‹ La toléranceChapitre 82 sur 102 · IV. RELIGION ET SCIENCE · texte numérisé non relu

IV. RELIGION ET SCIENCE

critique que personne ». « J'en connais beaucoup, ajoutait-il, et Pasteur n'est que le plus illustre (1). »

Encore peut-on se demander, si ces chrétiens ne furent pas savants en dépit de la religion, si, pour le devenir, ils n'ont pas eu à surmonter des difficultés et des résistances; s'ils ne doivent pas leur supériorité à l'influence libératrice d'un milieu incrédule. Peut-être aussi se sont-ils illustrés dans ces branches du savoir totalement étrangères, du moins aujourd'hui, aux questions religieuses : telles les mathématiques pures et l'astronomie. L'éloignement aurait alors prévenu tous les heurts.

Voilà pourquoi ces réponses nous paraissent incomplètes, sans que nous leur déniions toute vérité. Une concession nous paraît s'imposer. Et notre esprit ne peut être satisfait qu'en s'élevant à un niveau supérieur à celui où gît la difficulté.

Soit, dans quelques domaines où elle voit ses intérêts supérieurs plus directement engagés, la religion impose aux hommes de science des précautions qui leur demandent des sacrifices. Au lieu de bousculer librement toutes choses, elle veut une marche circonspecte, évidemment moins dégagée et moins rapide. De la sorte, elle met des entraves aux explorations des savants, et quelque gêne dans leurs mouvements. Ne dépassera- t-elle jamais la juste mesure de ses exigences con-

(1) Conférence citée, p. 288.

332 IIIe PART. SECT. I. QUESTIONS DOCTRINALES

crêtes? Le coup d'œil de ceux qui parlent en son nom sera-t-il à la fois si sûr, si compréhensif et si prompt, qu'il saura, en toute circonstance, borner au nécessaire les restrictions de la liberté ? Leur volonté sera-t-elle même toujours assez complètement droite et pure pour ne prendre conseil que des lumières de la raison ? Supposer cette perfection de regard et d'intention, c'est imaginer un miracle qui nulle part n'est promis, c'est oublier le symbole traditionnel de l'Eglise : une barque ballottée par les flots sur une mer traversée de courants. Les représentants qualifiés de l'Eglise, et plus encore ses défenseurs improvisés sont des hommes dont le savoir peut être court, la prudence circonvenue, dont la vertu même peut être prise en défaut : leur intervention sera parfois maladroite, intempestive, exagérée. Un zèle outré doit, en définitive, moins nous étonner et nous abattre que les scandales moraux dont Dieu n'a pas épargné la peine à son Eglise.

Voilà notre concession loyale et franche. Mais en la faisant, nous nous sentons plus fort pour signaler la prétention absurde cachée dans le grief opposé à la religion et à l'Eglise. La science, chacune de ses branches, chacun de ses pas, seraient des biens si précieux qu'ils méritent d'être payés au prix de tous les dommages et de tous les sacrifices ; et la religion serait si inutile, si superflue, qu'elle n'est digne d'aucun souci, d'aucun égard. A moins de soutenir pareille thèse, nos lecteurs conviendront facilement que la fameuse objection des conflits de la science

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