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I. — Le fait de la société religieuse

Sommaire : Organisation sociale des religions. — Constitution fortement hiérarchique de l'Eglise catholique. — Quelle place et quelle mission la doctrine catholique assignent à l'Eglise dans le monde.

La tolérance ou l'intolérance ecclésiastique suppose une autorité religieuse. L'existence de pareille autorité est un fait qui tombe forcément sous le sens. Divines ou humaines, les religions, à la différence des pkilosophies, s'organisent socialement. L'on peut dire qu'il n'est guère de religion élaborée pour un individu isolé. Et toute organisation sociale entraine la constitution d'une hiérarchie.

Mais si les diverses religions répandues sur le globe ont un sacerdoce et un principe d'autorité communs avec les confessions chrétiennes, nulle part la hiérarchie ne forme un groupe compact et unifié, nulle part l'autorité n'est forte et active comme dans l'Eglise catholique. On connaît la fameuse parole de Guizot : L'Eglise catholique est la grande école du respect. « L'Eglise catholique, remarque Proudhon, est celle dont le dogmatisme, la discipline, la hiérarchie, le pro-

38 IIe PART., SECT. I. — TOLÉRANCE ECCLESIASTIQUE

grès, réalisent le mieux le principe et le type théorique de la société religieuse ; celle par conséquent qui a le plus droit au gouvernement des âmes (1) ».

C'est relativement à cette Eglise que nous avons presque exclusivement à considérer les différents aspects de la tolérance ecclésiastique.

Or, suivant la doctrine catholique, quelle place Dieu a-t-il fait à son Eglise dans le monde ? Quelle mission a-t-elle à remplir ?

Si l'on consent à nous laisser vraiment libres, si, par un ostracisme odieux, on ne veut pas pratiquer contre des millions de catholiques l'intolérance qu'on met à leur charge, et faire ainsi de nous à la fois des victimes et des accusés, comment nous dénier le droit de professer cette doctrine, de régler nos jugements et nos actes sur notre manière de concevoir l'Eglise plutôt que sur celle des incroyants ? Puis, pour apprécier la conduite de cette Eglise, tout juge équitable n'a-t-il pas à tenir compte des titres par lesquels elle explique ou justifie son action ?

A côté des Etats qui se forment, prospèrent et disparaissent d'après les vicissitudes de la politique, à côté de ces sociétés civiles que l'Auteur de la nature a voulues et sanctionnées en voulant le genre humain, à côté d'elles, et même, indirectement au-dessus d'elles, d'une supériorité qui respecte leur indépendance dans la

(l)Dela justice dans la Révolution et dans l'Église. Discours préliminaire, § 3, p. 24.

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