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II. — Les Doctrines d'intolérance

Sommaire : Principe d'intolérance contenu dans la Révolution française, et affirmé par Defacqz. — Les modérés se divisent entre deux systèmes politiques : le système séparatiste, favorable à la liberté de l'Eglise, et le système juridictionnel ou étatiste, qui favorise l'indifférence religieuse plutôt que la liberté de la religion. — Idée de Iiuffini, de Friedberg. — Les sectaires tiennent leur formule de Gambetta : Le cléricalisme, voilà l'ennemi. — Sens de cette parole. — Guerre à l'Eglise au nom de la tolérance, au nom du patriotisme, au nom de l'affranchissement intellectuel. — Troupes enrôlées pour cette guerre. — La religion de l'incrédulité. — Témoignages de l'esprit persécuteur irréligieux.

Le croirait-on ? La tolérance inspirée par la Révolution française pouvait, elle-même, mener

(1) Voy. les propositions 55. 77 à 80, condamnées par le Syllabus.

à l'intolérance et à la persécution. C'est qu'elle est, sans doute, la pleine liberté donnée à l'individu de tout penser et de tout dire, niais elle n'est que cela. En dehors de là, elle ne reconnaît rien de sacré ; elle livre tout le reste à la loi civile, juge en dernier ressort de ce que requièrent le bien social et la coexistence des libertés.

Defacqz le disait sans détour au Congrès national de 1830 : « Il faut que tous les cultes soient libres et indépendants, mais il faut aussi que la loi civile conserve toute sa force, il faut plus, MM., il faut que la puissance temporelle prime et absorbe en quelque sorte la puissance spirituelle, parce que la loi civile étant faite dans l'intérêt de tous, doit l'emporter sur ce qui n'est que l'intérêt de quelques-uns... La liberté religieuse est aussi le premier besoin de l'homme, mais il faut qu'elle soit restreinte comme les autres pour le maintien de la société (1). »

Puisque, dans la réalité, le culte s'organise et se pratique socialement, puisque, de l'aveu universel, l'Église catholique possède la structure sociale de toutes la plus admirable et la plus complète, la question se pose aussitôt : quelle attitude la puissance temporelle va-t-elle adopter vis-à-vis des associations religieuses et notamment de l'Eglise ? Sera-t-elle bienveillante, froide, ou hostile ?

Et, dans la réalité, les dogmatistes de la tolé-

(1) Voy. Huyttens, Discussions du Congrès, 1. 1, p. 587 et 608.

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rance se séparent en deux camps : celui des séparatistes et celui des juridictionnels.

Le système séparatiste, qui prévaut dans les Etats-Unis de l'Amérique du Nord, insiste sur la séparation et l'autonomie. Abandonnant les religions à elles-mêmes, il leur laisse toute liberté de s'organiser et de se répandre. Gomme divers Etats régissent divers territoires en gardant chacun leur indépendance, il conçoit qu'à côté de l'Etat, vive, de sa vie propre, et fleurisse une puissance spirituelle appelée à régir ce domaine des consciences où l'autorité séculière n'a pas accès. Et qu'entre les deux autorités un accord amical règle des questions mixtes, cela lui paraît une solution aussi équitable et aussi normale, que la conclusion de traités internationaux pour régler des questions de domaine et de frontières.

Mais les héritiers de la Révolution française goûtent peu ce régime, qui laisse à l'Eglise de l'indépendance et des honneurs, et lui permet d'espérer des progrès, peut-être même le ralliement pacifique de la société autour de la croix du Sauveur. Par une insolente affirmation de sa suprématie, par la rupture arbitraire des concordats, par une législation provocatrice qui se rit des traditions chrétiennes en matière d'éducation et de vie religieuse, l'Etat, tel qu'ils le conçoivent et le rêvent, va créer, multiplier des conflits qu'il résoudra lui-même au gré de son bon plaisir, en se plaignant toujours d'être attaqué ou méconnu. La tutelle de la liberté individuelle qu'ils lui attribuent aboutit ellemême à la persécution. En effet, froidement

drapé dans le manteau de son indifférence officielle, l'État, d'abord s'abstiendra de donner à une religion positive soit une marque de sympathie, soit le moindre encouragement. « Du berceau à la tombe, écrit Friedberg, la vie des particuliers doit pouvoir s'écouler, sans que leur vienne de la part de l'Etat soit un obstacle, soit une impulsion de caractère religieux (1). » De plus, une vigilance attentive empêchera que rien ne trouble la liberté de l'incroyance. Or, au nombre des choses troublantes, l'on range le succès même d'une confession religieuse.

