‹ La tombe d'un ancien EgyptienChapitre 2 sur 10 · ANNALES DU MUSEE GUIMET · texte numérisé non relu

ANNALES DU MUSEE GUIMET

rah, se trouve gravée sur une stèle l'inscription suivante : « An premier, « jour premier du règne du fils du Soleil, roi de la Haute et de la Basse- « Egypte, le pharaon Aménophis III. Le roi, ayant trouvé les galeries en « ruines, en fit creuser une nouvelle afin d’en extraire les blocs de calcaire « destinés à la construction de son temple funéraire L » Aménophis III fut l’un des plus puissants souverains de la XVIIIe dynastie ; nous verrons plus loin ce que c’était qu’un temple funéraire. Ce qu’il importe de remarquer pour le moment, c’est que, le jour même de son avènement, et peut-être avant de s’occuper des affaires du pays, un roi donnait déjà des ordres pour faire préparer son tombeau. Il est certain, d’autre part, qu’on y travaillait jusqu’à la fin de sa vie. Or, en fait, Aménophis III régna au moins trentesix ans, et son hypogée, retrouvé au commencement du siècle par la Commission d’Egypte, et dans lequel j’ai eu l’occasion, pour en relever les légendes, de passer deux ou trois semaines, est l’un des plus considérables que l’on connaisse. La stèle de Tourah nous apprend qu'il fut commencé en l'an premier du roi ; trente-six ans après, à l’époque de la mort d’ Aménophis III, les ouvriers étaient encore à l’œuvre et durent même, lorsque la momie royale fut prête à être ensevelie, abandonner le tombeau sans l'avoir complètement terminé, car 011 y trouve une salle à peine commencée, dont un pilier seulement sur quatre a été achevé et dont les autres adhèrent encore en partie au corps de la montagne.

Dans ces conditions, on comprend que la seule vue d’une tombe égyptienne nous permette d’établir facilement, a priori, non pas peut-être l’importance du personnage qui y était enseveli, mais du moins la longueur probable de son existence. Plus longue était sa vie, plus considérable et plus richement orné était son caveau funèbre. Les dispositions d’une sépulture égyptienne étaient combinées de telle sorte que la partie principale et absolument indispensable devait en être prête relativement vite. O11 pouvait ensuite l’embellir, l’agrandir, la développer indéfiniment, et la durée des travaux qu’on y faisait n’avait d’autres limites que la durée de la vie du personnage qui devait l’occuper. Si un roi venait à mourir quelques mois après son avènement, sa tombe, quoique bien peu décorée encore, était néanmoins

1 R. Lepsius, Denhmaler ans Ægypten und Æthiopien, vol. III, pi. 71, a.

déjà en état de le recevoir. Si au contraire il vivait de longues années, son tombeau, tout en n’ayant théoriquement que les parties constitutives de la tombe la plus simple, n’en était que plus soigné et plus riche en annexes de toutes sortes. C’est d’après ce principe que les pyramides funéraires étaient construites non pas par couches horizontales, comme Hérodote le laisse supposer, mais par un noyau pyramidal central qui allait s’élargissant de jour en jour par des revêtements successifs, ce qui permettait d’achever rapidement l’édifice, une fois arrivée la mort du roi. Les trois pyramides de Gizeh témoignent, par leurs dimensions différentes, de la longueur différente des règnes des rois qui les firent construire. Le règne de Chéops eut plus de deux fois la durée de celui de Mycérinus, sa pyramide a plus de deux fois la hauteur de celle de son descendant. L’inspection rapide d’une tombe royale peut donc, dans nos recherches chronologiques, nous donner sur le règne probable du pharaon à qui elle appartenait, des renseignements que l’on n’est pas toujours sûr de rencontrer dans les documents historiques proprement dits, et l’on pourrait presque ainsi calculer mathématiquement, d’après le nombre de mètres cubes de pierre creusés dans la montagne ou élevés dans l’espace, le nombre d’années qu’il vécut.

.Ce que les rois faisaient, les grands fonctionnaires de la cour et les riches particuliers du royaume devaient le faire également. La préparation de leur tombe devenait de bonne heure la principale occupation de leur vie, et l’idée de la mort se trouvait ainsi sans cesse devant leurs yeux. Il est probable qu’un homme prévoyant, — et riche surtout, car les riches seuls pouvaient prendre si grand soin de leur future momie, — allait voir tous les huit ou quinze jours où en étaient les travaux de sa tombe. 11 activait les ouvriers, discutait avec les architectes, choisissait les modèles de décoration pour les soubassements et les plafonds, indiquait, au fur et à mesure qu’ils se présentaient, les différents événements de sa vie qu’il désirait voir représenter spécialement sur les parois de sa dernière demeure. Entre temps, il allait poser chez le sculpteur chargé de modeler ses traits et de les reproduire ensuite sur le plus grand nombre possible de statues; il faisait venir de loin, à grands frais, le granit qui devait servir à son sarcophage, et en faisait prendre sur lui les dimensions exactes. En un mot, il se donnait toute sa vie durant, pour faire construire sa tombe, le souci que se donne de nos

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