TOPOGRAPHIE CRANIO-CÉRÉBRALE CHEZ LES ENFANTS ET LES VIEILLARDS
iWodifications chez les eufants.
L’âge apporte des modifications importantes dans les rapports cranio-cérébraux. Les mesures que nous avons données jusqu’ici se rapportent à des adultes. Nous allons passer en revue les différences que Ton trouve chez l’enfant et chez le vieillard. Ces différences, suivant les âges, sont surtout en relation avec des différences dans le développement relatif des régions cérébrales et crâniennes , contrairement aux différences suivant les sexes qui sont en relation avec les différences de volume de la tête. (Féré).
« C’est de 13 à 17 ans que les rapports du cerveau et du crâne deviennent fixes. » (Férè).
De la Foulhouze, en 1876, dans une thèse intéressante sur « les rapports anatomiques du cerveau avec la voûte du crâne chez les enfants » a tiré de ses expériences (1) les conclusions suivantes :
(1) Il donne 16 observations :
1° Enfants de la naissance à la fin du 1er mois : 4. 2° » de 18 mois à 3 ans : 9.
Enfant de 4 à 5 mois : 1.
» de 5 ans : 1 .
« de 13 ans : 1 .
Le Rolando s’éloigne progressivement de la suture coronale, de 30 millim. à 47 ou 48 à 2 ans 1/2 ou trois ans pour ne plus s’éloigner dans la suite. Les deux autres mesures rolandocoronales suivent la même marche. La hauteur de l’extrémité du Rolando au-dessus de la ptère croît également jusqua la même époque, puis diminue. •
« La scissure de Sylvius remonte très obliquement en arrière, elle passe au-dessus du sommet de la suture écailleuse depuis un minimum de -+- 8 millim. (obs. IV, 30 jours), pour atteindre -+- 17 millim. (obs. VI, 18 mois).
La scissure occipitale externe est toujours située très en avant de la suture lambdoïde, dont elle est un peu plus près en dedans qu’en dehors : minimum 5 millim. en dedans (30jours), 6 en dehors (3 jours), maximum 21 en dedans (18 mois), 31 en dehors (2 ans).
Pour les sillons : le maximum de courbure de l’os frontal recouvre en général la deuxième circonvolution frontale : il est plus voisin du premier sillon frontal que du second.
La bosse pariétale répond par son point culminant à la deuxième circonvolution pariétale ; située entre l’extrémité postérieure delà sylvienne et le sillon pariétal, elle est plus rapprochée de la première que du second.
En résumé : chez l’enfant, les différences sont surtout accusées de 6 mois à 3 ans pour tendre à disparaître au-dessus et au-dessous. Le lobe frontal dépasse en arrière la suture coronale d’une quantité énorme, 42 millim. environ. Le lobe temporo -sphénoïdal s’élève à 0m,012 en moyenne au-dessus du point culminant delà suture écailleuse.
Le lobe occipital s’avance de 0m,015 environ en avant de la suture lambdoïde . »
Enfin, de la Foulhouze a appelé l’attention sur l’abaissement considérable du stéphanion chez l’enfant. Chez le fœtus
et dans les premières années de la vie, le stéphanion serait plus bas que l’extrémité inférieure du sillon de Rolando.
Pour Broca (1876), chez les enfants, la scissure perpendiculaire externe à sa partie interne est presque toujours située en avant de la suture lambdoïde.
Ch. Fèré a apporté à la question des données nouvelles et a fait de très nombreuses expériences. 11 a démontré que chez le fœtus et Je nouveau-né. un plan perpendiculaire au plan de Camper et passant par la ligne bi-auriculaire, laisse le bregma à 10 ou 15 millim. en avant de lui.
Cet avancement du bregma chez le jeune enfant serait dû surtout au peu de développement de la face comparée à la portion ôccipitale du crâne. « Chez l’adulte, le plan glabello-lambdoïdien de Hamy et le plan sous-naso-auriculaire de Camper sont obliques en avant et en bas par rapport au plan de la vision horizontale, le premier de 0°97, le second de 4°68 ; ils se rencontrent donc en arrière du crâne, en formant un angle d’environ 3°71 en moyenne. Chez l’enfant, au contraire, ces deux plans se rencontrent en avant. »
Ils forment un angle ouvert en arrière, allant sur les tableaux de Féré jusqu’à 13° (21 jours), en passant par 4 à 6° chez les enfants do 4 à 6 ans.