Ecouter cette critique qu'un professeur italien, adversaire des excès révolutionnaires et grand prôneur de tolérance, M. Ruffini, souvent cité, adresse au système séparatiste américain : « En ces dernières années, le régime séparatiste a tourné au grand avantage des églises, dont l'organisation est plus forte et la propagande plus active ; mais il n'a pas autant profité à la liberté religieuse de l'individu, à celle surtout qui revêt la forme de l'incrédulité. En effet, le rationalisme en général, puis, spécialement la libre pensée scientifique, manquent d'organisation. Et pour cela même, non seulement le régime séparatiste ne leur est pas avantageux, mais il les laisse isolés et sans défense en face

(1) Voy. die Grenzen zwisehen Staat und Kirche, und die Garantien gegen deren Verletzung. Tûbingen, 1872, 1. 3. Dans le contexte, la formule est un peu plus douce chez Friedberg' que chez M. Rufïîni, qui la traduit. Chez Friedberg, elle marque moins un vœu qu'un fait.

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des diverses communions religieuses organisées, lesquelles, sous la sauvegarde du régime séparatiste, ont trop beau jeu pour déployer leur esprit d'intolérance (1). »

Donc, à en croire ces tolérantistes, le triomphe, même pacifique, de la religion sur l'incroyance entame déjà la liberté de croire et de ne pas croire ; il semble que l'Etat doive maintenir intelligemment dans la société un mélange bien dosé d'incrédules et de croyants.

Les vues d'un fauteur du régime juridictionnel, le Dr Emile Friedberg, mort en décembre 1910 (2), nous édifieront mieux encore sur ce système de tolérance. Après avoir nettement rejeté la liberté de l'Eglise telle que la Constitution belge l'a garantie, et reconnu à la loi seule le droit de régler la situation de l'Eglise, il formule ces propositions : L'Etat a pour devoir de bannir les Jésuites. — Le droit matrimonial, les cimetières, la bienfaisance, doivent être laïcisés. — Les religieux étrangers ont à être exclus du territoire. — Les autres ne peuvent enseigner. — Pour ériger un couvent, une autorisation préalable est nécessaire. — L'Etat soumettra à son « exsequatur » les nominations d'évèques et de bénéficiaires. — Il punira les excès commis dans la prédication. — Il interdira à l'Eglise

(1) Ruffim, La lihertà religiosa, p. 17. 18.

(2) Die Grenzen zwisehen Staat und Kirche, livre 3. Tiibingen, 1872. Il était alors professeur à Leipzig.

d'excommunier (1). — Peut-être a-t-il même le droit d'imposer au clergé une certaine éducation. Un organisme propre veillera aux droits de l'Etat, avec le pouvoir d'infliger des peines et de retirer la mission civile aux ministres de l'Eglise.

A ce compte-là, la prétendue liberté de droit commun coûte aussi cher et plus cher à l'Eglise que ses anciens privilèges. L'Etat ne tient pas même la balance égale entre la religion et l'incroyance : la disparition de celle-ci, non de celle-là, le préoccupe et l'inquiète.

La Révolution à face tolérante n'assure pas aux catholiques la liberté de l'Eglise ni, par conséquent, de leur religion, dont l'Eglise est une forme essentielle. Que sera-ce de la Révolution à face sectaire ?

Depuis 1789, se dessine un mouvement d'opinion de plus en plus radical dans le sens d'une négation sectaire ; et il se traduit dans des faits qui achèvent de nous éclairer.

Le précepte essentiel de la secte, nous le trouvons dans la fameuse parole de Gambetta : « Le cléricalisme, voilà l'ennemi. » Bien compris, en effet, ce cléricalisme ne désigne pas les agissements d'un clergé fanatique et usurpateur, il ne désigne rien moins que l'Eglise catholique. C'est

(1) Cette prohibition paraîtra singulière. Friedberg la justifie par le souvenir des effets civils attachés autrefois à cette peine ecclésiastique. Du reste, cette aversion des censures est traditionnelle chez les -juristes étatistes de l'Allemagne.

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à elle qu'on veut courir sus. Mais à son nom glorieux et populaire, on substitue un vocable antipathique. Le clergé rappelle trois choses impopulaires : l'aristocratie, les privilèges, l'autorité. Et le cléricalisme dit l'influence exagérée, abusive, le règne oppresseur du clergé. Une fois de plus, nous le constatons : l'art de séduire par l'enseigne a toujours été familier aux ennemis de l'Eglise.

