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IV. RELIGION ET SCIENCE

universel de la foi, si magnifiquement souhaité par le concile du Vatican (1). Cependant dans le monde naturel, le savant construit ses théories logiques, son catalogue, comme dirait M. Poincaré, où les phénomènes se relient les uns aux autres dans de belles et fécondes unités ; mais il n'a garde de donner ses classifications pour objectives.

De semblable façon, le théologien demande à la philosophie un système rationnel qui coordonne les dogmes. S'il ne dénie pas à ses déductions une valeur objective, il se défend néanmoins d'en faire des vérités de foi : ce ne sont pas de nouveaux dogmes. Même, pour les mystères qui dépassent sa raison, il renonce, comme le savant, à l'explication objective, et cherche tout au plus des représentations analogiques qui évitent à la foi le reproche de contredire sa raison. Entre les philosophies il a d'abord hésité, pour recourir ensuite de préférence à celle d'Aristote, parce qu'il en pouvait attendre des services plus nombreux et plus constants. N'est-ce pas ainsi que le savant fait choix de la théorie qui lui promet le plus d'utilités ? Mais tandis que sa théorie se perfectionne, que des lois plus nombreuses viennent comme la confirmer, le savant a conscience d'avancer. Il devine, il pressent, non sans émotion, cette terre ferme de la réalité que

(1) « Qu'à travers les âges et les siècles, elles prennent de rapides et de vastes accroissements, l'intelligence, la science de chacun et de tous, de chaque honime et de l'Église entière ! »

346 IIIe PART. SECT. I. QUESTIONS DOCTRINALES

pourtant son regard de savant se contemplera jamais. Car, à cette limite, il se trouverait au terme du progrès. Et de même le théologien, en élaborant et polissant ses explications, se sent comme plus près d'une vérité toujours transcendante pourtant à son esprit ici-bas. La succession des systèmes théologiques sur la présence réelle, la causalité des sacrements, etc. montre bien que la science qui s'attache à la religion n'ignore même pas les solutions provisoires ni les tâtonnements.

Le dernier grief fait à la religion, du moins à la religion positive, peut recevoir, lui aussi, une plus complète réponse. La religion, dit-on, impose l'acte de foi. Et s'est-on assez lamenté de nos jours sur les déformations intellectuelles qui naissent des habitudes de foi! Attitude de croyant, attitude de savant : seraient-ce là vraiment deux attitudes qui se contrarient, se combattent et tendent à s'entre-détruire ? Négligeons ici les différences profondes qui séparent l'acte de foi divine et l'acte de foi humaine, entendu plus ou moins strictement : ces différences n'importent guère au point ici en litige. Prenons ce qui caractérise l'attitude du croyant et l'attitude du savant. Au fond de la première, nous trouvons une dispositions à admettre de confiance, sur la parole d'autrui, ce qui n'a pu raisonnablement être personnellement vérifié ; la seconde attitude est une tendance à chercher et à voir par soimême.

Or, ainsi comprises, les deux attitudes sont

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