IV. RELIGION ET SCIENCE
trines socialement dangereuses ? » dont la société puisse se débarrasser « comme elle se débarrasse des criminels », M. Poincaré répond . « Non, il n'y a pas de mensonge salutaire (1) », il suppose fort gratuitement que toutes les doctrines sont autant de vérités.
Nous aussi, nous pensons qu'il n'est pas de mensonge salutaire. Nous croyons même qu'il en est de dangereux ; et pour cela précisément, nous ne refuserons pas absolument au pouvoir social le droit de se prémunir contre la propagation du mensonge et de l'erreur.
Ne vaut-elle pas dans d'autres ressorts, la remarque que M. G. Lanson fait en critique littéraire : « Nous avons trop cru qu'il suffisait d'avoir des idées et pas assez que la littérature, comme le reste, avait besoin d'idées vérifiées, d'idées vraies (2). »
Mais si telle est la réalité, s'il est impossible d'identifier science et savants, vérité et idées, tout ce que M. Poincaré revendique de liberté pour la science, tout le bien qu'il dit d'une vérité inoffensive, ne vaut malheureusement pas, même du point de vue scientifique, pour ceux qui se nomment savants et pour ce qu'ils appellent leurs idées.
L'on comprend parfaitement qu'un Gouvernement soucieux du bien général s'inquiète des répercussions sociales de tant de fantaisies sur
(1) Confér. citée, p, 290.
(2) L'esprit scientif. et la méthode d'histoire littéraire, p. 304.
336 IIIe PART. SECT. I. QUESTIONS DOCTRINALES
lesquelles on plaque l'étiquette de scientifiques aussi aisément que, lors de la vogue de l'Allemagne, les marchands de Londres collaient le ruade in Germany sur des articles anglais. Et combien mieux se justifie l'action prudente et même tutioriste de l'Eglise ! Chargée des intérêts spirituels d'une niasse facile à scandaliser et à désorienter, a-t-elle tort de veiller à ce que les nouveautés scientifiques n'y pénètrent pas sans contrôle et sans préparation ; a-t-elle tort de ne pas compromettre, pour un profit assez mince, parfois problématique, la vie supérieure des âmes? De même que la dignité personnelle de chacun empêche de faire sur le plus vil des hommes les expériences médicales les plus importantes mais dangereuses, de même n'est-il pas d'une sage démocratie d'interdire en matière sociale ou pédagogique les essais dangereux que les sociologues ou les éducateurs modernes voudraient tenter, comme in anima vili, sur le peuple ou sur les enfants ?
La vue optimiste qui adjuge à la vérité la victoire finale n'infirme en rien cette conclusion. Car, en attendant que la victoire se remporte, l'erreur a troublé et perdu des âmes, amoncelé des ruines, produit d'irréparables malheurs.
Mais les restrictions de la liberté risquent d'embarrasser, de gêner, de ralentir la science ? D'accord. Elles n'en sont pas condamnées, à moins de faire du plus mince espoir de science le bien suprême de l'humanité.
Or, en quelque haute estime que nous tenions la science, force nous est pourtant de ne pas la situer au sommet des biens. Et tous en jugent