L ATTENTE
lono, tuiis les soirs, à lu inôiiu? Jioun;, j'écartais Icgùrement le rideau et je regardais passer un officier d'infanterie. Ma mère, avec la grâce d'état des parents, no se doutait de rien. J'avais dix-huit ans ; ce n'est pas l'âge où l'on se confie. Le Père Dominicain Service, qui fréquentait encore notre maison, quoique nous fussions ruinés, ne manquait jamais de dire, dès qu'il m'apercevait :
— Quand marions-nous cette jolie lille?
— Elle n'est ni jolie ni bonne à marier, répliquait ma mère.
L'esprit qui nous vient si naturellement m'assurait le contraire. Et quand le lieutenant X... s'était mis obstinément à passer chaque soir devant ma fenêtre, j'avais tout de suite compris que lui non plus ne partageait pas l'opinion de ma mère. Rien de plus charmant, d'ailleurs, que la cour de ce mihtaire. On eût dit une jeune fdie, à le voir si simple, si modeste d'attitude. Il tournait vers moi son œil bleu tendre et affectueux ; un éclair de joie y passait à ma vue, et l'homme s'éloignait, avec une timidité exquise, craignant de me compromettre, ne se retournant jamais.