II. L'Inquisition en particulier
Sommaire : Points à retenir sur la nature de l'institution et sur le nombre des victimes.
L'inquisition revient sur les lèvres et même sous la plume de bien des gens qui seraient fort embarrassés de dire au juste ce quelle était.
A son sujet, il importe de retenir :
Qu'il y eut plusieurs inquisitions, très différentes de constitutions, de caractères et de rigueur. —
Que l'histoire impartiale et complète des tribunaux d'inquisition n'est pas faite encore. Leur action, surtout depuis le xvie siècle, reste toujours enveloppée d'obscurités. —
Que l'Inquisition n'introduisit ni la peine capitale ni les bûchers (1), mais qu'elle régularisa la procédure contre l'hérésie. Les bûchers sont une invention du pouvoir séculier, une legs de l'empire païen et de coutume reprises au xie et
(1) « C'est ainsi que l'on pourrait faire toute l'histoire
de la pénalité contre les hérétiques sans presque
recourir aux canons qui instituèrent l'inquisition. Sans doute, ces canons côtoient la législation pénale, ils empiètent même parfois sur elle; mais leur objet est différent et leur histoire doit rester distincte. » Maillet-Hanquet, op. cit. p. 87.
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au xne siècles. Ces legs fut accepté d'abord par un ennemi de la papauté, par un prince qui passe pour avoir été libre penseur, Frédéric II. —
Que la torture refleurit avec la vogue rendue au droit romain (1) : le Pape qui aurait alors rejeté ce moyen d'investigation se serait vraisemblablement vu taxé d'étroitesse d'esprit et de conservatisme. —
Que les exécutions des hérétiques furent ordonnées du point de vue social.
L'évaluation du nombre des condamnés à mort ne saurait être exactement faite. Mais il est assez piquant d'observer, combien les chiffres se dégonflent quand on passe d'ouvrages tendancieux à des ouvrages moins passionnés et mieux documentés.
En voici un exemple remarquable, relatif à l'inquisition espagnole.
Le manuel scolaire de lecture, signé Primaire (pseudonyme), attribue à cette inquisition deux millions de victimes en dix ans. A. Rambaud, Histoire de la civilisation française, t. i, p. 327. en compte trois cent mille pour trois siècles et demi. Llorente, très mal disposé envers l'inquisition, descend, pour la même période, à trente
(1) Le recours à la torture se rattache manifestement au droit romain. Elle fut d'abord employée par l'autorité séculière; plus tard, elle fut appliquée par les agents subalternes des inquisiteurs sur l'ordre de ces derniers. » Hinschius, System des kath. Kirchenrechts, t. 5, p. 485.
mille (1). D'après Mgr Landrieux (2), des travaux allemands tout récents réduisent ce total à dix mille. Enfin Gams n'en compte que 4000 (3).
§ 2. — Le Présent et l'Avenir