues, une expression angéhque, un petit nez à peine aquihn, et une bouche si gaie, si spirituelle et si voluptueuse, qu'on ne sait jamais s'il en doit sortir une boutade ou un baiser. Avec cela, des gravités soudaines, de la profondeur, du sérieux, de l'enthousiasme : un bijou enfin, un joyau, un rêve fait chair, une chair faite âme, et des toilettes ébouriffantes !

» Vous me direz : « Collaire, mon ami, vous dépeignez cette femme comme un prodige, et je sens que vous allez en dire beaucoup de mal ; défiez-vous de votre emballement. » Eh bien, non, je ne m'emballe pas ; elle était tout cela, et plus encore ; car la vie est une chose, l'art une autre; mais il naît mille johes créatures par jour, il ne se produit pas un véritable chefd'œuvre tous les dix ans ; c'est une différence qu'on voit plus tard, quand les bêtises sont faites.

» Léa n'aimait pas ma peinture. Peut-être un Balzac, quelque jour, dira-t-il l'antinomie de la beauté réelle et de la beauté artistique. Léa aimait les tableaux exquis, les choses mises au point, les sujets poétiques, les couleurs à effet. Elle aimait surtout sentir sa propre influence dans le pinceau de son amant. Le jour se levait sur cette âme quand elle créait par l'intermédiaire d'une autre. N'est-ce pas toute la femme?

)) Pour moi, cet amour fut quelque chose comme un symbole de ma chance, comme une incarnation de mes espoirs. Je le sus en voyant Léa distinguer Barino, un Italien. Je crus mourir de dépit. Je luttai. C'est l'heure où la jeunesse nous tient dans ses griffes; ma chair criait, mon cœur se révoltait ; je ne voulais pas perdre Léa.

» Quelque temps je vainquis par ma frénésie, par mes airs farouches, par la force sauvage de ma passion ; puis je m'aperçus que je ne tiendrais pas sans le sacrifice suprême, et je laissai fleurir des dons funestes. Ah ! vous auriez entendu le cri montant de la célébrité. A chaque exposition, je gagnais du terrain. Léa, sur-

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