‹ La toléranceChapitre 40 sur 102 · NOTION ET DIVISIONS · texte numérisé non relu

NOTION ET DIVISIONS

sonne, tout en faisant dépendre de la foi certaines capacités civiles.

Elle leur accorde ou refuse la libre manifestation et propagande de leurs opinions et croyances.

Eu égard à sa mise en pratique, la tolérance des opinions et des cultes peut se concilier avec la reconnaissance d'une religion d'Etat, avec des faveurs réservées à la religion vraie ou à la religion en général ; ou bien exiger une attitude neutre qui s'abstient de préférer une religion à l'incrédulité. L'expérience nous a même fait connaître deux genres de neutralité : une neutralité sympathique et confiante, comme celle des Etats-Unis ; une neutralité méprisante et soupçonneuse : celle de la république française, ou de sa cadette, la jeune république du Portugal. D'après nombre de politiques modernes, la figure schématique d'une tolérance civile complète, comporterait :

Le dogme de la tolérance ;

La parfaite égalité civile et politique des croyants de n'importe quel culte et des non croyants ;

La libre manifestation et diffusion de toutes les opinions et de tous les systèmes ;

La neutralité parfaite de l'Etat, indifférent entre les cultes et les non cultes.

Cette description nous semble pécher par excès et par défaut.

D'une part, nous le verrons mieux dans la suite, pour exister, la tolérance ne doit pas être érigée en dogme ; cette apothéose est môme loin de la sauver toujours. Et à la tolérance la plus

118 IIde PART. SECT. II. TOLÉRANCE CIVILE

étendue l'insouciance officielle en matière religieuse n'est nullement nécessaire. De plus, en se désintéressant de la religion et de Dieu, l'Etat ne reste pas neutre. Il professe un athéisme pratique, par son abstention même il prêche l'indifférence religieuse. Comme le disait Francisque Sarcey, on habitue les esprits à se passer de la religion, on les détache doucement, lentement de la foi.

D'autre part, la pure liberté individuelle n'affranchit pas les cultes, elle ne promet rien à la forme et à l'organisation sociales qu'adoptent toutes les religions. Il manque donc au programme de la tolérance complète un article qui garantisse la liberté de la société religieuse.

De là nous pouvons conclure, que la complète tolérance civile n'existe encore qu'en rêve. Dans bien des pays, le chef de l'État doit appartenir à une confession. Les gouvernants quittent la position d'équilibre instable que leur imposerait la neutralité abstraite, pour se montrer ou timidement bienveillants à l'égard de la religion ou plus souvent et plus audacieusement hostiles. Et nulle part, la société religieuse ne jouit d'une liberté parfaite. Même en Belgiqne, le pays européen qui réalise le mieux la tolérance civile, la priorité du mariage civil, qu'impose la Constitution, déroge à la liberté des cultes.

Malgré la variation des opinions et des systèmes, ni l'intolérance complète ni la tolérance complète ne rencontrent un seul partisan. Cette section en fournira la preuve. Nous ne saurions donc admettre que de soi-disants tolérants s'op-

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