‹ La toléranceChapitre 93 sur 102 · VI. QUELLE ENTENTE EST POSSIBLE · texte numérisé non relu

VI. QUELLE ENTENTE EST POSSIBLE

rels de rhomme et leur Immortelle Déclaration ; malgré la suppression tant vantée du délit d'opinion ? Et dans ce débat, la défense du patrimoine laïque, de lois proclamées intangibles, n'assurerait-elle pas, au vote, bien des suffrages prohibitifs ? A preuve, les discours des parlementaires français. Et qu'adviendrait-il de la liberté des opinions et de leur manifestation publique, en des jours d'effervescence révolutionnaire, où l'on crée des tribunaux pour rechercher les suspects (1)? Ne suffit-il pas qu'un intérêt matériel palpable coure un danger, pour que la presse rationaliste, pour que les organes attitrés de la politique moderne, se plaignent de théories malfaisantes, de théories condamnables ; tiennent, en somme, un langage d'ancien régime et se montrent prêts à ratifier un geste même violent de proscription (2)? A qui leur marquerait sa surprise, ils répondraient apparemment en invoquant les nécessités sociales.

Et les voilà ramenés eux-mêmes au point de vue catholique, qui apprécie les libertés civiles en fonction du bien général. La conception de ce bien a pu varier; mais la préoccupation de ce bien est demeuré la règle suprême de toute politique sincère. Tenant d'une part la religion

(1) Rappelons-nous 1793; observons ce qui s'est passé récemment au Portugal.

(2) Pour s'en convaincre, il suffit de relire, les articles que certains journaux de gauche publièrent lors de la grève des cheminots français (1911).

362 IIIe PART. SECT. I. QUESTIONS DOCTRINALES

pour chose vaine et socialement indifférente, grisés d'autre part d'évolutionnisme et de persuasions relativistes, portés à attendre d'idées maintenant subversives les principes d'un ordre nouveau et à faire de la libre discussion une condition même du progrès, les philosophes et les politiques modernes ont naturellement conclu à la liberté des opinions et de leur manifestation en toute matière, comme à la tolérance religieuse la plus absolue. Mais pour quelle raison ? A cause d'un droit de l'homme, d'une philosophie nouvelle ? En apparence, oui ; nullement, en réalité. Leur vraie raison fut qu'ils regardaient toute tolérance religieuse comme spécialement inoffensive, et la tolérance des opinions comme socialement utile. Aussi, quand les faits parlent trop haut, quand une opinion semble compromettre l'ordre social tel qu'ils le rêvent, aussitôt ils négligent leurs décrets, et leur dogme même de tolérance absolue s'efface de leur esprit.

La politique de l'Etat moderne n'a donc pas de principe positif suprême qui lui appartienne en propre. Celui des droits de l'homme n'est ni suprême ni même effectif. La société peut se tromper sur ses fondements et ses principes essentiels. Mais il reste vrai, que « Toute société est intolérante à l'égard de ce qui attaque ses bases ». La liberté absolue en matière religieuse et philosophique est « un régime anarchique qui n'a jamais existé et qui n'existera jamais nulle part (1) ». « Le libéralisme absolu est une

(1) V. Jacobs, Article cité.

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