L'irréligion, du reste, n'entre pas ouvertement en lice et pour son propre compte. Tantôt la guerre se déclare au nom des droits de l'Etat : il s'agit de défendre sa suprématie, niée par les catholiques, de protéger son indépendance contre les entreprises menaçantes, les menées dangereuses de l'esprit clérical. C'est à ce titre que Waldeck- Rousseau s'en prit aux Congrégations religieuses. Tantôt le branle est donné au nom même de la tolérance, qui, comme toutes les idoles, ne protège que ceux qui lui offrent de l'encens. « Beaucoup ont dit : on ne doit la tolérance qu'aux tolérants ; ou : On ne doit respecter la liberté que de ceux qui proclament le respect de la liberté (1). » Tantôt, prétend-on encore, c'est le patriotisme qui s'insurge contre l'obéissance que les religieux promettent à des Supé-

(1) Fonsegrive, Bulletin de la Semaine, 21 décembre 1910. Déjà Fuhrmann (De tolerantiae religiosae effectibus civilihus, c. 1 fine) répétait une parole de Larraeus (Hist. d'Angleterre, t. 4, p. 53) : « La religion romaine devient intolérable par sa propre intolérance. »

rieurs étrangers. Parfois le reproche est articulé contre tous les catholiques, qui reconnaissent l'autorité du Pape. L'on a même ajouté : l'unité nationale s'alarme de l'éducation antagoniste de deux jeunesses. Tantôt la campagne prend l'aspect d'une guerre antiesclavagiste. On veut libérer les intelligences sur lesquelles pèse le joug si accablant et si néfaste de la servitude cléricale.

A ces motifs d'attaquer, on joint des fins et des espérances non moins populaires. Que veut-on ? Qu'espère-t-on ? Le triomphe de l'idée laïque, l'affermissement des conquêtes modernes, la destruction des vieux préjugés, le progrès, la civilisation, la République (1) ; bref, tous ces mots sonores, propres à flatter et à tromper la vanité ou l'amour-propre de gens qui se croient savants, pour jurer par la science ; fins politiques, pour lire un journal ; hommes de bon goût, pour suivre la mode ; artisans du progrès, pour être de l'opposition, ou pour laisser renverser et démolir quelque institution du passé. Dans l'armée qui marche à cette bataille, une minorité de sectaires entraîne les tolérantistes hésitants, imaginatifs, hypnotisables, tout heureux d'un prétexte qu^ils inventent ou s'approprient par suggestion pour se voiler à eux-

(1) Chose curieuse en effet. Chez nous, le Souverain aurait mauvaise grâce de ne pas laisser discuter le principe monarchique. Mais, en France, les radicaux progressistes ont une république et des lois intangibles.

mêmes leur peu courageuse palinodie et tromper leurs scrupules religieux ou libertaires. La foule suit, en partie excitée par les meneurs, en partie fascinée par les couleurs flamboyantes du drapeau, en partie encore docilement passive, faute de trouver un autre conducteur, et toujours alléchée par l'attrait du neuf, de l'inconnu, et par la vague attente d'un meilleur sort. L'intérêt guide tout ce monde. Plusieurs le confessent cyniquement, ou se l'avouent au moins en secret; d'autres mettent en avant des mobiles plus élevés qui les illusionnent parfois eux-mêmes. Et c'est ainsi qu'on fomente la tyrannie en prêchant l'entière liberté.

Mais comment une chose toute négative comme l'incrédulité théiste (1) ou athée devient-elle un principe d'intolérance ? Elle devient cela, quand elle ne marque plus simplement un état d'àme, la situation de quelqu'un qui cesse de croire, mais quand elle se convertit en une foi, la foi jacobine, disait Taine (2) ; quand elle excite une passion qui brûle d'être triomphante (3), ou que, sur une naïve confiance, elle fonde une intran-

(1) Le texte de l'Assemblée constituante porte que la Déclaration des droits de l'homme est émise « en présence et sous les auspices rie l'Etre suprême ».

(2) La Révolution, 1. 4, c. 2, I ; T. 3, p. 393.

(3) M. Et. Lamy résumait ainsi la carrière d'un certain révolté : « Proscrire Dieu, parce que Dieu l'amènerait le devoir, voilà l'œuvre essentielle d'André Dumont. » La psychologie d'un révolutionnaire. Le conventionnel André Dumont. (Correspondant, 25 avr. 1910, p. 377.)

