IV. RELIGION ET SCIENCE
des contacts, des rapprochements, parfois aussi des conflits.
Voilà qui est bien fait pour rassurer les humains. Cet étage supérieur, nous l'avons vu, n'est pas celui des découvertes ni des inventions. Le savant ne l'a pas construit comme savant. Que l'atmosphère s'y trouble, qu'un vent de discorde y souffle : il n'y a pas à trembler pour ce bonheur ou ce progrès terrestre dont l'humanité se montre si inquiète et si jalousement avide.
Ce n'est jamais avec la science, mais avec une « métascience » que la religion peut se trouver aux prises. Les prétendus conflits de la science et de la religion n'ont existé qu'entre la religion et une certaine philosophie qui s'accolait à la science.
Ce résultat est notable. Il suffit à démontrer que l'impiété n'a pu qu'usurper la popularité de la science pour combattre la foi, ou faire d'une tolérance illimitée une condition essentielle au progrès.
Ni l'acte de foi ni la soumission à une autorité doctrinale ne sauraient donc gêner le savant dans son travail proprement scientifique.
Reste, il est vrai, son œuvre métaphysique. Négligeable ou secondaire pour les sciences adonnées aux explorations si fertiles de notre monde matériel, elle préoccupe à titre principal les chercheurs confiants qui espèrent arracher aux faits soit des réponses spéculatives sur la nature et l'origine de la vie, des idées, des mœurs, soit
328 IIIe PART. SECT. I. QUESTIONS DOCTRINALES
la direction pratique de notre activité tant individuelle que sociale : les formules de nos devoirs, la clef de notre bonheur (1). Dans tous les domaines, assurément, les investigations strictement scientifiques, les constatations rigoureuses demeurent indépendantes des doctrines métaphysiques ou religieuses. Et cette remarque vaut pour la psychologie, voire pour la mystique, en tant qu'expérimentales (2). Néanmoins, jusqu'à présent, l'intérêt des observations d'ordre psychique s'est assez confondu avec celui des enseignements spiritualistes ou déterministes, des explications surnaturelles ou naturalistes qu'à raison ou à tort on en prétendait déduire : peu de biologistes ou de psychologues, et peut être
(1) A ce genre appartiennent les essais de morale dite « scientifique », qui voulait se passer même du concours de la philosophie. La vogue en a passé. M. Durkheim demeure à peu près seul à plaider la cause d'une morale qui serait uniquement fondée sur la science.
(2) » Le rôle de la psychologie expérimentale, écrit fort bien le P. Maréchal, est de dégager les lois d'entraînement des phénomènes mentaux, mais non pas de découvrir les causes ontologiques de ceux-ci. » (Le sentiment de présence, chez les profanes et les mystiques.) Parlant des phénomènes mystiques, M. l'abbé Pacheu ajoute : « L'observation et la description des faits, si l'on est bien renseigné, ne peuvent être que les mêmes pour tous. » (L'expérience mystique et l'activité subconsciente. p. 301.) Et le profane qui passe aujourd'hui pour le plus entendu dans ces matières sacrées, M. Delacroix écrit à l'auteur : « Comme vous le dites, le psychologue n'a pas à reconnaître ou à nier le surnaturel. » (Ibidem, p. 305.)