I. — L'argument d'autorité
Sommaire : Opinions des auteurs du xvic au xviue siècle, notamment de Bellarmin et de Suarez. — Ils sont peu appuyés sur S. Thomas. — Avis différent de Bianchi de Lucca. — Opinions contemporaines : Card. Tarquini, Mazella, R. P. Lépicier ; et, en sens contraire : Card. Cavagnis, Vicchiotti, Gard. Soglia, Card. Satolli, Solieri, Lega (depuis cardinal), Lombardi, R. P. Biederlack, Mgr Douais. — Le livre du P. De Luca. — Causes d'erreur chez les grands auteurs du xvie et du xvne siècle. — Opposition de doctrine entre Bellarmin et les auteurs plus anciens.
Nous l'avouons sans détour. Du seizième au dix-huitième siècle, les théologiens et les cano-
nistes revendiquent pour l'Eglise le droit, en cas de besoin, d'infliger à certains crimes la peine capitale. La thèse qui lui attribue ce pouvoir compte ainsi des signataires illustres et encore classiques. Héritiers de saint Thomas, mais venus en un siècle où se dessinait déjà cet ordre social nouveau qui s'est développé jusqu'à nous, ils semblent nous avoir transmis, pour nos temps mêmes, la vraie formule de la société religieuse et de la 'société civile. Ils ont, les premiers, énoncé sur le droit public de l'Église des thèses qui s'enseignent encore et paraissent à beaucoup presque intangibles. Loin de nous de contredire pour l'ensemble à cette confiance que le savoir et la vertu leur ont méritée.
Remarquons, toutefois, qu'en donnant le glaive à l'Eglise, ils hésitent sur la manière dont celleci doit le porter et s'en servir. Observant euxmêmes, comme d'instinct, une réelle opposition entre l'esprit maternel de l'Eglise et les vindictes sanglantes, ils inclinent à faire du pouvoir laïque comme un mandataire obligé qui, dans les cas extrêmes, appliquera la peine capitale pour le compte du Souverain-Pontife. Dans la précision scolastique de leurs formules, ils disent alors que, pour les causes criminelles ecclésiastiques, le droit de glaive est chez le pape comme chez celui qui peut ordonner de frapper, tamquam in imperante et movente, et chez le prince, comme chez celui qui frappe sur l'ordre d'autrui, tamquam in exsequente et moto ah alio. Sans transformer ce sentiment, même dans son expression modérée, en article de