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IV. RELIGION ET SCIENCE

savants d'école chrétienne, tels que M. Duhem (1). L'idéal scientifique cesse dès lors d'être la poursuite de la vérité ontologique, pour devenir la réduction à l'unité de toutes les théories partielles. Et celles-ci se succèdent provisoires, parce qu'elles sont symboliques, et qu'elles doivent sans cesse se modifier et se compléter pour s'adapter à des expériences nouvelles.

Sur ces réflexions, nous pouvons prendre congé de M. Bouché-Leclercq. Son assertion ne tient que s'il tient lui-même (2) à un idéal scientifique vieilli et presque abandonné. Mais les conceptions actuelles fournissent, pour vider l'ancienne querelle de la science et de la foi, des apports nouveaux qu'il vaut la peine d'utiliser.

Autre est la science, autre le savant. Au concret, les essais de celui-ci débordent les fron-

écrit-il encore, est avant tout une classification, une façon de rapprocher des faits... un système de relations. » La valeur de la science, 231 ; 265-266.

(1) Voir l'ouvrage : La théorie physique, son objet et sa structure ; et la brochure, Physique de croyant, (écrite en réponse à l'article de M. Rey, cité ci-dessous, p. 322).

(2) En compagnie de M. Le Dantec, qui, avec une ténacité toute Bretonne, veut demander à la Biologie ce qu'est la vie, et oppose ainsi sa « Biologie destructive » à la religion. Voy. sa Conférence, Biologie constructive et Biologie destructive, donnée au jubilé de l'Université de Bruxelles, Revue de l'Université de Bruxelles, 1909-10, p. 308-318. « Quand une théorie scientifique prétend nous apprendre ce qu'est la chaleur, ou que l'électricité ou que la vie, elle est condamnée d'avance. » H. Poincaré, La valeur de la science, p. 267.

322 IIIe PART. SECT. I. QUESTIONS DOCTRINALES

tières de celle-là. Car qui ne cède à ce que M. Rey (1) appelle la tentation commune de faire un peu de métaphysique ? Et nous arrivons de la sorte à attribuer aux savants une bâtisse qui comprend un rez-de-chaussée et deux étages. Tout en bas, l'observation exacte des faits et des lois expérimentales : faits et lois qui possèdent leur réalité phénoménale, et communiquent leur valeur objective aux énoncés qui les expriment. A l'observation scientifique se superpose le classement rationnel de ces faits et de ces lois : l'interprétation théorique. Sans se prononcer sur la réalité, cette interprétation fournit à l'esprit une représentation par symboles commode, logique et féconde. Telle est l'œuvre qui appartient en propre à la science, et qui nous en assure tous les bienfaits. Enfin, ces théories elles-mêmes, quelquefois aussi des préoccupations extrascientifiques, conduisent les savants à établir, concernant la réalité sousjacente aux phénomènes, comme un second étage d'hypothèses d'autant plus chèrement caressées qu'elles leur semblent comme spontanément issues des théories représentatives fondées sur l'expérience. Le savant se fera ainsi atomiste, dynamiste, en cosmologie ; matérialiste, déterministe, en histoire naturelle; transformiste en biologie. Notonsle bien, pourtant : aucune de ces hypothèses n'est strictement contenue dans les théories

(1) La philosophie scientifique de M. Duhem. Revue

DE MÉTAPHYSIQUE ET DE MORALE, 1904, p. 699.

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