‹ La tombe d'un ancien EgyptienChapitre 8 sur 10 · ANNALES I>U MUSEE GU1MET · texte numérisé non relu

ANNALES I>U MUSEE GU1MET

sées dans la vallée lointaine de Bibân-el-Molouk, tandis que leurs temples funéraires, immenses édifices environés de grands parcs, se trouvaient échelonnés sur la rive gauche du Nil, non loin du fleuve. Certains de ces pharaons thébains avaient même plusieurs chapelles funèbres disséminées, pour éviter de trop longs voyages à leurs sujets pieux, dans les principales villes de l’Egypte. Nous connaissons pour Ramsès 111 au moins trois temples funéraire, l’un à Héliopolis, l’autre à Memphis, le troisième àThèbes; il en eut probablement bien d’autres.

Chacune des deux parties de la tombe ne se compose pas nécessairement d’une pièce unique; elles étaient plus ou moins développées selon l’état de fortune du défunt, et surtout selon le temps qu’on avait pu consacrer à les construire. Telle tombe d’un simple particulier de Thèbes, Amenemap, qui vécut fort riche et mourut fort vieux, renferme des chambres, des puits et des couloirs sans nombre, superposés en trois étages1. Telle tombe d’un roi surpris prématurément par la mort, alors que les carriers avaient à peine commencé leur œuvre, ne possède au contraire que le strict nécessaire, une simple chambre funèbre dont les peintures sont même demeurées inachevées.

Les deux parties d’une tombe diffèrent, non seulement par leur usage spécial, mais encore parleurs décorations. La chambre de la momie ne comporte jamais que des scènes religieuses et infernales. Je me garderai bien de les expliquer, et pour cause. Hérodote, lors de son voyage en Egypte, eut la chance de rencontrer des prêtres instruits et aimables qui lui révélèrent une grande partie des mystères de la religion égyptienne, mais après avoir obtenu de lui la promesse qu’il n’en répéterait rien, promesse qu’il tint du reste religieusement. Je ne sais si, pour ma part, je me serais montré aussi scrupuleux, mais hélas, aujourd’hui les prêtres instruits et aimables n’existent plus que sous forme de momies, et l’obscurité voulue de la plupart des textes religieux nous force malgré nous à imiter prudemment le silence d’Hérodote. La momie se trouvait donc environnée de textes liturgiques et de représentations magiques qui, d’une manière générale, devaient lui faciliter l’accès dans l’autre monde et le mettre en garde contre tous les ennemis qu’il pouvait y rencontrer.

1 J. Duemichen, Die Ceremonie des Lichtanzündens, Taf. II (Zeitschrift, 1883, p. 11-15).

LA TOMBE D’üN ANCIEN ÉGYPTIEN

La chapelle funéraire, comme nous l’avons vu, était conçue dans un tout autre ordre d’idées. D'abord, elle n’était pas murée; une simple porte de bois la fermait, et le gardien en chef de la nécropole en avait les clefs. Les représentations qui s’y trouvaient peintes n’étaient rien moins que funèbres. Nous savons qu’elles n’avaient d'autre but que de donner au double l’illusion d’une nouvelle vie terrestre et, aux survivants du défunt, une haute idée des principaux faits de sa vie, brillamment décrits et pompeusement illustrés. Cette partie de la tombe était l’objet de soins continuels de la part de la famille. Des bouquets de fleurs y étaient renouvelés le plus souvent possible et placés dans de grands vases montés sur des supports. De plus, chaque chapelle avait son jardinet, orné d'un petit bassin. Certaines tombes, même, étaient le centre de véritables parcs. Le scribe Anna, qui vécut sous Touthmès Ier, prit soin, avant sa mort, d’indiquer sur les parois de sa tombe le nombre et les espèces d’arbres dont il désirait voir planter son jardin funèbre, ainsi que les dimensions du lac qu’il voulait y voir creuser L On compte dans cette liste plus de cinq cents arbres, palmiers, dattiers, sycomores, acacias, vignes, figuiers, oliviers, grenadiers, etc. On peut facilement se rendre compte de quelle étendue devait être ce jardin 1 2.

Les temples funéraires royaux avaient bien plus d’importance encore. Pour leur accorder plus d’espace on les construisait loin de la tombe proprement dite. Le terrain ne faisant plus défaut, la chapelle des particuliers devenait pour les rois un véritable temple, le jardinet se transformait en parc, et le bassin prenait les dimensions d’un grand lac. Les sépultures de la plupart des rois thébains étaient percées dans les flancs d’une vallée assez éloignée de Tlièbes. Elles n’avaient, ne servant qu’à la momie, que des représentations funèbres. On en murait l’entrée et même, pour mettre le défunt à l’abri de toute profanation, on en dissimulait la place en aidant la montagne, très friable en cet endroit, à s’ébouler devant l’ouverture. Ce moyen réussit, car, en fait, on est loin d’avoir retrouvé aujourd’hui tous les hypogées qui ont été creusés dans cette nécropole royale. Diodore nous apprend que les archives sacerdotales fai—

1 H. Brugsch et J. Duemichen, Recueil de monuments égyptiens, I, pi. XXXVI.

2 M. G. Maspero a publié deux stèles sur lesquelles sont représentés des jardins funéraires au pied de la ckaine libyque (Recueil de travaux, H, p. 105 et sqg.).

Page 1