sigeante conviction. « Il n'y a pins aujourd'hui, s'écriait orgueilleusement Auguste Comte, que deux camps : l'un rétrograde et anarchique, où Dieu préside confusément ; l'autre organique et progressif, systématiquement dévoué à l'humanité (1). » Pareille confiance en qui, en quoi estelle mise ? Non pas dans un Dieu révélateur, mais dans l'humanité qui tâtonne, non pas dans le Maître qui communique ce qu'il voit, mais dans l'ignorant qui cherche à découvrir ; confiance générale et imprécise dans la marche et dans le mouvement, dans l'enquête scientifique, bref, pour dire le mot à la mode, dans l'évolution. A l'autorité se substitue un postulat orgueilleux mais indémontré, indémontrable : l'homme se suffît, rien n'est au-dessus de lui. Tout converge vers la grande notion de l'Humanité (2). Le Credo de cette foi ne renferme qu'un dogme : la relativité de nos connaissances, le perpétuel devenir de la vérité. Elle s'appelle humanisme, en tant qu'elle se dit toute pour l'homme, sans rien réserver à Dieu ; elle s'appelle laïcisme, en tant qu'elle combat l'Église. Un nom qualifie bien le parti qui professe cette foi : l' Anti-Eglise.

(1) Système de politique positive, t. 1, p. 398. Loin de nous montrer le progrès dans l'ordre et dans le dévouement, l'expérience donne plutôt raison aux Mémoires de Barruel qui voyait dans l'exécrable jacobinisme le produit de trois sectes successives : Les sophistes de l'incrédulité et de l'impiété, qui ont formé les sophistes de la rébellion, d'où naquirent ensuite les sophistes de l'impiété et de l'anarchie.

(2) A. Comte. Cours de philosophie positive, t. 6, p. 880.

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Construite sur des bases bien fragiles, cette religion se rassure par l'audace même de ses dédains. « Croire à une vérité absolue est, selon M. Payot (1), un état d'esprit malsain. » Le Grand Orient de France déclare que « nos pratiques religieuses sont l'obstacle le plus sérieux au développement et au perfectionnement intellectuel et moral de l'humanité (2). » Tels les chrétiens du ive et du ve siècle se riaient des superstitions païennes, tels les fidèles de l' Anti- Eglise tournent en dérision notre foi chrétienne ; ils s'estiment aussi supérieurs en sagesse, et ils se déclarent plus sûrs de triompher, et d'accomplir le grand œuvre de la société actuelle : <( l'élimination du catholicisme (3) ».

Article III. — Les Faits depuis la Révolution française

Sommaire : Le système juridictionnel prévaut en Europe, excepté en Belgique. — L'intolérance interconfessionnelle se relâche. — L'Anti-Eglise engage la lutte contre la foi chrétienne. — Guerre sournoise et souvent dissimulée ; mais dont les incroyants sincères eux-mêmes attestent l'acharnement.

Au sortir de la sanglante tragédie de la Terreur, les catholiques français expérimen-

(1) Le Volume, 3 déc. 1910.

(2) Bulletin du Grand Orient, 55 année, p. 308. 309.

(3) Dans le discours de réception de Mgr DucnESNE (1911), le président de l'Académie française, M. Et. Lamy, traduisait en cette formule la pensée maîtresse du gouvernement actuel de la France.

tèrent d'abord une liberté religieuse restreinte, qu'un pouvoir hostile surveillait d'un œil jaloux. Napoléon rendit ensuite à la religion ses temples, ses ministres, et des honneurs publics, mais sans reconnaître les droits de l'Eglise ni lui octroyer la pleine liberté. Il instaura plutôt le régime juridictionnel, qui continua à régir l'Allemagne, l'Autriche, les pays latins. Suivant les contrées et les hommes qui les gouvernent, ce régime fait vivre à l'Eglise des jours sombres et des jours plus sereins : l'autorité civile peut se montrer équitable et bienveillante, tracassière et antipathique ; elle peut même persécuter : témoin le Kulturkampf allemand et les dernières années du concordat français. L'arme oppressive reste aux mains de l'Etat ; il s'en sert selon les besoins de sa politique, quelquefois simplement pour faire diversion à des questions qui gêneraient les hommes au pouvoir.

En Europe, un pays fait seul exception. Tandis qu'elle dispense libéralement aux citoyens toutes les libertés modernes, la Constitution belge affranchit aussi l'Eglise, et ne fait payer d'aucune servitude sa bienveillance envers la religion.

Tout le long du xixe siècle, les conflits entre confessions chrétiennes s'atténuent pour faire place à la lutte décisive entre la religion et l'incrédulité. Nous l'avons vu : à la fin de la période précédente, l'intransigeance protestante se relâche dans les pays hétérodoxes, les catholiques se voient traités avec plus d'équité. Fait unique dans l'histoire. Un Pape, Léon XIII,

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adresse une lettre apostolique aux peuples et aux princes de l'Univers, niênie aux non catholiques (1). Les catholiques vivent surtout satisfaits dans la grande république nord-américaine. Là, une séparation de l'Etat et des Eglises cherche à se combiner avec des procédés courtois et une réelle sympathie.

