‹ La tombe d'un ancien EgyptienChapitre 7 sur 10 · ANNALES DU MUSEE GUI MET · texte numérisé non relu

ANNALES DU MUSEE GUI MET

possédait le propriétaire du tombeau. Parmi les oiseau» est représenté un grand cygne blanc, marqué du chiffre 1225

Un troupeau de bœufs traverse un gué. Un veau, que sa taille exiguë aurait fait disparaître sous l’eau, est porté sur les épaules d’un bouvier. Un camarade l’interpelle: « Eh vieux! Quelle ardeur! » A quoi l'autre répond: « C’est un veau à la mamelle. »

Scènes de marché. Les gens échangent différents produits. L’un apporte de la liqueur et reçoit une paire de sandales. Une femme achète des concombres et les paye en poissons. Pour quelques mesures de blé, un marchand obtient des éventails, des colliers de perles.

Un boutiquier prend son repas; il mange un oignon pendant que son aide lui présente une tasse d’eau. Plus loin, un flâneur se promène à travers le marché, ses deux grands cynocéphales en laisse; tandis qu’un fruitier est occupé à ranger son étalage de légumes, un singe l’empoigne par la jambe et exécute une danse folâtre autour de lui. Le marchand se sauve en criant : « Fais donc attention à ton singe, toi, eh gardien ! » Le gardien répond flegmatiquement : « Il s’amuse, ce singe ! »

Je n’en finirais pas si je voulais décrire avec plus de détails toutes ces scènes curieuses. Elles nous donnent, d’une part, de bien précieuses indicaions sur la vie intime des premiers Egyptiens, et, d’autre part, nous montrent que rien n’était négligé pour rappeler au double du mort toutes les occupations journalières de sa vie terrestre, même les plus intimes. Ces douze tableaux appartiennent à une seule localité, Memphis, et â une seule période, l’Ancien Empire. Dans d’autres nécropoles et à d’autres époques on retrouve des scènes toutes différentes.

On voit par là que le double devait avoir, à regarder les peintures qui ornaient son logis, de quoi se distraire pendant toute l’éternité.

Abriter sa momie et la conserver intacte pour le jour de la résurrection, pourvoir à l’existence agréable de la partie de lui -même qui devait rester

sur terre, fixer pour toujours sa généalogie, rappeler ses hautes fonctions et les faveurs royales dont il avait été honoré, tels étaient les motifs qui portaient tout Egyptien à consacrer la plus grande partie de sa vie à la construction de sa tombe.

Prise dans son état le plus simple, la tombe égyptienne se divise en deux parties bien distinctes : premièrement, la chambre où repose le sarcophage, laquelle était murée aussitôt les funérailles accomplies ; secondement, la chapelle laissée ouverte aux survivants qui s’y rendaient plusieurs fois l’an, pour y célébrer certaines fêtes anniversaires. Selon les époques et selon les localités, ces deux parties présentent des dispositions différentes par rapport l’une à l’autre. Dans certains cas, par exemple lorsque la nécropole est située sur un terrain plat, la chambre funéraire est souterraine, et la chapelle s’élève immédiatement au-dessus, comme cela a lieu pour les caveaux de nos cimetières. D’autres fois, quand les chaînes de montagnes qui bordent le Nil sont proches de la ville, le caveau, percé en couloir, s’enfonce dans le rocher, et la chapelle est bâtie sur une plate-forme ménagée devant l’ouverture de la grotte. Les pyramides, considérées comme des montagnes factices, présentent cette dernière disposition. Le mort reposait au centre de la pyramide, et sa demeure était murée. Une chapelle était édifiée au bas de l’un des côtés de la pyramide. A Memphis, toutes les chapelles extérieures ont disparu. Dans la nécropole de Méroé, dont les tombes affectaient également la forme pyramidale, les chapelles extérieures sont admirablement conservées. On a plusieurs fois fait cette remarque, que la montagne qui domine de toutes parts le cimetière de Thèbes est terminée par un cône assez élevé. On en a conclu que ce pic, dans lequel, dit -on, on creusait des hypogées bien avant le règne de Chéops, a du donner l’idée d’élever des montagnes de pierre là où le terrain de la nécropole était éloigné de la frontière rocheuse de l’Egypte i. La chose est possible, mais purement hypothétique et difficile à discuter scientifiquement. Enfin, les deux parties de la tombe sont parfois absolument indépendantes l’une de l’autre. C’est ainsi que les rois de Thèbes avaient leurs syringes creu-

1 Nestor L'Hôte, Lettres écrites d'Égypte. ]>. 150, sqq. Ann. G. — X

CO

Page 1