LE PERE DE FAMILLE
cription des livres et des journaux qui menaçaient de contaminer le sanctuaire domestique, s'appliquer à découvrir les premiers germes de dépravation ou d'erreur, poursuivre, avec fermeté, l'amendement des coupables, en un mot établir dans leur domicile une sorte d'Index et d'Inquisition.
Mais la vigilance la plus assidue se trouve parfois déjouée. Toujours libre et toujours accessible à la tentation, la volonté de l'homme le mieux élevé se décide quelquefois pour le mal. Quelle période d'angoise et de perplexité commence au moment où le regard du père ou de la mère s'abaisse attristé sur un enfant qui a cessé de croire ou d'être bon ! Leur cœur saigne à cette vue ; et leur esprit se torture à trouver l'attitude à prendre pour concilier ensemble la réprobation du mal, le retour de l'égaré, la préservation des innocents. Délibération longue, pénible, souvent reprise et prolongée parfois durant la vie entière. La profession chrétienne se refuse aux connivences scandaleuses (1), la charité chrétienne déconseille les sévérités intempestives, la prudence chrétienne interdit les faiblesses délétères. Le coupable est un fils qui garde son droit d'être aimé et secouru ; c'est un malheureux qui a besoin de pitié ; mais pervers, il mérite un châtiment, dangereux, il doit être mis hors d'état de nuire. A tout prendre, quelle note doit dominer dans l'attitude ? Et voilà que l'hésitation se
(1) Notamment avec la débauche et le concubinage, alors même qu'une étiquette légale semble en couvrir la honte.
22 Ire PARTIE. TOLÉRANCE DAXS LA VIE PRIVEE
transforme en prière, en un recours au ciel pour qu'une grâce de conseil ou de prudente fermeté apprenne à ratifier les exigences de la vertu, sans pourtant exaspérer le pécheur.
En analysant ainsi ce qu'une épreuve aussi cruelle met dans l'âme de parents chrétiens, nous n'y avons découvert aucune poussée de fanatique intolérance : l'amour et la bonté présidaient à tous les conseils.
Et pourrait-elle davantage être taxée d'intolérance, la résistance prompte, nette, décidée, que le père oppose à l'envahisseur de son foyer, à l'intrus violent ou sournois, à l'agresseur manifeste ou masqué qui, par ruse, menace ou séduction s'efforce de lui ravir la direction de ses enfants ? En un siècle qui se targue de liberté, l'on a osé, comme dans les républiques de la Grèce antique, réclamer les enfants au nom de l'Etat, de la loi, de l'unité nationale ; et l'on a puisé dans les caisses publiques, pour les obtenir à prix d'argent. Ils n'étaient pas intolérants, mais ils repoussaient une intolérance, le père ou la mère qui se redressaient fièrement pour revendiquer leur indépendance ou leur autorité, et refuser à l'Etat toute qualité pour réclamer une âme, comme à la loi humaine tout pouvoir d'amoindrir le patrimoine sacré des droits paternels. Et en répudiant les deniers, ils refusaient de s'avilir par un marché honteux (1).
(1) C'en est trop vraiment, qu'après tant de discussions, d'aveux et de faits, l'on essaye encore de berner l'opinion par les fameux couplets de l'école neutre, de l'école