IV. RELIGION ET SCIENCE
large liberté de spéculation à ses fidèles. C'est du xvie siècle que datent la Congrégation de l'Index et les condamnations régulières de propositions suspectes. Quand les trahisons de la Réforme obligèrent l'Eglise à resserrer sa discipline et à multiplier les précautions en faveur de l'orthodoxie, la science trouva dans les sécessions des époques inquiètes et troublées cette latitude de travail et d'investigation que lui assurait à moins de frais la bienveillante confiance de l'autorité légitime. Dieu se plaît ainsi à tirer le bien du mal. Les hérésies, comme toute révolution, peuvent être une occasion de progrès. Il ne répugne même pas que dans leurs courses souvent folles et toujours aventureuses, elles découvrent, hors des sentiers battus, des voies nouvelles utiles au progrès humain.
Combien léger apparaît dès lors le sacrifice scientifique que la religion demande accidentellement à la science ; et quels immenses bienfaits elle lui rend sans cesse en retour !
Le mot de sacrifice est-il même un terme bien exact ?
Ne serait-il pas bien plus juste de célébrer les services que la religion et la science se rendent mutuellement ?
Les conflits de la religion et de la science sont en réalité les conflits des hommes qui les représentent ou du moins prétendent les représenter, et qui élèvent la voix au nom de l'une ou de l'autre. Ils naissent en partie d'une sollicitude que nul ne saurait blâmer, et qui rappelle le travailleur à une réserve, à une modestie, à une
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circonspection si bien de mise en des matières délicates et compliquées où des affirmations bruyantes aboutirent si souvent à de retentissants démentis. Ils proviennent encore d'un empressement excessif qui s'imagine découvrir un fait contraire au dogme, ou un dogme contraire à une assertion scientifique. Conflit de religion et de science, disait-on. Nullement : conflit de deux infirmités, de deux faiblesses humaines. Infirmité et faiblesse qui apparaissent partout où intervient l'homme, dans les institutions les plus nécessaires à l'humanité, et qui font dire qu'aucune n'est sans inconvénients. Mais ces oppositions et ces résistances ont leurs avantages. Elles amènent de part et d'autre ces revisions intelligentes qui affinent les preuves, tempèrent les affirmations réciproques, et elles conduisent à une conciliation meilleure et plus durable que n'eût été l'entente conclue de prime abord. S'il s'en est suivi des lenteurs et des retards, un peu d'attente est-il funeste à l'humanité ? Celle-ci a-t-elle plus pàti d'avoir modéré son allure que de l'avoir précipitée ?
Une religion étriquée et anxieuse peut causer des timidités paralysantes, et le dogme, surtout le dogme mal compris, gêner le travailleur catholique. Telle n'en est pas pourtant l'influence naturelle. Le croyant puise dans la profondeur de ses convictions, toute la confiance nécessaire à la recherche la plus impartiale. Aucun résultat final ne saurait l'inquiéter, car aucun ne saurait ébranler une religion qui peut être mieux comprise mais ne saurait essuyer de