‹ La toléranceChapitre 66 sur 102 · II. LE DÉLIT D'HÉRÉSIE · texte numérisé non relu

II. LE DÉLIT D'HÉRÉSIE

faille beaucoup s'inquiéter des convictions auxquelles ils ont obéi. C'est du vulgaire bon sens. Les persuasions d'affranchissement et de légitime revanche arment souvent le bras de conjurés politiques. Nul, jusqu'à présent, n'impose aux juges le respect ou le souci de ces opinions.

Nous savons, en outre, qu'historiquement le groupement factieux des hérésies a donné le branle aux rigueurs déployées contre elles. Pourtant, à une certaine époque, le texte absolu des lois englobait en principe tous les hérétiques dans sa sévère réprobation.

A quel titre l'hérésie, même isolée, pouvaitelle constituer un délit socialement punissable ? Il est à propos de se le demander.

Les édits de Frédéric II contiennent là-dessus un raisonnement que développe S. Thomas. Les mêmes expressions servent à l'empereur pour expliquer les rigoureuses sanctions qu'il promulgue, et au prince des théologiens pour justifier l'extrémité des peines édictées. Quiconque refuse la Foi à Dieu Lui fait une injure atroce qui dépasse en gravité un crime de lèse-majesté humaine. Si le crime est plus grand, ce n'est pas trop d'une peine égale, c'est-à-dire, de la peine de mort. Voilà qui paraît net, simple, et péremptoire. Aussi l'argument satisfait encore plusieurs auteurs contemporains.

Avouons-le, cependant : présentée sans autre commentaire, cette raison ne saurait plus avoir prise sur notre esprit. Une objection l'énervé aussitôt à nos yeux. L'argument suppose une

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hérésie pleinement formelle, le refus conscient de croire à Dieu. Mais sont-ils nombreux les hommes capables de commettre une faute aussi absurde ? L'homme peut mentir en déclarant ne pas croire ; mais s'il parle sincèrement, il fonde son incrédulité sur l'ignorance de la parole de Dieu. En d'autres termes, s'il rejette la Ste Trinité, c'est parce qu'il conteste que Dieu ait révélé ce mystère. Cette contradiction au dogme catholique peut s'accompagner d'une ignorance invincible, au point de laisser la vertu de foi intacte au fond du cœur. Descendue de la sorte au rang d'erreur purement matérielle, l'hérésie, loin d'être un crime abominable, se trouve innocente devant Dieu. Assurément, chaque fois que la perte de foi est formelle, une faute a été commise. Mais quelle faute? Une imprudence, un péché étranger à la foi peuvent avoir amené la soustraction des grâces nécessaires pour demeurer fidèle. Bref, la disparition du don gratuit de la foi s'enveloppe de tant de mystères de conscience, qu'elle offre une base bien fragile à une législation pénale.

Les promesses du baptême, que d'autres allèguent avec confiance, sont-elles plus démonstratives? Tenu par ces promesses, dit-on, l'hérétique se rend coupable de félonie, en désertant l'Eglise ou ses enseignements. Et n'objectez pas que la promesse, impossible à l'enfant, fut l'œuvre de ceux qui le représentaient au baptême. On vous répondra, que le chrétien l'a ensuite ratifiée ; et qu'en tout cas, elle l'engage, comme la naissance involontaire sur tel ou tel sol nous fait contracter les devoirs du citoyen.

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