Mais voici que, maîtresse en France, 1* Anti- Église installe un régime de persécution renouvelé de Julien l'Apostat. Elle accapare, pour la campagne, toutes les ressources de l'Etat. Une exclusion systématique des emplois et des fonctions rémunérés frappe les catholiques pratiquants. L'enseignement officiel inculque, sinon la haine religieuse, du moins l'indifférence, disons mieux, le mépris pour la religion. On disperse les religieux alors qu'on vote la liberté des associations : on confisque leurs biens, dont la vente rapporte 30 millions au lieu du milliard promis aux travailleurs ; on ferme leurs écoles : les Français ignorent même si la liberté d'enseignement tout entière ne périra pas demain.

La jeune république portugaise suit la française, ou plutôt s'efforce de la dépasser, tant elle se hâte de multiplier les lois et les arrêts qui gênent ou frappent l'Eglise.

En Belgique, l'anticléricalisme n'hésite pas à conclure des alliances républicaines dans son impatience d'arriver au pouvoir. Et dès mainte-

(i) Lettre Praeclara gratulationis, 20 juin 1894. Epistola apostolica, principibus populisqiie universis.

liant, il revendique dans l'Etat une situation privilégiée. C'est lui qui définit ou prétend définir les écoles dont les catholiques ont à être satisfaits ; dans la question d'enseignement, il repousse l'égalité comme une injure.

Quand le Bloc triompha en France, il ne sut retenir un vae victis.. Le nouveau gouvernement de Lisbonne se flatte par son système de lois, d'en finir avec le christianisme au bout de deux cents ans. Voilà de la franchise. Mais le plus souvent, les chefs de l' Anti-Eglise s'évertuent à donner le change sur leurs intentions. Tout en attaquant, ils affectent de se tenir sur la défensive (1). Lisez leurs journaux, écoutez leurs discours. Toujours, dirait-on, ils ont à s'élever contre les monstrueuses prétentions des catholiques (2), à répondre à des provocations (3), à comprimer

(1) Remarquez le langage patelin de M. Éd. Petit (Moïse Klein), inspecteur général de l'instruction publique, chargé du rapport annuel sur les œuvres postscolaires : « L'éducation populaire, qui devrait être laissée en dehors et au-dessus des partis, ost obligée de vivre à l'état de défense armée, de résister à la guerre offensive qui lui est faite, sans que pourtant elle se livre à aucune provocation, sans qu'elle sorte de la neutralité qu'après l'école, de même qu'à l'école, on s'impose comme une loi de conscience. » Rapport de 1910. Questions actuelles, t. 111, p. 18 et 19.

(2) Comme celle par exemple, de ne pas payer deux fois pour les écoles : une fois pour des écoles qui sont inacceptables aux catholiques, une seconde fois pour celles qui leur conviennent.

(3) Une manifestation catholique est une provocation.

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une campagne hostile (1) ; surtout, ils n'oublient pas le « mentez toujours » de Voltaire. Excellant dans l'art de fausser les chiffres et de dénaturer les actes, là où ils sont au pouvoir ils se posent en longanimes ; là où ils ne le sont pas, en victimes lassées « qui combattent un gouvernement d'oppression pour assurer la liberté des consciences (2) ». Franchement, il nous en coûte de relever ces menus incidents dans un livre ; mais le masque de la liberté séduit, hélas ! trop de crédules.

Et le mot de Mme Roland (3) nous revient à la mémoire : « O liberté, liberté, que de crimes on commet en ton nom ! »

Pourtant, même en dehors des catholiques, des esprits clairvoyants et sincères déclarent hautement de quel côté sont les victimes, de quel côté les persécuteurs.

« Depuis une trentaine d'années, écrit un socialiste syndicaliste, M. G. Sorel, le gouvernement républicain est poussé par une sorte d'Anti-Eglise, qui suit une politique ordinairement sournoise (4), parfois brutale et toujours

(1) Telle la campagne dite des manuels.

(2) Déclaration de la gauche libérale, en 1911, lorsqu'elle fit l'alliance avec les socialistes.

(3) Prononcé en marchant à l'échafaud.

