RÉSUMÉ
version à la vraie foi, ces hérétiques nous paraissent assimilables aux infidèles (1). C'est par la persuasion, par la douceur, non par une coaction extérieure qu'il faut les amener au giron de la véritable Eglise.
Ce que nous disons des adultes, nous croyons, sauf meilleur avis, devoir le dire même des enfants. Ils appartiennent à leurs parents, et doivent normalement recevoir de ceux-ci la direction qu'ils sont hors d'état de se donner à eux-mêmes. Telle est la redoutable autorité dont Dieu investit les parents, et qu'il leur laisse tant qu'ils n'en sont pas manifestement indignes.
Résumons-nous. La tolérance ou l'intolérance ecclésiastique est le fait du pouvoir religieux. Elle apparaît dans la doctrine, dans la direction et dans la propagande ou, pour mieux distinguer et préciser, dans la condescendance ou dans la rigueur avec laquelle l'autorité religieuse enseigne et exige l'adhésion à sa foi, dissimule ou punit les dissidences, accepte ou refuse de pactiser avec les autres religions et traite leurs adeptes.
Supprimez la haine, le mépris, ou le dédain pour les égarés d'autres cultes, autrement dit les
(1) Nous sommes heureux de pouvoir appuyer notre sentiment de celui du R. P. Hugueny, O. Pr. de la Revue Thomiste. (Réponse à M. Tunnel, Revue du clergé français, 1907, t. 50, p. 315.)
64 IIe PART., SECT. I. — TOLÉRANCE ECCLESIASTIQUE
infidèles : l'intolérance ecclésiastique peut être un mot impopulaire, mais la réalité sympathise avec ce que nous avons en nous de plus élevé et de plus généreux. Elle dit une conviction et une confiance, là où la tolérance dit un scepticisme ou un désespoir ; elle prouve une force, là où la tolérance n'accuse que faiblesse et impuissance ; elle inspire un zèle sauveur, tandis que la tolérance engage plutôt à une indifférence égoïste. Elle est une attitude ferme qui suit logiquement une parole divinement révélée.
L'Eglise catholique ne peut haïr personne ni passer indifférente à côté d'une seule misère. Ses principes lui défendent la conversion par le glaive et l'abandon insouciant de n'importe quel homme. Elle est la plus intransigeante, la plus intolérante des églises, mais aussi la plus aimante. Son intolérance est un fruit de sa foi, et elle attise la flamme de son apostolat. Suivant l'expression d'un archevêque français, l'Eglise catholique a l'intolérance de la vérité et de la charité. Et dans tout le cours de son histoire, elle puise dans son intolérance la plus pure de ses gloires : ses martyrs, qui empourprent le drapeau de la vraie liberté de conscience, tandis qu'ils meurent pour leur Sauveur, pour leur Dieu.