TUTEURS, ÉDUCATEURS, PATRONS, HOMMES D'ÉTAT
triote à un étranger? Cette préférence n'implique aucune haine ou aversion. Sera-ce donc verser dans le fanatisme, que d'offrir en premier lieu à des compagnons d'armes l'aide et le secours ; cette aide spécialement et ce secours qui, donnés à des adversaires, tourneraient contre la religion et la vertu ? Si des catholiques se liguent pour favoriser de leur clientèle les honnêtes gens que recommande encore leur religion, donnent-ils sujet de crier à l'intolérance ? Nous montronsnous étroitement fanatiques, pour nous intéresser à l'usage futur de nos biens, pour en prévenir la folle dissipation, pour empêcher qu'ils ne servent à une guerre impie dirigée contre la foi ?
Nous parlons ici des biens qui forment notre patrimoine. Il en est d'autres dont la gestion seule nous est confiée. L'homme d'Etat catholique lit dans sa conscience même le devoir de ne pas manier avec la désinvolture du propriétaire les deniers du pays, et de ne pas disposer des fonctions publiques comme des emplois de sa maison : ses nominations et ses octrois de subsides s'inspireront d'une sage justice distributive. Celle-ci varie selon le régime et la constitution même de chaque société. L'homme d'État catholique se gardera donc d'être exclusif. Mais il ne peut non plus accepter un marché de dupe. Telle doit être plutôt sa fermeté, que la crainte même des représailles agisse à la façon d'un frein sur des gouvernements sectaires, et leur impose quelque souci de justice administrative et d'équitable modération.
Quittant l'ordre économique, si nous nous
2G Ire PARTIE. TOLÉRANCE DANS LA VIE PRIVEE
élevons à l'ordre supérieur des intérêts moraux et religieux, nous remarquons d'abord qu'une sage prudence réclame de chacun vis-à-vis de luimême ce soin et cette circonspection que le père consacre à veiller sur sa famille. Des égards pour autrui qui nous rendraient inattentifs à nous-mêmes, une indulgence ou une bienveillance extérieures qui nous seraient dommageables et peut-être fatales, relèvent d'une tolérance abusive, qui n'est plus de la vertu, mais de la faiblesse de caractère, de la lâcheté devant le devoir. Que nos rapports, même avec ceux qui rejettent notre foi et dédaignent notre morale, soient toujours corrects et empreints de cordialité, qu'un reflet de chrétienne charité apparaisse constamment dans notre attitude : à la bonne heure ; mais ces rapports, ont-ils leur raison d'être ? Quelle en sera la fréquence, l'intimité ? Ces questions restent à résoudre, car on ne saurait voir tout le monde, et on ne prodigue pas son intimité. La vraie solution se découvre en prenant conseil des hommes et des choses, afin de réaliser la grande formule chrétienne : d'abord sois bon toi-même, et répands ensuite autour de toi ce que tu peux de bien.
Spécialement délicate à définir est la manière de se comporter dans les controverses philosophiques ou religieuses auxquelles on est appelé à prendre part. Et le problème devient vraiment épineux quand l'adversaire déclare partager la foi au nom de laquelle vous écrivez ou parlez. Ce thème embarrassant mérite au moins quelques