‹ La toléranceChapitre 5 sur 102 · TOLERANCE ET LIBERTE RELIGIEUSES · texte numérisé non relu

TOLERANCE ET LIBERTE RELIGIEUSES

tolérance qui voudrait l'exprimer nie parait en quelque sorte tyrannique lui-même, puisque l'autorité qui tolère pourrait ne pas tolérer (1). » Et en pleine persécution anglicane, quelque cinquante ans après le fameux Test Act (1672) le ministre wigh de Georges I, lord Stanhope, partisan de l'émancipation complète de tous les dissidents, y compris les catholiques, prédisait en ces termes trois élargissements successifs de la législation sur les cultes : « Il fut un temps, disait-il aux Lords, où les dissidents demandaient en suppliants la tolérance comme une grâce ; aujourd'hui ils la réclament comme un droit, et viendra un jour où ils la repousseront comme une insulte (2). » Il signalait ainsi trois étapes successives que la liberté des cultes devait parcourir. D'abord parurent les édits de tolérance, dont la religion chrétienne a ellemême bénéficié et bénéficie parfois encore dans des contrées païennes : ils étaient accordés comme une faveur révocable au gré du prince ou du gouvernement. Ensuite, à côté d'une religion officielle et privilégiée, certains autres cultes ont obtenu des garanties de libre exercice. Pensez à la paix d'Augsbourg (1555) et à la paix de Westphalie (1648). Enfin, les religions se sont vues mises juridiquement sur le même

(1) Discours du 22 août 1789. Discours et opinions de Mirabeau, édition Barthe, t. 1, p. 328.

(2) En 1714 ou en 1718. Nous citons d'après Rufllni. p. 10, après de vaines recherches pour vérifier la parole.

pied, soit entre elles seulement, soit entre elles et avec l'irréligion. Telle est la tendance de l'État moderne. Sans encore avoir prévalu partout, le principe de l'égalité des cultes devant la loi, ou de l'indifférence religieuse règne incontesté dans les États-Unis de l'Amérique du Nord, et gagne en popularité dans nos pays d'Europe. Appliqué à la vraie religion, surtout dans les pays où la plupart des habitants la professent, le mot de tolérance est tout simplement une injure. Le vrai et le bien réclament mieux que la tolérance, ils revendiquent le droit d'être libres et protégés (1). Il arrive pourtant que, sous l'influence des idées modernes, des hommes politiques parlent, même sans malveillance, de se montrer largement tolérants envers les catholiques ou envers ceux qui restent attachés à une foi religieuse. Gomment nous expliquer pareil langage? Là où les incrédules sont majorité au Parlement, ces expressions traduisent parfois simplement un fait et une intention ; nous voulons dire, la puissance effective d'opprimer les croyants et la bonne volonté de ne pas abuser de cette puissance. Mais à travers ces mots se manifeste bien plus souvent une prétention gouvernementale ou une conception philosophique : la prétention, de nos jours fort accentuée chez les détenteurs du pouvoir civil, d'avoir

(1) Les vers de Béranger ne valent que comme plaisanterie :

« On peut aller, même à la messe, Ainsi le veut la liberté. »

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