I. TOLÉRANCES ET INTOLERANCES
à préserver efficacement l'unité religieuse existante, s'interdit de l'introduire de force. Les étrangers dissidents qui pénètrent sur une terre toute catholique devront éviter le scandale antireligieux (1) ; mais seuls, les sujets catholiques seront, dans certaines limites, soumis à la contrainte (2). L'erreur que l'Eglise punit ou permet de punir est une défection et une révolte. Sur ceux qu'elle frappe ou autorise à frapper pour hérésie, elle exerçait une autorité légitime. Déjà l'apôtre l'avait dit : «Je n'ai pas à juger ceux du dehors (3). » Encore, vis-à-vis de ceux-là même, n'est-elle pas partie d'une idée abstraite et absolue d'intolérance et de rigueur. Elle a demandé conseil à l'expérience. Longtemps elle a essayé de la pure persuasion et s'est bornée aux peines spirituelles. C'est peu à peu que les faits lui ont appris à chercher, dans une coercition extérieure le moyen de ramener les égarés et de préserver indemne le reste du troupeau.
(1) Ainsi, dans les clauses secrètes des traités conclus pour les Pays-Bas espagnols, en 1604, avec l'Angleterre, et en 1609 avec les Provinces-Unies, les marchands étrangers ne sont nullement forcés de faire acte de culte catholique, mais ils doivent s'abstenir de prosélytisme, ne donner aucun scandale antireligieux, et éviter la transgression publique des préceptes ecclésiastiques. Voy. L. Willaeht, Négociations politico-religieuses entre l'Angleterre et les Pays-Bas catholiques (1598- 1625). Revue d'histoire ecclésiastique, t. 6-9. Tiré à part, 1908, p. 102 ss.
(2) Nous préciserons plus loin, au n. II.
(3) 1 Cor., 5, 12.
298 IIIe PART. SECT. I. QUESTIONS DOCTRINALES
Correction et préservation : ces deux mobiles inspirent seuls l'intolérance qu'elle exerce ellemême. Ils limitent aussi son pouvoir répressif, qui ne va pas jusqu'à verser le sang (1).
Est-il besoin de montrer combien pareille intolérance tranche sur celle dont les catholiques ont souffert et souffrent encore ou sont menacés ?
Les persécuteurs hérétiques, apostats, ou incrédules de toutes les époques pouvaient-ils invoquer un titre quelconque pour inquiéter les catholiques dans leur profession religieuse ? Quel droit, quelle possession religieuse avaient sur les martyrs catholiques Henri VIII, Elisabeth, les Calvinistes des Pays-Bas, les princes d'Allemagne, la terreur jacobine ou la Terreur communarde ? Chez tous ceux-là je cherche en vain des sujets en rébellion contre un pouvoir d'abord accepté et reconnu ; je trouve moins encore l'intention de sauver et de préserver, et je n'aperçois aucun principe modérateur des violences. Une volonté capricieuse et tyrannique, une force matérielle dont ils abusent, les guident, pour la plupart, dans leur entreprise nettement envahissante et usupatrice.
Le nom d'intolérance est vraiment mal donné à l'action coercitive qu'admet l'Eglise. L'intention de tyranniser, de forcer la conscience en est absente. Que fait l'Eglise ? Elle prémunit ses enfants plus faibles contre une funeste conta-
(1) Voy. la démonstration faite au chapitre intermédiaire entre les deux sections de la Seconde Partie, p.69 ss.