‹ La tombe d'un ancien EgyptienChapitre 3 sur 10 · ANNALES DU MUSEE GUIMET · texte numérisé non relu

ANNALES DU MUSEE GUIMET

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jours un bourgeois qui se fait bâtir une maison de campagne, avec cette différence qu’une maison de campagne est nécessairement terminée au bout d’un espace quelconque de temps, quelle que soit d’ailleurs la lenteur des entrepreneurs, tandis qu’une tombe égyptienne n’avait aucune retison d’être considérée comme achevée avant la mort de son propriétaire.

L'idée de la tombe, qui devenait une nécessité journalière de sa vie, n’effrayait nullement l'Egyptien. Bien heureux même qu’il ne pût pas, de son vivant, se faire préparer sa momie. Et encore il pouvait le faire, et le faisait, jusqu’à un certain point. Parmi les trois classes de momification que l’on connaissait, il pouvait choisir, sur un catalogue ad hoc présenté par l’embaumeur, — et fort scrupuleusement détaillé, s’il faut en croire les quelques fragments qui nous en restent1, — la classe spéciale qu’il désirait. Il pouvait faire le pèlerinage de Sais et en rapporter des bandelettes tissées par les Recluses de Neith 2, bandelettes très recherchées des Egyptiens et qui assuraient, paraît-il, aux momies qui avaient le bonheur d’en être revêtues, des avantages inappréciables dans l’autre monde, celui entre autres d’y être introduites et recommandées par Neith en personne. Il pouvait faire prendre sur lui -même l’empreinte du masque de carton qui devait plus tard s’appliquer/sur sa face momifiée et, après avoir été convenablement enluminé et muni d’yeux de cristal, donner à son cadavre toute l'apparence de la vie.

Nous aussi, quand nous pouvons en avoir, nous prenons grand soin de nos caveaux de famille, mais ce sont des caveaux de famille, et notre place n’y est pas spécialement désignée au milieu des niches inoccupées encore. Les Égyptiens n’avaient pas de caveaux de famille; leurs tombes, pour grandes qu’elles fussent, leur étaient absolument personnelles, et l’habitude de s’acheter soi-même son cercueil, qui nous ferait aujourd’hui passer pour des originaux, leur semblait au contraire la chose la plus naturelle du monde, et n’était chez eux qu’une preuve d’ordre et de sage prévoyance.

S’il s’occupait avec tant de soin de son tombeau, l'Égyptien d’autre part négligeait fort sa maison, ou du moins ne cherchait à la rendre ni solide ni durable. Les riches maisons égyptiennes, telles que nous les représentent les

1 G. Maspero, Mémoire sur quelques papyrus du Louvre, p. 14-57.

2 V. Loret, La Stèle de l' dm-khent Amen-hotep, p. 52, note 8 (Mémoires publiés par les membres de la Mission archéologique française au Caire, fasc. 1).

peintures de l’Ancien Empire, étaient construites en briques et même quelquefois en bois. Ce n’étaient guère que de légers kiosques, ombragés le plus soigneusement possible sous les arbres d’un grand parc dont la fraîcheur était encore augmentée par des ruisseaux d’eaux courantes et des bassins, où nageaient des poissons, des cygnes, des pélicans, des canards aux vives couleurs, et sur le bord desquels se jouaient des hérons et des ibis, — non sacrés. Quant aux demeures des pauvres, c’étaient probablement, comme celles des fellahs modernes, des huttes grossières bâties en boue, et qu’emportait régulièrement chaque inondation un peu forte. Que sa maison subsistât après sa mort et put appartenir longtemps à sa famille, peu importait à un Egyptien. L’essentiel pour lui était que sa tombe fût éternelle autant que possible, et il y employait consciencieusement tous ses soins. Son désir le plus vif était de se survivre à lui- même et de laisser trace de son passage sur la terre. Croyez bien qu’il n’y avait pas là seulement une question de vanité. D’autres idées venaient s’y mêler, des raisons administratives d’une part, d’autre part surtout des motifs religieux.

L’Egyptien n’avait pas d’état civil officiel. Aucun diplôme, aucune publication ministérielle ne pouvait rappeler ses titres et ses services à la postérité. Aussi lui-même se chargeait-il de la chose. Sur les différents panneaux de son tombeau, il se faisait représenter, peint ou sculpté, quelquefois peint et sculpté, accompagné de tous les membres de sa famille, ascendants ou descendants. Chacun de ces personnages avait son portrait ressemblant et portait, à côté de lui, son nom, l’indication de son degré de parenté avec le défunt, et l’énumération complète de toutes ses dignités successives. Le défunt, pour sa part, se faisait modestement représenter d’une taille cinq ou six fois plus grande que celle des autres membres de sa famille. Ce n’est pas qu’il fût nécessairement un géant; c’était une manière symbolique de montrer qu’il était le principal personnage de la tombe, que lui- même en avait ordonné les détails, et qu'il en était le légitime possesseur. Je me souviens d’avoir vu, au

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