‹ La tombe d'un ancien EgyptienChapitre 9 sur 10 · ANNALES DU MUSEE GU IM ET · texte numérisé non relu

ANNALES DU MUSEE GU IM ET

saient mention de quarante-sept tombeaux de rois. Or, quand il visita l’Égypte, dix-sept seulement avaient été ouverts1. Aujourd’hui, on en connaît à peu près une vingtaine. Vingt-cinq tombes au moins restent donc encore à découvrir. Si l’on pouvait déjà, du temps de Diodore, visiter quelques-uns de ces caveaux, c’est que les momies en avaient été emportées et mises en lieu sûr dès la XXIe dynastie. On a retrouvé récemment, dans la montagne de Deirel-Bahari, à Thèbes, une de ces cachettes de momies royales contenant les cercueils et le mobilier funèbre d’une trentaine de pharaons environ, à répartir entre la XVIIe et la XXIe dynasties. L’enlèvement n’en avait pas été clandestin, mais s’était fait au contraire avec grand apparat de témoignages et de procès-verbaux paraphés. Chaque momie porte la date de son entrée dans la cachette2.

Les rois étaient enterrés magnifiquement, et leurs tombeaux, creusés dans une vallée solitaire et désolée, et par conséquent fort négligés des gens qui étaient payés pour les garder, devaient exciter au plus haut degré la cupidité des voleurs. Et en effet, un papyrus s’est conservé jusqu’à nous, dans lequel se trouve le texte du jugement rendu contre des gens accusés d’avoir violé quelques-unes des sépultures royales de Thèbes 3. On y trouve la description minutieuse de chacune des tombes saccagées, avec la mention de tous les dégâts commis et de tous les objets emportés. Or, chose curieuse, la tombe du roi Antef IV y est spécialement désignée par la représentation qu’on y remarquait du roi suivi de ses quatre chiens. Cette stèle, dit le papyrus, avait été brisée par les voleurs; c’est en effet dans cet état qu’elle se trouve aujourd’hui exposée au musée de Boulaq4.

C’est probablement à la suite de ces vols que l’on enleva les momies royales de leurs tombeaux pour les cacher ailleurs et que l’on permit aux touristes étrangers de visiter les hypogées, vides désormais et sans but. Peu importait d’ailleurs aux dévots égyptiens que les momies royales fussent dans leurs tombes ou autre part; c’était dans les temples funéraires qu’on allait les adorer, et il s’en trouvait dans toutes les grandes villes. La plupart de ceux que

1 Bibliothèque historique, I, 46.

• E. Lefkbure, Le Puits de Deir-el- Bahari (Annales du Musée Gtiimet, VI, p. 1-17).

3 G. Maspero, Une enquête judiciaire à Thèbes au temps de la XXe dynastie. Étude sur le Papyrus Abbott.

4 A. Mariette, Notice des principaux monuments du musée de Boulaq , 1884. p. 290-291.

LA TOMBE D’UN ANCfEN ÉGYPTIEN

l'on peut voir encore aujourd’hui sont édifiés dans la plaine qui s’étend à Thèbes sur la rive gauche du Nil. Le petit temple de Medinet-Habou est consacré à la mémoire de Touthmès II et de Touthmès III. Celui de Gournah appartient à Ramsès Ier et à Séti Ier. Le Ramesséum est le temple funéraire de Ramsès II; le grand temple de Médinet-Habou date de Ramsès III. Enfin, le temple de Kom-el Idettan et les deux colosses de Memnon, qui faisaient partie du même ensemble d’édifices, représentent le monument funèbre pour lequel Aménophis III fit ouvrir, dès la première année de son règne, de nouvelles carrières à Tourah. La plupart de ces temples sont de nos jours absolument ruinés. Si l’on peut à peu près se rendre compte de leurs dimensions, on ne trouve plus trace des parcs et des lacs qui les entouraient. Un document précieux nous permet heureusement de reconstituer dans tous ses détails l’ensemble d’un temple funéraire. Ramsès III prit soin de nous décrire lui-même, dans un papyrus conservé au British Muséum, toutes les constructions dont il orna l’Egypte. J’en extrais la description d’un de ses temples funéraires, celui de Thèbes.

« Je t’ai fait un somptueux Temple de millions d'années i, situé près « de la montagne de Neb- ankh 2, et tourné vers ton lever 3. 11 a été construit « en grès, en granit gris et en basalte; les battants de sa porte sont en bronze « doré et ses pylônes, bâtis en pierre, s’élèvent jusqu’au ciel et sont ornés « d’inscriptions gravées au nom de Ta Majesté.

« Tout autour, j’ai élevé une enceinte avec ses escaliers et ses terrasses « en grès. Devant, j’ai creusé un bassin empli d’eau du ciel et ombragé de « plantations aussi verdoyantes que les marais de papyrus de la Basse- « Égypte.

1 Les Égyptiens donnaient le nom de Temples de millions d'années à tous les temples funéraires royaux.

2 Neb-anhh est le nom égyptien de cet partie de la chaîne libyque qui borde Thèbes à l’ouest.

3 Cette description s'adresse au grand dieu solaire de Thèbes, Amon-Ra, sous la protection de qui était placé le temple.

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