IV. RELIGION ET SCIENCE
démenti. Dans les devoirs qui se greffent sur ses convictions, le croyant puise l'énergie du travail et de la probité scientifique, en même temps que le courage de refouler les animosités et les rancunes personnelles. Et les principes supérieurs dont sa foi l'anime lui font accepter même un labeur dont d'autres recueilleront les fruits : ils modèrent cette hâte fébrile du succès personnel qui est pour la vraie science une conseillère si funeste. Le cerveau du savant ne saurait, à la façon d'un observatoire, être isolé des influences troublantes. Le savant reste homme ; il a pour premiers ennemis ses fantaisies et ses passions. La religion l'aide à les dominer. A la suite de M. Lanson (1), défions-nous plutôt d'une liberté excessive qui « asservit la science à des caprices individuels ». S'il faut de la liberté, il faut aussi de la discipline. La meilleure est celle d'une religion éclairée. Si le dogme est un poids, il pèse à la façon d'un lest dont il est dangereux d'alléger le navire.
Enregistrons ce magnifique témoignage d'un illustre géologue, de Lapparent. « Je me plais à déclarer, que non seulement ma foi de catholique ne m'a pas été une gêne dans mes recherches scientifiques, mais qu'avec un réconfort intellectuel et moral, j'ai recueilli, dans le milieu spécial où mon activité s'est exercée, une somme d'encouragements qui m'ont puissamment aidé
(1) Conférence citée, p. 306.
342 IIIe PART. SECT. I. QUESTIONS DOCTRINALES
à remplir ma tâche d'homme de science (1). » Tandis qu'elle inspire aux savants ces utiles courages, la religion reçoit de la science d'incontestables bienfaits. Nous parlons de cette science impartiale dont M. Poincaré nous trace le séduisant tableau.
Plus modeste, parce qu'il sait davantage, le vrai savant, dans quelque rang qu'il se trouve (2), emploie son irréfragable autorité à dénoncer les fraudes et les contre-façons des demi-érudits. Que de faux oracles sur nos origines ou notre nature se produiraient contre la religion, ou trouveraient crédit, si le vrai savant n'était là pour leur barrer la route, leur opposer son démenti décisif. N'hésitons même pas à porter à l'actif de la science, ces découvertes qui ont modifié nos concepts sur l'antiquité du monde, sa construction, son mouvement. Loin d'y voir des reculs de la religion, reconnaissons-y pour elle de nouvelles sources de progrès. Aucune découverte n'a éloigné Dieu ni l'action divine ; toutes ont rendu Dieu plus admirable dans son œuvre. En nous montrant combien mal nous l'avions devinée, ces découvertes nous rendent plus humbles, par conséquent plus religieux ; en corrigeant des conceptions erro-
(1) La recherche scientifique et la foi. Lettre à la Revue pratique d'apologétique, t. 2 (1906) p. 266.
(2) Nous exceptons les farouches sectaires. Ceux-ci même, cependant, ne s'élèvent contre la religion qu'en quittant le domaine où ils se sont distingués.