IV. RELIGION ET SCIENCE
délicate consistera seulement à trouver les points d'intersection entre l'observation et la théorie scientifique qui l'accompagne. Car la proposition qui formule un fait ou une loi scientifique « est, en général, un mélange intime de constatation expérimentale, douée d'une portée objective, et d'interprétation théorique, simple symbole, dénué de tout sens objectif (1) ». Un physicien, ajoute M. Duhem, décrit-il un phénomène d'optique, il parlera des vibrations de l'éther. En d'autres termes, il exprimera le phénomène dans la langue de ses théories familières.
A l'étage des théories, la science et la foi ne sauraient se rencontrer, puisque la théorie scientifique n'affirme rien de la réalité. « De soi et par essence, tout principe de physique théorique est sans usage dans les discussions métaphysiques ou théologiques (2). » En ce sens, nous pouvons souscrire à ces paroles de M. G. Lanson : « S'il n'y pas une science allemande, une science française, une science belge, mais la science, la même et commune pour toutes les nations, encore moins y a-t-il une science de parti, une science monarchiste ou républicaine, catholique ou socialiste (3). »
versité de Bruxelles, 1909-10, p. 285-295. Notre allusion se réfère à la p. 288.
(1) Duhem, Physique de croyant, p. 27.
(2) Duhem, Physique de croyant, p. 19.
(3) L'esprit scientifique et la méthode de l'histoire littéraire. Conférence anx fêtes jubilaires de l'Uni\ersité de Bruxelles. Revue de l'Université de Bruxelles, 1909-10, p. 296-307. Voy. p. 306.
326 IIIe PART. SECT. I. QUESTIONS DOCTRINALES
Est-ce à dire que le philosophe ou le théologien puissent faire fi des théories scientifiques ? M. Poincaré condamnerait peut-être la prétention même de la recherche métaphysique, car rien selon lui n'est capable de nous faire connaître la nature des choses (1). Pour nous, qui faisons une place à la philosophie, nous croyons aussi à une harmonieuse correspondance de l'esprit qui classe avec l'Esprit qui a créé toutes choses et cet esprit. D'instinct et comme nécessairement, nous admettons entre la réalité et son classement idéal des analogies d'autant moins éloignées et chanceuses, que le classement est compréhensif et parfait. Le plan qui se forme à la suite d'observations savantes tend à reproduire le plan exemplaire sur lequel toutes les choses se sont formées. « Toute branche du savoir m'est apparue comme un louable effort, tenté vers la connaissance de l'ordre qui préside à une catégorie déterminée de phénomènes (2). » La théorie scientifique enfante ainsi un préjugé favorable ou défavorable à une doctrine philosophique ou religieuse. Rien de plus cependant. Nous retenons que, dans ces théories scientifiques, le savant parcourt un domaine où il est autonome, où il n'a ni à espérer ni à redouter une rencontre avec la religion.
Le second étage seulement est le milieu propre
(1) La valeur de la science, p. 266.
(2) A. de Lapparent, La recherche scientifique et la foi. Lettre à la Revue pratique d'apologétique, t. 2, p. 267.