(4) « Par exemple, la fameuse neutralité scolaire n'a été qu'un stratagème destiné à endormir la vigilance des catholiques ; aujourd'hui, les représentants officiels du gouvernement déclarent que le grand but à poursuivre à l'école primaire est la suppression de la foi religieuse. (Cfr. le discours prononcé devant la ligue de l'enseignement en 1908 à Angprs par Aristide Briand.) »

fanatique en vue de ruiner les croyances chrétiennes en France. Cette Anti-Eglise, aujourd'hui triomphante, veut profiter des succès inespérés qu'elle a obtenus depuis la révolution dreyfusienne ; elle estime que le régime de l'indifférence serait une duperie tant que l'Eglise a encore une notable influence ; sa grande préoccupation est de supprimer radicalement tout clergé régulier, ses chefs estimant, avec raison, que le clergé séculier ne saurait suffire pour maintenir le catholicisme (1). »

Article IV. — Critique des doctrines et des faits

Sommaire : Examen du principe de tolérance absolue fondée sur l'homme. — Ce principe est faux. — Réfutation des objections. — Il n'affranchit pas la religion. — Il n'a protégé que l'incrédulité. — La suppression du délit d'opinion est plus apparente que réelle. — Elle ne s'annonce pas comme définitive. — Témoignage de V. Jacobs. — Stérile pour la liberté du bien, la Révolution française a vu son principe d'intolérance étatiste beaucoup plus appliqué que son principe de tolérance individuelle.

La Révolution cherchait dans les droits de l'individu humain l'appui, le fondement suprême et unique des libertés qu'elle proclamait. Elle promettait à ce titre une tolérance absolue, universelle et définitive. Et cette tolérance s'expri-

(1) Réflexions sur la violence, p. 398.

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mait pratiquement par une suppression du droit d'opinion.

Ce peu de lignes résume la philosophie, les principes politiques de la Révolution française ; ceux, bien entendu, de toutes ses libertés; car il reste encore le principe de toutes ses servitudes ; l'omnipotence de l'Etat, issu du suffrage universel.

Ces principes peuvent être examinés en euxmêmes, dans leur vérité abstraite, puis dans leur application, leur mise en œuvre.

<( L'homme a le droit de tout penser, de toutdire ; il n'a pas le droit de tout faire. » Cette proposition est-elle vraie ? — Sur quelle évidence la fonde-t-on ? Sur la liberté physique de l'homme ? Jules Simon l'insinua, au passage cité plus haut (p. 248). Mais l'homme a la liberté d'agir aussi bien que celle de parler et de publier. Pourquoi la liberté physique me donnerait-elle le droit de tout dire, tandis que la liberté physique de mes actes ne me donne pas le droit de tout faire? Serait-ce, parce que mes actes peuvent nuire, que mes paroles ne le peuvent pas ? Cette distinction est-elle soutenable ? En parlant, en persuadant, ne puis-je pas fausser l'esprit, pousser une volonté à tous les actes mauvais ? ou sans même y exciter directement, en déposer le germe fatal dans l'intelligence et le cœur (1) ? N'est-ce pas là nuire à l'homme, parfois ruiner toute une existence ; n'est-ce pas là nuire à la société ?

(1) Les annales des cours d'assises abondent enpreuves.

Serait-ce qu'en empêchant le mal, on attente à la liberté du bien, au principe du libre arbitre ? Cette crainte de Fouillée (1) est bien vaine. Depuis quand la bonne action cesse-t-elle d'être libre, parce que la mauvaise est légalement défendue ? Depuis quand la loi, en poursuivant le voleur, rogne-t-elle le mérite de l'honnête homme ? Et derechef pourquoi les empêchements mis à la parole et à la propagande des idées auraient-ils seuls cet inconvénient ? Quoi que fasse le pouvoir, ma décision intérieure demeure toujours libre. Et cette décision commande l'action aussi bien que la parole. Telle est la réalité.

La prohibition des seuls actes se justifieraitelle par cette autre raison, que seuls les actes extérieurs peuvent empiéter sur la liberté d'autrui ? Même cette assertion est inexacte. Aussi bien que la contrainte physique, la parole railleuse, séductrice, mensongère, menaçante, la parole qui égare comme celle qui intimide, sont des procédés de coaction.

Serait-ce du moins, que la liberté de tout dire et de tout enseigner rachète par des avantages sociaux ses très réels inconvénients ; que, sem-

(1) « La liberté du mal, la liberté dévoyée, envisagée dans ses résultats, ne mériterait aucun égard ; mais le principe du libre arbitre est si noble, le but auquel il peut, auquel il devrait atteindre est si sublime, qu'une tell^ faculté ne peut être comprimée que dans la mesure strictement nécessaire à la vie sociale. » (L'idée moderne du droit en France. Revue des Deux Mondes, 1 août 1878. Résumé de V. Jacobs, art. cité.)

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blable à la lance d'Achille, « la liberté des opinions guérit les blessures qu'elle fait (1) » ? Rien ne prouve une vertu aussi singulière. Et si telle est la raison, nous n'en sommes donc plus à invoquer un droit indéniable de l'homme, mais à discuter l'utilité sociale d'une liberté. Ce point de vue est ancien. En nous y mettant, nous enlevons à la Révolution tout mérite d'invention.

