II. Cas d’un C.E. non mobile exerçant une pression
Dans de nombreux cas, la réaction des tissus est très simple et d’observation courante ; il s’agit de troubles de la vascularisation dont les conséquences vont de la formation de tissu seléreux à la nécrose par ischémie.
Il est beaucoup plus intéressant d’étudier l'effet d’une pression (ou d’une traction) sur un tissu conjonctif déjà différencié en raison d’une fonction mécanique : cartilage, tendon, et surtout os.
Il est peu de questions comme l’a fait remarquer Leriche qui soient plus confuses que l'effet des facteurs mécaniques sur le tissu osseux. Leriche ajoute : « Les auteurs mélangent le plus souvent l’influence des facteurs mécaniques sur la formation initiale de l’os et leur influence sur l’évolution de cet os formé et son maintien. » Ce tout dernier point est le seul qui nous intéresse : comportement de l’os vis-à-vis d’une pression.
L'accord sur ce sujet est loin d’être fait : Huter, Volkann et Jorés admettent qu’une pression entraîne la résorption de l’os. Pour Wolff, au contraire, il y aurait dans ces conditions, production d’os. Rabl hésite à conclure. Kirschoer attache surtout de l’importance à la surface de l’os qui supporte la compression. Frantz tient compte de l’élasticité de l'os au delà de laquelle une pression entraînerait des lésions. Il nous paraît logique dans cette question
Sa, Me
de faire intervenir la direction dans laquelle agit la pression par rapport à l'architecture normale de l'os : les canaux de Havers au niveau d’une diaphyse, les travées d’os spongieux au niveau d’une épiphyse dessinent les lignes de force des pressions et des tractions physiologiques en vue desquelles l’os est adapté. Il est à prévoir que la réaction de l'os doit être différente selon que la pression exercée expérimentalement ou accidentellement est parallèle ‘ou perpendiculaire à ce système architectural.
Nous avons, à ce sujet, entrepris deux séries d’expériences.
À. — ACTION D'UNE PRESSION S EXERÇANT PARALLÈLEMENT A L’AXE D'UNE DIAPHYSE
Nous avons expérimenté sur le fémur du chien, os profond et d’abord facile par sa face externe.
— À 6 centimètres de distance, deux trous sont forés à travers la diaphyse, de 4 millimètres de diamètre et à direction transversale. Dans chaque tunnel et le remplissant exactement, nous avons introduit une tige métallique recouverte de caoutchouc et de longueur telle qu’elle dépassait de 5 à 6 millimètres la surface de l’os, tant sur sa face externe que sur sa face interne. Sur chaque face de l'os, une traction élastique en caoutchouc s'appuyant sur la saillie de chacune des deux broches tendait à les rapprocher selon une force que nous connaissions.
Le segment d’os soumis à cette pression longitudinale était choisie dans la partie rectiligne du fémrur.
— Pour l'étude de pressions plus importantes, nous avons employé des ressorts en acier inoxydable, eux-mêmes engaïnés soit dans des tubes de caoutchouc, soit dans des tubes coulissants en bronze d’alumimium. Ceci pour empécher tout accrochage par les ressorts des tissus voisins.
— Un dispositif analogue, mais ne portant pour des raisons de technique opératoire que sur la face externe de l’os a été utilisé dans d’autres expériences. La pression qu’exerçait cet appareil tendait selon les cas, soit à rapprocher, soit à écarter les deux broches qui transfixiaient Pos.
— Dans un quatrième type d'expérience, les deux tunnels étaient ereusés dans le sens antéro-postérieur et les appareils de traction se trouvaient placés l’un contre la face antérieure, l’autre contre la ligne âpre.
Il est très important dans une pareille expérimentation de prendre un certain nombre de précautions destinées à éliminer toute altération de l’os imputable à une autre cause que les pressions que l’on étudie.
— La pression doit s’exercer sur l’os par l’'intermédiaire d’une substance inerte, c’est-à-dire sans action propre sur les tissus osseux. Nous avons gainé nos pièces métalliques de caoutchouc ou d’ébonite.
— Toutes ces interventions ont été faites avec le maximum d’asepsie, champs pour border la peau et suture de la peau par un surjet intradermique au catgut.
— Afin d'éviter que le traumatisme opératoire n’entraîne à lui seul une résorption de l’os, nous avons opéré quelques chiens en deux temps. Dans un premier temps, pose des deux broches transfixiantes ; dans un deuxième temps, 15 jours après, pose de l'appareil de traction.
Nous avons répété douze fois, en les variant, ces
expériences.
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Les pressions exercées ont varié de quelques centaines de grammes à 3 kilogrammes ; en tenant compte de la surface d’appui des broches que nous employons, ceci représentait au maximum, évaluées par em? de section d’os compact, des pressions attelgnant 12 kilogrammes. L’écartement des broches était mesuré au pied à coulisse avant la fermeture de la plaie opératoire et mesuré de nouveau à l’autopsie de l’animal. Nos chiens ont été abattus de deux à cinq mois après l’intervention. En récupérant le matériel de traction, nous l’étalonnions.
Résultats. — Nous ne tiendrons d’abord compte que de 8 expériences qui furent conduites avec la rigueur nécessaire.
Macroscopiquement :
L'appareil d’études à été retrouvé enkysté dans une gangue plus ou moins épaisse.
L’écartement des tunnels que nous avons forés n'avait jamais varié ; aucun n’était ovalisé. La diaphyse dans son segment soumis à la pression paraissait normale. Il n’y avait aucune prolifération souspériostée.
Histologiquement :
— Pas de réaction sous-périostée.
— L'’os compact au point d’appui de la pression était normal. Pas de lacune de résorption, pas d’élargissement des canaux de Havers. Sur une coupe, nous avons même retrouvé une formation d’os nou-
a TC ES
veau entre la pièce qui appuyait et l’os qui supportait la pression.
— La moelle présentait contre les pièces qui la traversaient des ossifications que nous interprétons comme résultant de débris osseux entraînés par le forage.
Dans 4 cas, nous avons trouvé une réaction de l’os consistant en lacunes de résorption et des traces de nécrose superficielle de los.
I s'agissait 2 fois d’animaux ayant suppuré, dans les deux autres cas, la pression sur l’os s’exerçait par l'intermédiaire de tiges en acier non gainées de caoutchouc.
Nos expériences sont incomplètes ; 1l faudrait rechercher si une pression s’exerçant au niveau d’un os spongieux, parallèlement à la direction de ses travées, est également bien tolérée.
B. — AcTION D’UNE PRESSION S’EXERÇANT