‹ La toléranceChapitre 78 sur 102 · IV. RELIGION ET SCIENCE · texte numérisé non relu

IV. RELIGION ET SCIENCE

physiques ou leurs fécondes applications. Elles ne se formulent qu'avec l'aide de principes ou de postulats métaphysiques. Et le scepticisme philosophique de nombreux savants les incline à négliger les prudents conseils de cette autre branche du savoir humain. Ils espèrent tout tirer de l'expérience, mais, à leur insu, ils en dépassent les enseignements. Et c'est un sens philosophique inexercé, ou même la divination qui leur fait combler la lacune, ouverte parfois béante, entre les théories et leurs conclusions hypothétiques sur l'homme ou l'univers.

Prenons exemple d'un naturaliste. Voyons-le à l'œuvre. Il s'appliquera avant tout, à la considération attentive des organismes et des générations réelles. Des études comparatives entre les êtres vivants le mèneront à une systématisation où toutes les espèces observées occuperont leur place logique ; où même des cases seront réservées pour des intermédiaires, non encore trouvés, mais que la série des êtres semble demander, comme les calculs de Leverrier postulaient une planète nouvelle. C'est là le travail strictement scientifique, le seul indispensable à l'avancement des sciences. Porté cependant par la trempe naturelle de son esprit à émettre un jugement sur la réalité, le naturaliste conclura aisément à des rapports ontologiques entre les espèces qu'il a logiquement fait voisiner : il affirmera leur parenté effective ; il fera profession de transformisme. Mais cette profession, nous insistons là-dessus, il la fera, non pas comme savant,

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mais au nom d'une philosophie parasitaire qu'il a greffée sur sa science (1).

Ces explications préliminaires nous suggèrent une question importante entre toutes : à quel étage se produisent ces rencontres que l'on appelle, ni mal à propos, les conflits de la science et de la foi ?

Au rez-de-chaussée régnent, pour l'ordinaire, la bonne entente et la paix. On ne voit là, comme possibles, qu'un peu de frottement, quelques heurts passagers et accidentels. En effet, aucune doctrine philosophique ou religieuse ne saurait sérieusement ou longtemps nier ou combattre des observations que garantit une palpable évidence. M. Poincaré l'observe finement : Galilée et le Grand Inquisiteur n'étaient pas en désaccord sur un fait (2). Mais, contrairement à ce que pense le même savant, il n'est pas besoin d'oublier sa foi, en entrant au laboratoire, en revêtant le costume de travail (3). Une tâche

(1) C'est bien moins encore comme savant que M. Le Dantec déclare « au sens le plus strict, renoncer au langage humain », réduire l'homme, âme comprise, à un mécanisme fluant; et se vante d'une biologie destructive qui, dit-il, ne lui apprend pas à bien vivre et à laquelle il demande uniquement d'éloigner la peur de la mort. (Biologie destructive, Biologie constructive. Conférence citée.) Voilà qui n'est nullement de la science. Est-ce de la philosophie? Les deux conférenciers précédents, MM. H. Poincaué et G. Lanson, avaient tenu un langage plus scientifique et plus réservé.

(2) La valeur de la science, p. 231.

(3) Le libre examen en matière scientifique. Conférence du jubilé de l'Université de Bruxelles. Revue de l'Uni-

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