Reprenons la question. La volonté, la liberté de l'homme ont une règle ou n'en ont pas. S'ils n'en ont pas, l'homme ne saurait mal dire, mais non plus mal faire. Son droit d'exécuter est aussi entier, aussi absolu, que son droit de décider. Ont-ils une règle, l'homme peut s'en écarter par la manière dont il forme et exprime ses convictions comme par celle dont il dirige sa main. Le droit de mal penser, de mal dire n'existe pas plus que celui de mal faire.

L'autorité publique elle-même peut contrôler l'expression de la pensée comme tout autre acte extérieur. En vain, dès lors, chercherait-on dans l'individu humain une raison quelconque pour conclure d'une part à l'affranchissement de la parole et, d'autre part, à la réglementation des actions.

Fouillée a dit lui-même : « La véritable liberté ne consiste pas à pouvoir mal faire, mais à pouvoir bien faire ; elle n'est pas la puissance

(1) Frère Orban, Discussion de la loi sur la collation des grades académiques. Annales parlementaires» Chambre, 1875-1876, p. 546.

de déchoir, mais la puissance de monter (1). » Nul comme vérité, que vaut le prétendu droit de l'homme comme sauvegarde de la liberté religieuse ?

Supposez-le intangible en droit, et en fait respecté. Il n'affranchit, en tout cas, que l'opinion individuelle. Or, les religions n'existent pas comme opinions, mais comme églises. La liberté religieuse que revendique le catholique est celle de la société chrétienne. Et ce catholicisme est la religion dominante des pays que la révolution française prétendait régénérer. Donc, pour des millions et des millions d'hommes, la maxime de la déclaration des droits de l'homme, déjà nulle et vide comme vérité, se trouve de plus être nulle et vide comme garantie de liberté. Qu'a-t-elle donné en fait ? Quelques libéraux sincères lui attribuent leur généreux optimisme ; et une partie des Constituants belges la croyaient et professaient (2). Elle n'a donc pas été absolu-

(1) Revue des Deux Mondes. L'idée moderne du droit en France, i avril 1878.

(2) De Potter, par exemple. Pas tous cependant. Les catholiques ne fondaient sur aucun droit pur les libertés qu'ils accordaient. « Vouloir la liberté des cultes n'est pas reconnaître qu'il j en ait plus d'un véritable, et vouloir la liberté des opinions ce n'est pas reconnaître toutes les opinions également bonnes... Je veux la liberté générale non comme un bien, mais comme un moindre mal... » Ces lignes du Catholique des Pays- Bas (1828) citées par M. Damoiseaux (La formation de la société politique belge, p. 16), ne préludent-elles pas à la distinction entre la thèse et l'hypothèse ?

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ment inopérante. Mais, sous le règne débonnaire de la maxime, nous ne pouvons l'oublier, se sont multipliées les lois tracassières, les vexations de tout genre, les proscriptions, les spoliations, les confiscations de biens, les condamnations judiciaires.

Dans la réalité, la maxime a couvert efficacement la liberté de ne pas croire ; mais elle n'a pas donné la liberté religieuse telle que la réclame la conscience des croyants. Jusqu'à la Révolution française, la faveur s'attachait au culte et à la religion ; elle passe maintenant au non-culte et à l'incroyance.

L'indifférence tend à devenir une sorte de religion officielle, héritière des facilités et des avantages qui jadis aidaient la religion chrétienne. Dans les hôpitaux, le prêtre s'offrait aux malades qui ne le repoussaient pas ; on veut maintenant qu'il ne se présente que formellement demandé : et le malade impuissant à exprimer son désir mourra sans l'huile sainte et le pardon sacramentel. Aucune assistance religieuse n'est publiquement assurée ni au marin qui part au loin ni au soldat qui affronte la mort sur un champ de bataille. Non content de laïciser les services publics de la bienfaisance et de l'enseignement, l'école qui se réclame de la Révolution française veut que les personnes qui y interviennent prêchent l'areligion par leur exemple. Tout, dans la société actuelle, doit habituer les esprits au scepticisme religieux. Peu à peu, se dessine ainsi et s'accentue une situation amoindrie pour les catholiques, privilé-

giée pour les non-croyants ; la négation irréligieuse obtient une liberté insolente et tous les éloges officiels, l'Eglise, à peine une tolérance précaire et concédée comme à regret.

