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IV. RELIGION ET SCIENCE

de même, à commencer par le savant, qui dérobe du temps à la science pour se consacrer d'abord aux intérêts de sa maison, à ses devoirs de famille. Aucun Etat ne compromettra l'issue d'une guerre ou d'une bataille pour ménager un intérêt scientifique. Et le juge qui suspecte un savant, n'hésitera pas à l'arracher à son cabinet de travail pour le mettre sous les verroux. La Révolution française envoya Lavoisier à l'échafaud, et le sectarisme franc-maçonnique est incapable de respecter une bibliothèque de moines.

Voilà donc que les plus enthousiastes font passer la science après la vie de famille, après la défense nationale, après la justice répressive, après leurs passions politiques ou antireligieuses : toutes choses qui sont encore sur la terre. Seule une chose du ciel, comme la foi, ne pourrait demander à la science la moindre privation ? Faire grief à la religion de ce qu'elle contrarie certains savants, c'est la préjuger fausse : et voilà qui n'est pas scientifique ; c'est la proclamer inutile : et voilà qui est nier tout à la fois l'expérience et le cœur humain.

Toutefois, n'exagérons pas le dommage !

Retenons d'abord qu'il est circonscrit à certaines sciences que divisent des querelles intestines et dont aucune conjecture n'a été, jusqu'à présent, indispensable au bonheur de l'humanité.

Qu'on nous entende bien ! Loin de nous la pensée de méconnaître la noblesse de tout effort intellectuel et l'utilité des services que la discussion historique et la spéculation philosophique sont appelées à rendre au genre humain.

338 IIIe PART. SECT. I. QUESTIONS DOCTRINALES

La science critique a ses droits ; mais à l'opposé de ce qu'on a appelé « l'hypocri tique », naïve et ridicule sinon paresseuse, se dresse une orgueilleuse hypercritique, qui prend moins à tâche de regarder et de raconter les faits, que de les interpréter à sa manière et de faire parler d'elle. Suivant la juste remarque de Fustel de Coulanges, elle substitue à la vue réelle du passé son point de vue personnel et moderne (1). De la sorte, d'autres que nous ont pu traiter l'histoire de « petite science conjecturale (2) » ; et, devant les ambitions démesurées mais déçues des sciences biologiques et philosophiques, d'autres que nous encore ont prononcé le fameux mot de banqueroute.

Il n'est pas même vrai qu'une science quelconque pâtisse des entraves ecclésiastiques. Car, enfin, l'action de l'Église n'atteint pas tous les savants. Que de travaux, que d'études scientifiques s'entreprennent en dehors de l'Eglise et sans souci de ses décrets (3) ! Il suit de là, que s'il y a eu des empêchements individuels pour tel et tel homme d'études, aucune science n'a jamais manqué d'air et de liberté. En des temps plus calmes et peut-être plus heureux, l'Eglise laissa une

(1) Questions historiques, p. 408.

(2) G. Lanson, Conférence citée, p. 300.

(3) Nous ne disons pas « en pleine indépendance. » Car ces mots exprimeraient une conviction qui nous manque, à savoir que, dans le monde scientifique incrédule, il n'y a pas de dogmes laïques, de préjugés à la mode, ni de victimes du respect humain.

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