I. ATTI-NTK
Je no connaissais pas son nom, ot répondant je l'aimais. La chose n'est pas si mystérieuse qu'elle en a l'air. N'y a-t-il pas, en effet, bien d'autres manières de connaître les gens que de s'en tenir à leur état civil ou aux renseignements des agences matrimoniales? Nous nous voyions tous les jours, dans la liberté de nos êtres. On ne pouvait douter, à la manière dont il levait les yeux, qu'il ne fût la franchise et la loyauté même, ni que son amour fût dépourvu de calcul; mais cela ressortait plus clairement encore de ce que les avocats appelleraient les circonstances de la cause. J'étais pauvre, sans espérance ; la seule séduction que j'offrais était en moi, et un don Juan n'eût pas hésité à faire tout son possible pour obtenir gratuitement mes faveurs. Il n'aurait pas été difficile de me faire parvenir un billet : ma mère ne me surveillait guère. Il m'arrivait de sortir seule : quelle aubaine pour ^don Juan ! Dans la petite chapelle où j'allais aux vêpres, un homme hardi pouvait me parler à l'oreille. Lui n'en fit rien.
Vous allez peut-être rire, car les préjugés sur la nécessaire impudence du mâ1(^ ont ridiculisé
le refus de Joseph à madame Piitiphar, mais je pense que mon bel officier, si je lui avais fourni l'occasion de me parler, aurait fui cette occasion. Non seulement il ne voulait pas me compromettre, mais, avant d'être sûr que je serais sa femme, il prétendait se contenter de l'humble indication de sa présence, de sa candidature amoureuse. Il disait : « Je suis là, j'attends ; si vous m'aimez, vous m'attendrez aussi ; je ne serai heureux que si je vous obtiens ainsi de vous-même, sans aucune contrainte. »
Toutes ces paroles, non dites, volaient dans l'air ; nous seuls les entendions. Les plus grands serments ne nous eussent pas mieux attachés l'un à l'autre. Toute la journée, je vivais sur le souvenir de notre entrevue du soir précédent et sur l'espoir de l'entrevue prochaine.
Ma mère finit par s'étonner de me voir, à dixhuit ans, aussi sage qu'une petite mariée ; elle en parla au Père Service, qui lui conseilla vivement de me mener dans le monde. Je n'y allais pas sans plaisir. La toilette, le bal, me ravissaient comme toutes les jeunes filles; mais j'y apportais l'âme éprise et innocente d'une fiancée. Le regard des hommes me laissait froide. Ils