« Ces chiffres indiquent une sorte de mouvement de bascule du plan glabello-lambdoïdien, et font comprendre comment, à mesure que la face se développe, le bregma se trouve nonseulement élevé , mais encore reporté en arrière. » (Fèré, 1881).
C’est vers 18 mois ou 2 ans seulement que le plan auriculobregmatique arrive à être perpendiculaire au plan de Camper (au-dessous d’un an, le bregma est à 7 ou 8 millim. en avant du plan déterminé par l’équerre), mais c’est seulement « vers 6 ou 7 ans que s’établit l’équilibre entre le développement de •la face et de la région occipitale du crâne. (Fèré, 1886).
Or, selon Fèré, c’est en grande partie au défaut de parallé-
lisme dans le développement des os du crâne que sont dues les différences des rapports cérébro-crâniens aux différents âges. D’où il est difficile de se rendre un compte exact des différences du plan glabello-lambdoïdien lorsqu’on l’envisage à la fois dans l’enfance et dans l’âge adulte ; les rapports des courbes crâniennes, en effet, ne fournissent pas de données exactes à cet égard, parce que les courbes considérées aux différents âges ne sont pas concentriques. (Féré, 1881).
Fèré, en 1877, a fait une étude complète du développement du cerveau dans ses rapports avec le crâne. Voici ses résultats :
Le Rolando s’incline en arrière pendant la vio embryonnaire. Jamais, contrairement à ce qu’affirmait Hamy, l’extrémité inférieure du Rolando ne passe en avant de la suture coronale...
« 2° L’obliquité du sillon de Rolando paraît être au minimum chez l’enfant à terme. Cependant, je l’ai trouvé très incliné chez deux enfants de 9 et 17 jours. — Après la naissance, le sillon de Rolando s’incline de nouveau graduellement, et chez l’adulte, son -obliquité, toujours considérée par rapport à la suture coronale, est redevenue presque aussi considérable que chez le fœtus. Mais, en 1879, Fêré ayant considérablement augmenté le nombre de ses observations, fait des réserves sur cette conclusion et trouve les différences trop minimes pour qu’on puisse en tirer « des déductions de quelque importance. »
Voici les autres conclusions :
« Chez les jeunes enfants, le ptérion, considéré dans ses rapports avec les circonvolutions, m’a toujours paru situé sur un plan plus postérieur que chez l’adulte ; il correspond, non pas à l’anse médiane de l’M de la 3e circonvolution frontale, au cap de Rroca, mais à la queue de cette circonvolution, à la partie postérieure, à celle qui est plus spécialement affectée
au langage. Cette particularité me paraît liée au mode de développement de la 3e circonvolution frontale »....
La scissure de Sylvius « se trouve dès l’origine chez le fœtus sur un plan plus élevé par rapport à l’écaille du temporal qu’elle ne sera plus tard chez l’adulte ; elle semble s’abaisser progressivement à mesure que l’on approche de l'adolescence. La scissure pariéto-occipitale, au lieu de répondre exactement au lambda comme chez l’adulte, est située bien en avant dès son apparition, même avant qu’elle ne se soit réfléchie sur la convexité de l’hémisphère ».
« La scissure de Sylvius et la scissure pariéto-occipitale s’inclinent peu à peu en arrière et en bas, et elles finissent par atteindre à peu de chose près chez l’adulte, la première le bord supérieur de l’écaille du temporal, la seconde le lambda. La scissure de Sylvius ne dépasse jamais inférieurement cette limite ; quant à la scissure pariéto-occipitale, je ne l’ai vue que 3 fois sur 92 en arrière du lambda. 2 fois chez la femme et 1 fois seulement chez l’homme ». (Fèré 1879).
De l’ensemble de ces modifications, il semble donc qu’il y ait prédominance, dans le jeune âge, du cerveau postérieur ou portion sensitivo-végétativesur le cerveau antérieur ou psychomoteur. Mais pour que cette conclusion ait une valeur absolue, il faudrait qu’il soit établi qu’il y a un parallélisme parfait dans l’accroissement des divers os du crâne, ce qui n’est pas, si on s’en rapporte aux recherches de Fèrè concernant le développement relatif du temporal au divers âges (Fèrè, 1881).
