‹ La toléranceChapitre 95 sur 102 · VI. QUELLE ENTENTE EST POSSIBLE · texte numérisé non relu

VI. QUELLE ENTENTE EST POSSIBLE

tantôt heureuse, tantôt pénible, à se diriger toujours mieux vers sa glorieuse fin. Tous les âges, même les plus mauvais, deviennent ainsi pour l'Église fertiles en enseignements.

Née sur le Calvaire, traquée et persécutée pendant plus de trois cents ans, l'Église a retenu de la première période de son histoire cette aversion pour le sang que nous revendiquons comme son honneur : et elle a proclamé à la face du monde, que la foi devait naître de la grâce de Dieu et d'une persuasion volontaire.

Une seconde période lui a démontré la légitimité et l'opportunité d'une coaction extérieure, non pas pour donner les convictions mais pour les préserver, quelquefois pour les affranchir; moins pour forcer que pour permettre de croire. Sous la poussée des événements, les pouvoirs publics en sont arrivés à des rigueurs extrêmes qui ont rencontré l'approbation des chefs de l'Église. Alors sont apparus les inconvénients et les impuissances de la sévérité. Ni les guerres ni les cours de justice n'ont pu empêcher le déchirement sans lequel une Europe toute catholique aurait façonné un Univers chrétien. Il fallut parfois payer bien cher les services du bras séculier. Et si légitime, si nécessaire qu'elle ait pu être, son intervention laisse après elle des préjugés et des préventions dont nous souffrons toujours. S. Augustin l'écrivait en 512 : a Sous l'impression d'excès et de crimes, l'indulgence passe pour indigne et se voit taxée de faiblesse et d'incurie ; mais l'effervescence à peine passée, l'excellence de la bonté resplendit,

366 IIIe PART. SECT. I. QUESTIONS DOCTRINALES

et l'on trouve un plaisir plus grand à lire et à montrer les annales qui la racontent (1). » Les germes malfaisants fourmillent toujours dans l'air ambiant de notre globe ; ils causent aux organismes débiles des ravages qui réclament parfois l'application du fer et du feu ; pourtant, quelle meilleure résistance leur oppose une ferme santé ! Réuni un siècle plus tôt, le concile réformateur de Trente eût probablement épargné au christianisme le désastre religieux qui fait encore le malheur du monde.

Au milieu des rébellions et des apostasies, s'ouvre ainsi une troisième période au cours de laquelle l'Eglise consacre son attention sur ellemême, s'applique de tout son pouvoir à embellir et à fortifier sa situation intérieure, et va rendre plus manifestes les immenses ressources qu'elle puise dans la pureté de sa doctrine, dans la vie exemplaire de ses ministres, dans les vertus de ses fidèles, dans les lumières de sa prédication, dans l'onction suave de ses sacrements. Tandis que les appuis extérieurs se dérobent, l'Église sent grandir sa vigueur interne ; à mesure que les gouvernements refusent de la remorquer, elle déploie plus amples ses blanches voiles ; et ce qu'elle perd en prestige de force physique elle le regagne en un prestige de force morale, plus sublime, plus touchant, plus captivant pour tous les cœurs avides de clartés et de paix.

Formée de la sorte à l'école de vingt siècles,

(1) Ép. 139 à Marcellinus. (M. P. L., t. 33, p. 535.)

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