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CHAP. IV. ART. I. LA REVOLUTION FRANÇAISE

sédition va le reprendre avec usure sur l'Eglise et sur les catholiques. Imbue de sa Toute-Puissance, jusqu'à s'attribuer le droit de changer la religion (1), l'Assemblée nationale avait, en 1790, imposé le schisme par la Constitution civile du clergé ; et puis, en moins d'un an, du 10 novembre 1793 au 7 mai 1794, le rationalisme déiste avec la déesse raison, le non-culte, enfin le culte de l'Etre Suprême devinrent tour à tour obligatoires en France.

Et qui dénombrera les victimes de cette incroyance persécutrice ? Sans les distinguer des suspects politiques, les indications de Taine (2) conservent pour nous une éloquence suffisante. Au sortir de la Terreur, la liste totale des fugitifs et des bannis comprenait plus de 150.000 noms (3). « Sans compter plus de 40.000 geôles provisoires, 1200 prisons, pleines et bondées,

(1) Principe affirmé clans la Convention.

(2) Taine, Révolution française, t. 2. Les chiffres de Taine ont été contestés par M. Aulard dans son ouvrage Taine, historien de la Révolution française. Mais, content de critiquer, cet auteur ne nous fournit pas des évaluations positives que nous puissions mettre en regard de celles de l'historien-philosophe. Nous notons la censure pour réserve. Sur M. Aulard lui même, voyez Correspondant : t. 231 et 235 (1909, 25 mars et 10 avril) les articles de M. Cochin, La crise de l'histoire révolutionnaire ; la Revue pratiqle d'apologétique, 15 nov. 1909 ; et la bibliographie des Questions actuelles, 15 janv. 1910. M. Cochin n'hésite pas à conclure (1. c. p. 78) que « l'œuvre de Taine restera un modèle d'histoire sincère ».

(3) Ibidem, p. 383.

246 IIe PART. SECT. II. TOLÉRANCE CIVILE

contiennent chacune pins de 200 reclus (1). » « Cent soixante-dix-huit tribunaux, dont quarante sont ambulants, prononcent, dans toutes les parties du territoire des condamnations à mort qui sont exécutées sur place et à l'instant... On jugea des enfants de sept ans, de cinq ans, de quatre ans. On condamna le père pour le fils et le fils pour le père (2). » Outre Péchafaud (plus de 17.000 victimes) il y a les fusillades de Toulon : plus de 2000 fusillés ; les noyades : à Nantes 4800 hommes, femmes et enfants ont péri ; enfin les meurtres populaires : environ 10.000 personnes sont tuées sans jugement dans la seule province d'Anjou. Ajoutez les horreurs indicibles de la captivité. « On peut estimer que dans les onze départements de l'Ouest, le chiffre des morts de tout âge et des deux sexes approche d'un demimillion (3). »

Voilà le baptême que recevait la liberté de la Révolution française.

(1) Ibidem.

(2) Ibidem, 388-393.

(3) Ibidem, p. 392.

Article II. — Les doctrines depuis la Révolution française

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