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VI. QUELLE ENTENTE EST POSSIBLE

VI. — Autour de quelle tolérance le ralliement est-il possible ?

Sommaire : Formules modernes de liberté. — Elles ne dévoilent aucun principe politique nouveau ; l'application n'en est même pas constante. — Leur popularité tient à une autre appréciation du bien social. — Mais c'est au point de vue de ce bien que les hommes, comme autrefois, se mettent pour accorder ou restreindre les libertés civiles. — Entre croyants et incrédules, le désaccord n'est pas politique, mais religieux. — Sur quelle base, malgré ce désaccord, fonder une entente sociale ? — Sur une convention de tolérance pratique, inspirée et soutenue par la charité. — Règne éphémère du libéralisme doctrinal. — Ce qu'il a appris aux catholiques.

« Nul n'est inquiété pour ses opinions même religieuses, et n'encourt de ce chef aucune incapacité ou défaveur. — Chacun peut manifester et répandre ses opinions même religieuses, s'unir à d'autres en société, sauf à ne pas déranger l'ordre public et à se conformer aux lois sur les associations. »

Ces formules, qui se lisent dans diverses lois et Constitutions, établissent-elles entre la politique des catholiques et celle de l'Etat moderne le désaccord radical que beaucoup affirment, qu'ils invoquent même pour éloigner les catholiques du pouvoir et des fonctions officielles, pour obtenir peut-être leur désistement volontaire ?

Notre étude des doctrines et des faits depuis la Révolution française nous a démontré le contraire. Pour signifier une politique nouvelle, ces formules devraient dériver d'un principe à la

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fois absolu et nouveau, que nous n'apercevons nulle part. Ni dans la conscience, dont l'inviolabilité subsiste dans ces libertés extérieures ; tout le long des siècles, nul ne l'a plus éloquemment défendue que l'Eglise, par le sang de ses martyrs et la voix de ses plus illustres docteurs. Ni dans la déclaration des droits de l'homme, « que nul n'a jamais appliquée, que ses auteurs ont été les premiers à trahir, que le moindre prétexte fait mettre au rancart (1) ».

Réduits, dans plus d'un pays, à souhaiter en leur propre faveur une application plus large et plus loyale de ces formules, les catholiques apprennent même à leurs dépens l'inanité du principe sacrosaint qui affranchirait toute opinion. D'autres dérogations ne sont pas moins probantes. L'idée instigatrice du délit est une opinion. Qui, cependant, en autorisera la propagande ? Et que penser des attaques livrées à des principes considérés comme essentiels à la société actuelle ? Le pouvoir doit-il s'en désintéresser ? « Le débat reste ouvert et n'est susceptible, en pratique, que de solutions provisoires. » Telle est l'étonnante mais instructive réponse d'un représentant autorisé de la politique rationaliste contemporaine, de M. Bouché-Leclercq : dix lignes plus haut, cet auteur écrivait que l'Etat moderne ne connaît « de repréhensibles que les actes » (2). « Le débat reste ouvert », malgré les droits natu-

(1) V. Jacobs, Les droits naturels de l'homme, p. 561.

(2) L'intolérance religieuse et la politique, p. 354. 355.

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