Pouvons-nous croire, tout au moins, que le délit d'opinion soit définitivement rayé de nos Godes ? Rien ne nous le garantit. En somme, l'érection d'une opinion en délit, qu'est-elle sinon une forme de l'intérêt que le Gouvernement témoigne à l'opinion contraire ? Or, l'Etat se désintéresse-t-il des opinions ? L'État français s'en désintéresse-t-il, lorsqu'il prohibe les Congrégations enseignantes, lorsqu'il confisque les presses des Pères Augustins, lorsqu'il ferme 20000 écoles catholiques fréquentées par 1 600 000 enfants (1), lorsqu'il se donne pour mission de défendre les conquêtes laïques, lorsque, dans le journal officiel malgache (2), il range les croyances en Dieu parmi « les croyances idiotes, indignes de gens intelligents » ?

Les actes du parti libéral belge prouventils aussi une grande insouciance des opinions ? Ces actes ne protestent-ils pas de plus en plus contre le qualificatif de libéral ? V. Jacobs écrivait déjà en 1880 : « Cinquante ans de pratique nous ont appris que partout où la Constitution est restée muette, obscure ou équivoque, disons-mieux, partout où son texte permet d'équivoquer et de chicaner, le parti libéral a la prétention d'imposer ses opinions ; l'esprit du pacte

(t) Piou, Chambre franc., 27 juin 1910. (2) Le Vaovao. 6 décembre 1907.

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fondamental a beau condamner ses entreprises, il faut un texte formel avant qu'il ne s'arrête (1). » Qu'eût dit ce grand parlementaire, des trente années suivantes ?

Mais, de s'intéresser vivement à certaines opinions à les faire prévaloir, puis à proscrire les opinions contraires, il n'y a qu'une distance aisément et rapidement franchie par un Etat tombé aux mains de sectaires irréligieux. Déjà des propositions de ce genre commencent à s'énoncer. Des affirmations grosses de menaces retentissent. M. Piou citait récemment celle de M. Madier de Monjau (2). « En politique il n'y a pas de justice ; on se débarrasse de ce qui vous ^ëne : la République c'est nous, et nous seuls. » Bien plus, pour faire revivre le délit d'opinion, l'administration anticléricale n'attend pas qu'il soit inscrit dans les lois. Ce délit existait en Belgique, quand, sous les deux derniers ministères de gauche, les catholiques se voyaient pour ainsi dire exclus des magistratures ; il existe en France, où les 800 000 places des fonctionnaires sont normalement inaccessibles aux catholiques, c'est-à-dire à ceux qui pratiquent la religion.

La maxime des droits de l'homme ne résiste pas aux passions antireligieuses ; elle ne résiste pas non plus aux poussées de l'intérêt. Dès qu'une opinion inquiète, trouble, compromet des

(1) Les droits naturels de l'homme. Revue générale, 1880, p. 682.

(2) Chambre française, 27 juin 1910.

intérêts auxquels tient le bourgeois, celui-ci, tout entiché qu'il soit des principes de 89, cherche à enrayer cette opinion ; s'il se sent assez fort, il la proscrit. Une grève de cheminots, la menace d'un conflit économique, suffisent pour que des journaux libéraux perdent de vue leur libéralisme, et s'en prennent, non pas seulement aux actes criminels, mais aux idées malsaines dont ils sont pro venus.

L'opinion n'a donc pas acquis une inviolable sainteté, dont le respect arrête le législateur. V. Jacobs résumait en ces termes son impression : (( La vie réelle a été la négation constante de la formule de la Révolution française. » Et elle ne met rien en sûreté, cette théorie des droits de l'homme « que nul n'a jamais appliquée, que ses auteurs ont été les premiers à trahir, que le moindre prétexte fait mettre au rancart (1) ».

Avare dispensatrice de vraie liberté, la Révolution française s'est montrée pratiquement beaucoup plus fidèle à ses principes étatistes. Dès l'origine, et chaque fois qu'ils le purent, les fils de la Révolution invoquèrent l'omnipotence de l'Etat pour faire la guerre à l'Eglise, et violer ces droits de l'homme, dont la proclamation les rendait si fiers. « On a, écrivait Leplay, perverti le sens intellectuel et moral de ce pays, en lui faisant croire que la liberté date chez nous de 1789. Plus j'observe, et plus j'arrive à constater que cette date serait plutôt celle de l'amoindrissement graduel de la liberté ».

(1) Ibidem, pp. 666 et 681.

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Pour être plus appliqué, le principe absolutiste n'en est pas plus vrai. L'Etat n'est pas tout ; et ses droits ne résultent pas d'une abdication individuelle sanctionnée par le suffrage. Nous attendons vainement qu'on nous démontre ces postulats.

Assurément, un profond désaccord ici nous divise d'avec les anticléricaux. Mais, tant qu'ils ne nous ont convertis, ils mentiraient une fois de plus à leurs principes, s'ils les tenaient pour absolument vrais, ou s'ils voulaient nous en imposer la croyance.

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