LE PÈRE DE FAMILLE
Les principes sur lesquels les parents éclairés règlent et mesurent leur tolérance doivent guider également ceux qui sont appelés à les remplacer ou du moins à partager leur autorité : les
laïque et de l'école obligatoire. La neutralité est un mythe, la laïcité dit un athéisme ; jointe à la neutralité et à la laïcité, l'obligation annonce une tyrannie. Il n'y a pas d'école neutre, parce que plusieurs branches d'enseignement n'offrent aucune prise à une conception neutre, et surtout, parce qu'il n'est pas d'éducation neutre, et que la grande tâche de l'école est d'élever et de former. L'éducation dite neutre ne saurait être que sceptique, indifférente, en contradiction manifeste avec les devoirs religieux. La laïcité ferme l'école à toute influence surnaturelle ou divine. L'école neutre obligatoire, c'est cette formation areligïeuse, amorale, sceptique, imposée aux pères de famille catholiques, aux pauvres surtout dont on violente la conscience. L'école libre non subsidiée, si tant est qu'on la tolère, n'écarte point cette oppression. Que dirait-on d'un État qui décréterait l'obligation de fréquenter un temple, soit chrétien, soit franc-maçon, à volonté, et qui se bornerait à construire des loges, en laissant aux particuliers la simple faculté de bâtir des églises? Serait-il bienvenu de prétendre, qu'indifférent entre les cultes il ne peut que bâtir une loge? Pourrait-il se dire impartial et honnête, dès lors qu'il permet aux mécontents d'élever un édifice religieux? École neutre et loge maçonnique, il y a là une ressemblance comme de fille à mère. Il y a là une équivalence morale et presque une identité. En ne voulant édifier et subsidier que l'école neutre, les pouvoirs publics érigent l'indifférence en religion d'État. Oh ! comme Cicéron voyait clair, quand il félicitait la république romaine d'avoir échappé à l'enseignement officiel et à l'uniformité des programmes d'éducation ! (De ve publica, 4, 3).
24 Ire PARTIE. TOLÉRANCE DANS LA VIE PRIVEE
tuteurs et les éducateurs. Le voile jeté sur les torts d'autrui, l'excuse des erreurs et des fautes humaines, ne peuvent jamais leur faire oublier leur grande et noble mission de conserver saines et vigoureuses les âmes qui leur sont confiées pour y cultiver la vérité et le bien. Un grand devoir de vigilante charité résulte encore de l'administra lion des affaires et de la direction des entreprises. Sans être sacrés comme ceux du père de famille, le prestige et l'autorité des patrons et des maîtres ne sont pas de simples mots sonores, des apparences vides. Les employés même adultes en subissent l'ascendant ; il faut donc qu'ils en éprouvent le bienfait. Sous prétexte de tolérance, il ne s'agit point de laisser s'introduire dans nos demeures, nos bureaux, nos ateliers, dans les salles quelconques dont nous disposons, un langage et des habitudes qui rendent le milieu dangereux ou même corrupteur, alors que la charité nous oblige d'y protéger et d'y faciliter la vertu.
Ces considérations nous paraissent suffire à mettre en lumière la bonne et la mauvaise tolérance, qui se pratiquent dans la vie privée, de supérieur à inférieur.
La tolérance entre égaux, toutes simples qu'en paraissent les règles, prête elle-même le flanc à des méprises et se trouve invoquée hors de propos.
Qu'on n'aille pas d'abord méconnaître l'ordre de la charité : la tolérance n'y porte aucune atteinte. Qui me blâmera de préférer un compa-