I. TOLÉRANCES ET INTOLERANCES
lution française, nous avons vu qu'ils n'ont empêché aucune tyrannie.
Mais il vaut la peine de considérer d'un peu plus près encore cette intolérance civile des catholiques et de la comparer aux autres intolérances.
Point bien notable : l'intolérance civile des catholiques ne se rattache pas, comme un effet immédiat et nécessaire, aux principes politiques du catholicisme. Respectueuse des droits acquis, la politique catholique ne s'inspire que du bien commun pour en suivre les indications variées. Quand celles-ci conseillent ce qu'on appelle l'intolérance, l'intolérance civile du catholicisme contraste par ses raisons, ses règles, sa nature intime avec tant d'autres intolérances qui remplissent l'histoire de leurs méfaits ; de celles-là surtout qui s'en prennent si souvent au Christ ou à son Eglise. Et alors, comme elle se manifeste évidente, l'erreur qui reproche à la société chrétienne de s'être faite persécutrice quand elle cessa d'être persécutée, et d'avoir noyé dans le sang la liberté que dans les premiers siècles elle avait si glorieusement conquise au prix de son propre sang !
L'intolérance catholique, si le mot n'est pas trop inexact, se différencie d'abord essentiellement de l'intolérance païenne ou musulmane. Mommsen (1) fait cette observation judicieuse
(1) Mommsen, op. cit. p. 308, t. 2. M. Jordan le reconnaît également (art. cité t. 9, p. 37), mais il attribue cette
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pour la Rome païenne ; et, proportion gardée, sa remarque vaut pour l'empire musulman. Les dieux de Rome étaient, en somme, des serviteurs de l'État. A tout instant « la foi à ces dieux et la manifestation de cette foi pouvaient être réclamées de tout sujet de l'empire ». Qui les refusait, « commettait moins une offense vis-à-vis de ceux-ci que vis-à-vis l'État », et se voyait poursuivi comme coupable de lèse-majesté. Sous le christianisme, le délit d'hérésie a pu être rapproché du crime de lèse-majesté (1). Mais jamais, la remarque est encore de Mommsen, les deux fautes ne furent identifiées. La comparaison se faisait pour justifier la rigueur des sanctions pénales, nullement pour laisser entendre que l'infidélité à Dieu offensait, comme telle, une simple majesté humaine.
De par sa conception même, l'empire turc échoit au chef des croyants et ne saurait échoir qu'à lui. Le sultan succède à Mahomet. La cause de l'Islam lui est commise comme l'Église l'est au Pape. Religion universelle, le catholicisme n'est jamais inféodé à un gouvernement politique. Il accepte et préconise l'alliance avec l'Etat, mais il se refuse à confondre ses intérêts avec ceux d'une république quelconque.
De plus, l'intolérance catholique, si elle tend
mosure au désir d'en finir une bonne fois avec le christianisme. Sur ces persécutions des chrétiens, voy. aussi Wagener, Bulletins de l'Académie de Belgique, 1893.
(1) Voy. par exemple les Constitutions de Frédéric II, puis S. Thomas et les scolastiques.