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IV. RELIGION ET SCIENCE

faites pour se compléter et se porter secours. L'humanité ne saurait se passer ni de l'une ni de l'autre. A la fois personne complète et partie du genre humain, tout homme doit voir par luimême et aussi s'aider des yeux d'autrui. S'il refusait de regarder ou de croire, il mentirait à sa nature raisonnable ou à sa nature sociale. L'enfant a besoin de croire à son père, à sa mère, à ses maîtres ; le peuple, d'écouter des hommes plus instruits (1) ; le malade, de s'abandonner au médecin.

Nul homme ne peut refuser à la science et à la sincérité de quelque autre homme cette confiance qui dicte l'acte de foi. Bien plus, une foi mutuelle est nécessaire aux savants. Ils reprennent la tâche inachevée par d'autre, ; et s'ils veulent la conduire plus loin, force leur est bien d'accepter les résultats antérieurs. Dans certains domaines, notamment dans celui de l'histoire, quelles énormes proportions ne prend pas cette foi !

La science découvre, elle est l'élément du progrès, elle apporte la nouveauté ; la foi retient, elle est l'élément de stabilité, elle représente la tradition. Personnelle et individualiste, la stricte science (qui ne veut que voir) diviserait les hommes que la foi associe en les groupant autour des autorités. Mais la science n'existe pas sans la coopération de plusieurs, ni, par conséquent, sans foi de l'un en l'autre. Plus réceptive dans

(1) Trop souvent, hélas, dans son besoin de croire, il se livre à des meneurs !

348 IIIe PART. SECT. I. QUESTIONS DOCTRINALES

sa connaissance, la foi réserve son activité pour les œuvres; elle utilise les conseils et les découvertes de la science ; au point fixe que la science lui indique, elle applique le levier. Elle procure au savant des honneurs et des disciples qui l'encouragent au labeur. La science cherche à créer la foi; car tout savant désire être cru. Et c'est ainsi que l'humanité marche constamment appuyée sur la science et sur la foi.

Bien plus, à la base même des recherches scientifiques, se trouve une conviction indémontrable, une confiance sans vision, qui rappellent l'acte strict de foi. M. H. Poincaré et M. Duhem s'entendent encore pour nous l'apprendre. «Toute généralisation suppose, dans une certaine mesure, la croyance à l'unité et à la simplicité de la nature (1). » Le physicien a beau se pénétrer de cette idée que ses théories n'ont aucun pouvoir pour saisir la réalité... il affirme sa foi en un ordre réel dont ses théories ont une image de jour en jour plus claire et plus fidèle (2) ». Et au cours même de son labeur, tandis que tant de voix sceptiques contestent le devoir et raillent la fatigue, quelle garantie pour le croyant que de sentir son effort scientifique abrité sous l'égide de convictions qui interdisent les défaillances (3)! Finalement, la foi tend à se convertir en science.

(1) Poincaré, La science et l'hypothèse, p. 172.

(2) Duhem, La théorie physique, son objet et sa structure, p. 38.

(3) Pensée de A. de Lapparent, La recherche scientifique et la foi. Revue pratique d'apologétique, t. 2, p. 269.

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