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IV. RELIGION ET SCIENCE

Autrefois, sans doute, et même encore il y a quelque cinquante ans, les savants présentaient leurs théories comme des explications, les unes certaines, les autres conjecturales, de la réalité cachée sous les phénomènes dont ils enregistraient les lois. L'acoustique affirmait et démontrait les ondulations sonores ; la théorie des ondes et celle des émissions lumineuses se disputaient la propagation de la lumière; et un corps infiniment subtil, l'éther, était supposé remplir toutes choses, vibrer à tout appel, et se charger des transmissions les plus ténues et les plus accélérées. Mais depuis, fatigués de luttes stériles et de déconvenues, les savants modernes ont cessé d'interroger leurs méthodes d'observation sur ce qu'elles ne sauraient leur apprendre. Leurs théories se construisent non pour expliquer les phénomènes mais pour les représenter, les classer, les généraliser, et ainsi prévoir les conditions de leur retour; pour les grouper enfin dans des synthèses rationnelles, qui constituent pour l'esprit une économie d'effort, et le mettent même sur la piste de découvertes nouvelles. Aux réalités causales qu'elles ne cherchent pas à pénétrer, elles substituent des images qui soient reliées par les mêmes rapports que les objets inconnus dont ces images ou ces signes tiennent lieu dans les calculs et dans les énoncés.

Par exemple, la théorie des vibrations lumineuses n'affirme aucun mouvement réel, mais elle fournit une base excellente pour exprimer en chiffres les lois expérimentales de la lumière. Sa valeur consiste dans la précision avec laquelle

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elle représente un grand nombre de lois. Entre les phénomènes lumineux elle établit un enchaînement logique qui lui donne sa beauté. Et elle trouve sa fécondité dans les déductions qui jaillissent d'elle comme d'une source abondante. Supérieure à des théories moins simples, moins complètes, moins exactes qui pourraient se concevoir et se produire, elle ne les exclurait pas comme fausses, tant qu'elles resteraient en suffisante corrélation avec les phénomènes dont elles seraient les signes et les symboles. Car, ne prétendant rien dire sur la cause réelle du phénomène lumineux, la théorie vibratoire, comme la théorie électromagnétique qui tend à la remplacer, ne se donne elle-même ni pour objectivement vraie, ni pour objectivement fausse. « Le but de Fresnel n'était pas de savoir s'il y a réellement un éther, s'il est ou non formé d'atomes, si ces atomes se meuvent réellement dans tel ou tel sens ; c'était de prévoir les phénomènes optiques (1). » Cette conception des théories scientifiques rallie les savants d'école sceptique, tels que M. H. Poincaré (2), et les

(1) H. Poincaré, La science et l'hypothèse, p. 189-490. Auparavant il avait dit : « Peu nous importe que l'éther existe réellement ; c'est l'affaire des métaphysiciens. » Leçons sur les théories mathématiques de la lumière, Paris, 1889, Préface.

(2) Voy. Sur la valeur objective des théories physiques. Revue de métaphysique et de morale, 1902, p. 263. « Le fait scientifique, dit M. H. Poincaré, n'est que le fait brut traduit dans un langage commode. » » La science,

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