‹ La toléranceChapitre 14 sur 102 · CHARITÉ PRUDENTE. LES CONTROVERSES · texte numérisé non relu

CHARITÉ PRUDENTE. LES CONTROVERSES

réflexions, qui serviront d'heureux couronnement à cette première Partie de notre ouvrage.

Il est des erreurs sincères et il est des hypocrisies. L'obscurité et l'amphibologie du langage peuvent cacher un piège habile, comme ils sont des effets possibles de l'impéritie ou de la distraction. La profession de foi religieuse sert à traduire le fond même de l'âme, et des desseins perfides peuvent en faire montre pour se déguiser et tromper. La franc-maçonnerie a jadis enrôlé des prêtres ; il n'y a pas un demi-siècle qu'au Brésil elle peuplait les confréries ; vers 1850, elle commandait à Bruxelles des services religieux. S'il est atroce de calomnier ou de semer des soupçons injurieux, il est pourtant nécessaire de savoir et d'oser en temps utile crier au loup.

Le mot d'erreur même, j'entends d'erreur religieuse, un particulier ne doit le prononcer qu'après mûre réflexion. Il n'a pas qualité pour paiier au nom de l'Eglise. Il ne se connaît pas infaillible et ne pourrait sans outrecuidance s'attribuer un sens spécial d'orthodoxie. Il doit se défendre de l'amour-propre qui se cache parfois sous un zèle religieux ; de l'attachement aux propres idées qui peut distinguer l'ardeur à prêcher certaine soumission. N'apparaît-il pas quelquefois, à l'occasion d'un désaveu par exemple, que l'on avait moins souci d'être avec l'autorité, que d'avoir l'autorité avec soi ? D'autre part, comment le nier, les définitions de l'Eglise, les décisions du S. Siège marquent aussi des directions qu'il ne faut pas exagérer, sans doute, ni surtout outrepasser, mais qu'un loyal catholi-

28 Ire PARTIE. — TOLÉRANCE DANS LA VIE PRIVEE

cisme se refuse à éluder par les ruses et les subtilités des interprétations minimistes.

Au milieu des perplexités qui naissent en de semblables concurrences, comme les conseils de la vertu de tolérance seront précieux à écouter ! Sois jus te, dira-t-elle à chacun de nous, et vois donc si l'homme, si l'œuvre où tu surprends des erreurs, ne révèlent pas trop de catholicisme pour tomber sous le coup d'une suspicion. Sois équitable, et, dans le doute, accorde à tes frères le bénéfice de cette présomption de bonté promulguée dans les lois les plus anciennes, et que S. Ignace inscrivait en ces termes exprès au frontispice de ses Exercices spirituels : « Tout bon chrétien se montre plus empressé à justifier qu'à condamner une parole du prochain ; et s'il ne parvient pas à la justifier, il demande une explication à l'auteur. Celui-ci s'explique-t-il mal, il le redresse avec charité ; et lorsque cela ne suffît pas, il s'emploie raisonnablement, autant qu'il peut, pour faire passer le sens acceptable qui sauve la proposition. » L'histoire elle-même atteste l'opportunité de pareille prudence. Des études récentes ne retouchent-elles pas des jugements rigoureux, longtemps accrédités ? Un examen plus attentif découvre que des imputations séculaires d'hérésie ne reposaient que sur des termes mal employés, mal entendus, ou simplement mal traduits (1). Sois bienveillant, ne

(1) Voy. par exemple la dissertation doctorale de M. le professeur Lebon^sui' certains monophysites : Le monophysisme sêvérien, Louvain, 1909. Le n° 35 du panégyricpie dédié par [S. Grégoire de Nazianze à S. Athanase

Page 1