IV. RELIGION ET SCIENCE
nées, elles purifient nos hommages, qui montent mieux vers un Dieu moins ignoré; en nous détrompant sur certains arguments cherchés jadis dans l'Ecriture sainte, elle nous font mieux saisir la manière dont l'Esprit de Dieu s'est insinué dans le travail humain. Et c'est encore un service que la science rend à la théologie, d'avoir appris à ceux qui cultivent cette dernière à aborder avec une extrême circonspection les matières qui touchent aux sciences humaines.
Dans la conférence dont nous venons de faire un usage assez fréquent, M. Poincaré déclare que la foi de Pasteur s'était épanouie aussi fraîche et aussi vigoureuse en pleine Ecole normale que dans le milieu le plus rebelle à la culture scientifique (1); il félicite Pasteur d'avoir donné « à l'humanité de libres esprits » ; et, parlant des élèves catholiques de cet illustre chimiste, il concluait ; « quoi qu'ils en aient, ces croyants sont des nôtres ; et s'il n'y en avait que de pareils, on pourrait vivre avec eux (2) ». On ne saurait plus clairement reconnaître que rien ne conseille à la science de rompre avec la foi. Retournant la parole de M. Poincaré, à notre tour, nous disons des savants qu'il nous dépeint : « malgré qu'ils en aient, ces hommes-là ne sont pas nos ennemis ; s'il n'y en avait que de pareils, on pourrait vivre avec eux ».
(1) Conférence citée, p. 288.
(2) Conférence citée, p. 298.
344 IIIe PART. SECT. I. QUESTIONS DOCTRINALES
Dans leurs conclusions définitives, la science et la religion ne sauraient se contredire ; et, au lieu d'avoir à se limiter l'une par l'autre, leurs libertés mutuelles se complètent et sont faites pour s'entr'aider.
Entre l'idéal religieux et l'idéal scientifique une vue superficielle imaginait des antagonismes ; un regard plus attentif nous les montre en situation plutôt parallèle. La science comme la religion, — nous entendons la véritable, — appellent l'emploi judicieux de nos ressources intellectuelles, l'une sur le monde phénoménal naturel, c'est-à-dire, le monde qui se découvre aux sens, l'autre sur ce que nous serions tenté d'appeler le monde phénoménal surnaturel, c'està-dire, la parole divine qu'écoute la foi et que gardent les livres sacrés et la tradition. A l'aide d'observations superficielles, l'homme vulgaire comme le savant recueille un premier capital de notions et de connaissances, semblable à ces fruits que notre main ramasse à terre. Le monde surnaturel se révèle de même à tout croyant avec ses dogmes. L'observation scientifique du monde naturel enrichit notre savoir de forces et de lois que l'on dit nouvelles, non pas qu'elles commencent d'être, mais parce que jusque-là elles avaient fui notre regard. Appliqué au monde surnaturel, le travail scientifique, ici spécialement aidé de Dieu, parvient aussi à mettre en lumière des vérités auparavant cachées dans le dépôt divin. Ce sont les dogmes nouveaux. Et de la sorte se réalise ce progrès