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PEINES TEMPORELLES

contredit (1). » D'ailleurs, en agissant de la sorte, l'Église se conduit comme l'Etat le fait constamment lui-même. Elle prive ses délinquants des bienfaits de la communauté religieuse, tout comme l'État prive les siens des avantages de la vie civile.

Mais à côté des peines spirituelles, nous trouvons aussi que les hérétiques encourent des peines temporelles. Assez tardivement, il est vrai.

Tandis que l'Église promulgue des peines temporelles dès le vne siècle, elle attend jusqu'au xne pour en frapper les hérétiques.

Le xne siècle nous présente un hérétique condamné par l'Église à une peine temporelle. Il s'agit du fameux Éon de la Stella, qui comparut en 1148 au Concile de Reims, où 1600 évêques, abbés et prélats se trouvaient réunis sous la présidence d'Eugène III. Le cas était très grave. Maniaque forcené, perturbateur de la paix publique, Eon devait s'attendre aux dernières rigueurs. Mais, plus heureux que certains de ses adeptes que le bras séculier livra aux flammes, il bénéficia de la clémence épiscopale. L'évêque qui l'avait amené intercéda pour lui : on lui laissa la vie et l'on respecta ses membres (2). La première condamnation ecclésiastique à une peine extérieure pour hérésie inaugure ainsi la série des intercessions efficaces que l'Eglise va

(1) La liberta religiosa, p. 8.

(2) Voy. Harduin, Conciles, VII, 308.

48 IIe PART., SECT. I. TOLÉRANCE ECCLESIASTIQUE

prescrire à tous ses juges en faveur des misérables menacés d'un supplice sanglant (1)

Au xme siècle, Innocent III édicté contre l'hérésie la confiscation des biens et l'infamie (2). Alexandre IV (3) étend la confiscation aux biens d'un hérétique décédé. Les peines portées par Boniface VIII (4) sont encore la confiscation et l'incapacité légale de remplir des emplois publics. La législation Clémentine (5) réprime les excès des inquisiteurs, et pourvoit à un traitement convenable des prisonniers. Les Extravagantes communes (6) préviennent d'autres abus. Telle est la législation pénale de l'Eglise, en matière d'hérésie. Elle ne va pas au delà des peines que nous venons d'énumérer. Dans la section suivante nous parlerons des condamnations à mort et des bûchers, et nous définirons la part de responsabilté que l'Eglise peut avoir encourue dans ces exécutions capitales.

L'excommunication de l'hérétique fournit une explication probable du retard que mit l'autorité ecclésiastique à le punir de peines temporelles.

(f) Longtemps auparavant, en 385, S. Martin de Tours avait conjuré le tyran Maxime de ne pas verser le sang des Priscillianistes. Mais sa démarche ne fut pas conronnée de succès. Voy. Sulpice Sévère, Clironica, 1. 2, n. 50. (Corpus scriplorum eccl. latin, t. f , p. f03.)

(2) Notamment au ive Concile de Latran (1215), d'où provient le chap. 13. De Haereticis, (V. 7).

(3) Ch. 8, De Haereticis, in 6°.

(4) Chap. 15 et 19, De Haereticis, in 6°.

(5) Chap. 1 et 2, De Haereticis, Clem. V. 3.

(6) L. 5, t. 3, c. 1 et 3.

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