IV. RELIGION ET SCIENCE
aucun sociologue, ne se sont cantonnés sur le terrain propre de la science.
Reste également l'histoire, la critique historique, qui élève la prétention de Renan : « Les religions se donnent comme des faits et doivent être discutées comme des faits (1). »
Comment le contester? Les conclusions spéculatives, morales ou sociales de certains hommes réputés philosophes ou savants et aussi leurs conclusions historiques, rencontrent fréquemment soit des dogmes religieux soit des assertions qui s'y relient comme des conséquences inéluctables, soit au moins des théories, des croyances, des opinions accréditées et en faveur dans l'Eglise. Et ces rencontres sont loin d'être toujours amicales.
Or, pour tout énoncé qui s'émet au nom de la science on réclame une liberté entière d'expression et de diffusion : l'intolérance de l'Eglise la refuse à la science. De tout savant on exige l'abandon d'idées préconçues : le catholique a sa pensée enchaînée à sa foi. Voilà une intolérance, voici une servitude, qui arment le monde moderne contre toute religion d'autorité.
Suffit-il, pour satisfaire au premier grief, de
(1) Discours en réponse au discours d'entrée de Pasteur à l'Académie française. M. Bouché-Leclercq dit de même : « Si haut qu'elles planent, les religions révélées prennent leur point d'appui en terre : elles sont obligées de marquer le moment et le lieu où s'est produite la Révélation dont elles se réclament ; et c'est là qu'elles sont justiciables de la critique historique. »
330 IIIe PART. SECT. I. QUESTIONS DOCTRINALES
répondre qu'un dogme vrai ne saurait contredire une certitude rationnelle, et que dès lors la barrière religieuse n'interdit aux savants que l'erreur? Une double réplique se fait entendre tout aussitôt. L'homme ne progresse qu'en tâtonnant. Il se trompe avant de réussir. Il passe par l'erreur pour parvenir à la vérité. La liberté de faire des essais malheureux, de contredire même à tort les articles des Gredos lui est donc nécessaire. Et, d'autre part, l'autorité religieuse n'impose pas seulement des dogmes ; elle encombre encore la route de thèses non définies mais qu'elle estime importer à sa cause ; elle nous soumet non seulement au Pontife infaillible, mais encore à des commissions ou à des Congrégations capables de se tromper. Et, à ce propos, l'on mettra une visible complaisance à rappeler un petit nombre de censures portées jadis contre des propositions aujourd'hui acceptées de tous.
La page qui porte les noms des savants catholiques est bien glorieuse à l'Eglise et toujours utile à faire lire. Mais d'y voir une réfutation péremptoire de l'objection, c'est quelque peu exagéré. Assurément, nous goûtons beaucoup l'avertissement que M. H. Poincaré donnait à une assemblée de libres penseurs : « N'allez pas comprendre au moins que je veux interdire la science aux hommes de foi et en particulier aux catholiques. A Dieu ne plaise ! Je ne serais pas assez bête pour priver l'humanité des services d'un Pasteur. » Il nous plaît de l'entendre proclamer, que des croyants ont autant « d'esprit