VI. QUELLE ENTENTE EST POSSIBLE
<( hérésie » sociologique, car il méconnaît les conditions essentielles de la vie sociale ; il est, du même coup, une impossibilité, une pure utopie. » M. L. de la Vallée-Poussin conclut ainsi les réflexions que M. Goblet d'Alviella lui suggère dans son travail sur les Congrès de religion (1).
Entre croyants et incrédules, le désaccord est religieux et non pas politique. Si demain les incrédules se convertissaient, s'ils jugeaient de la religion comme nous en jugeons, le dogme de la tolérance religieuse n'aurait plus de fidèles : tous entendraient la tolérance à notre façon.
Mais, en attendant que cette conversion se produise, l'irréductible conflit religieux ne va-til pas nécessairement mettre les citoyens sur pied de guerre, les uns contre les autres ? Gomment concevoir la paix civique entre gens qui, en désaccord sur les bases sociales, s'accordent pourtant sur la nécessité de les défendre ? Si le premier désaccord était complet, la paix, la société, ne se concevraient même pas. A présent, elles ne sont rendues que moins aisées, moins complètes. Sur un fond d'idées restées communes, sur une certaine honnêteté naturelle, sur des mœurs enfin, admises de tous comme nécessaires, l'on peut asseoir une paix plus fragile et plus superficielle, à la dondition que les catholiques n'imposent pas leur idée sur la religion, ni les incrédules leur conviction évolu-
(i) Revue pratique d'apologétique, 1 déc. 1910.
364 IIIe PART. SECT. I. QUESTIONS DOCTRINALES
tionniste, ni par conséquent leur dogme de tolérance qui en est un fruit, Cette paix admet et suppose incontestablement un régime pratique de tolérance ; mais d'une tolérance fondée sur un principe de charité, nullement sur une théorie religieuse qui serait la négation du catholicisme. Encore moins exige-t-elle la reconnaissance d'une tolérance dogmatique absolue, qui est un mythe, une idole sans adorateurs. Cette paix immédiate, loyalement conclue, attend alors de la liberté une union, un accord plus complet qui perfectionne la paix elle-même.
Les catholiques ont su conclure cette paix et en observer les conditions ; ils le savent faire encore ; les libéraux de la Constitution belge le savaient faire également. Mais le glas de ce libéralisme a sonné. Les convaincus de l'incroyance prétendent monopoliser l'idée du vrai propres ; marquer le pas à la société, et, à ce titre, procéder méthodiquement, impitoyablement, même par voie de confiscations et d'expulsions, à l'élimination de l'idée religieuse. Le libéralisme a passé. Faux en principe, il s'est écroulé sur lui-même, entraînant ses partisans obstinés dans les bas-fonds d'une démagogie sectaire ; mais, comme toute erreur, il a laissé sa part de vérité en héritage à l'Eglise et aux catholiques.
Dieu, en effet, qui assiste son Eglise, ne la soustrait pas aux conditions de la vie et du progrès humains, et ne l'exempte pas de tous les genres de défaillance. Infaillible dans son magistère, mais non, — rien du moins ne le prouve, — dans sa politique, elle apprend d'une expérience