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OBJET ET VALEUR DE CETTE TOLERANCE

tout supporter, bref, inspirant ces dispositions d'où la plus parfaite tolérance sort aussi naturellement qu'une fleur de la tige faite pour la porter ? Elle est encore humilité : une défiance opportune de soi-même, la conscience de ses chances d'erreur, le sentiment de sa propre fragilité, préviennent les mépris dédaigneux et les irritations si aisément excessives.

Dans la tolérance entre égaux, nous reconnaissons môme un principe fécond de lumière et de progrès. Ecouter autrui, c'est toujours s'instruire ; permettre la pleine franchise, c'est accepter de mieux se connaître et commencer de se corriger. Telle était bien la conviction de S. Augustin, quand il écrivait : « Mon avis ne s'impose pas avec une autorité qu'il soit interdit de reprendre... Je tâche, je l'avoue, d'être parmi ceux qui écrivent à mesure qu'ils progressent et qui progressent à mesure qu'ils écrivent. Que ma prudence ou ma science soient prises en défaut, et que des censeurs éclairés me fassent ainsi de justes critiques dont le bien fondé ne m'échappe pas ou ne peut longtemps m'échapper si je progresse, qu'y a-t-il là d'étonnant ou de regrettable ? Pardonnez-moi plutôt, et félicitez-moi, non pas d'avoir versé dans l'erreur, mais d'en avoir été repris (1). »

Voilà ce que la religion nous fait découvrir dans la tolérance, ce qu'elle nous fait découvrir, non pas seulement en vue d'une admiration

(1) Ep. 143. (Migne. P. L. t. 33, col. 585, 586.)

14 Ire PARTIE. — TOLÉRANCE DANS LA VIE PRIVEE

stérile, mais surtout en vue d'une sincère et courageuse imitation. Ne tend-elle pas, en effet, par ses recommandations les plus expresses et les plus touchantes, à assujettir notre vie entière à l'empire glorieux et doux d'une justice humble et charitable ? Elle nous interdit toute haine comme tout orgueil, elle nous ordonne d'aimer, d'aimer véritablement tous les hommes, sans en excepter les étrangers et les ennemis, combien plus sans en excepter les coupables, c'est-à-dire, les faibles, et les obstinés dans l'erreur c'est-àdire les pleinement égarés !

Cette loi chrétienne ne saurait ni approuver le massacre des païens, ni admettre qu'on traite de giaours (1) les tenants d'une autre religion. Les grands docteurs catholiques nous enseignent à être bienveillants dans notre accueil, indulgents dans nos appréciations, prompts à excuser ou à justifier, constants à estimer comme à secourir ; et les âmes simplement et bonnement chrétiennes s'épanchent en expressions de pitié, qui plaignent sans froisser, en prières et en offres de services : ces deux démonstrations significatives de bienveillance. Leur indulgence passe même pour un peu naïve et candide : tant elle a hâte de croire au retour des impies et de s'en réjouir. Et combien de personnes profondément chrétiennes en arrivent à être prodigues d'elles-mêmes dans leur tolérante générosité ! Voyez, dans nos villes, la Sœur

(1) Chiens, insulte que les musulmans aiment à jeter aux chrétiens.

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