Fèré (1881-86) a montré que les fiches que l’on enfonce sur la bosse frontale pénètrent, chez le jeune enfant, en plein dans la 2e circonvolution frontale, tandis que chez l’adulte, elles entrent au voisinage du sillon frontal supérieur, et même quelquefois dans la première circonvolution frontale.
Il a appelé l’attention sur les rapports qui existent entre la topographie crânio-cérébrale du fœtus et celle du singe, et
entre celle des enfants européens et celle des hommes de races inférieures.
Dana a fait 5 expériences sur des crânes d’enfants de 1 à 18 mois. Il a obtenu les résultats suivants :
1) L’extrémité supérieure du sillon de Rolando est généralement située comme chez l’adulte, mais peut-être à 1 ou 2 centim. en avant.
L’extrémité inférieure se trouve sur la ligne qui va du stéphanion àl’astérion.
Le sillon de Rolando va souvent très près de la scissure de Sylvius. Sa direction est peut-être un peu moins verticale que chez l’adulte.
2) La scissure de Sylvius a son point de division un peu plus haut que chez l’adulte. Sa branche postérieure se trouve soit exactement en rapport avec le sommet de la suture squameuse (les 2 enfants les plus âgés), ou au-dessus d’elle de 1/2 à 1 cent, (les 3 autres). Elle va généralement se terminer en avant de la bosse pariétale , qui est relativement plus basse que chez l’adulte. La longueur de la branche verticale est de 1 cent. 1/2 à 2 centim. Elle se dirige, en haut et un peu en avant.
3) La scissure pariéto-occipitale est exactement située sous le lambda (2 cas) ou 1 ou 2 centim. en avant (3 cas).
4) La scissure trans verse se trouvait sous Union, comme chez l’adulte.
Les deux circonvolutions centrales avaient environ 2 c. 1/2. Les sillons précentraux étaient situés derrière la suture coronale comme chez l’adulte. Le second sillon frontal se trouvait à peu près en rapport avec la ligne courbe temporale.
L’arc naso-bregmatique lui a paru dépasser les dimensions qu’on lui assigne généralement.
Dana fait remarquer que, d’après ses recherches et celles de la Foulhouze, le sillon de Rolando est proportionnellement plus en arrière chez l’enfant que chez l’adulte, puisque la
distance rolando-coronale est à peude chose près la même chez l’entant de 3 ans que chez l’adulte (1).
Pour la scissure de Sylvius, Dana n’a pas trouvé chez les enfants les différences indiquées par de la Foolhouze, il a meme vu la scissure et la suture coïncider ; les distances de l’une à l’autre étaient ordinairement minimes.
Quant à la scissure perpendiculaire externe, il l'a trouvée chez les enfants de 15 à 20 millim. en avant de la suture, bien qu’on puisse la rencontrer en rapport immédiat, même chez de petits enfants. En somme, elle est plus avancée chez le nouveau-né.
Quand à l’époque à laquelle se produit l’établissement des rapports définitifs du crâne et du cerveau, elle est pour Dana vers 7 ans, et plus précoce chez les filles que chez les garçons. Les modifications , considérables dans le courant de la première année, continuent jusqu’à quatre ans pour diminuer dans la suite.
Les recherches de Poirier (1890) n’ont pas confirmé les conclusions de Hamy d’après lesquelles : 1° Le sillon de Rolando, loin d’être placé, comme chez l’adulte, très en arrière de la scissure frontale aussi bien en haut qu’en bas, croiserait cette scissure dans sa partie moyenne pour aller cacher son 1/3 antérieur sous le frontal ; et 2° l’angle rolando-sagittal, au lieu d’être de 70 degrés, comme chez l’adulte, ne serait que de 52. — Pour Poirier, les distances rolando-coronales sont relativement les mêmes chez l’adulte et le nouveau-né (chez qui elles seraient de 33 pour la supérieure, et de 11 pour l’inférieure).
La scissure de Sylvius, au lieu de coïncider à peu près avec la suture temporo-pariétale, se trouve très au-dessus, de sorte
(1) Rappelons à ce propos que chez le foetus de six mois le sillon de Rolando est presque vertical comme cela a lieu dans les formes basses des Primates. Il acquiert ensuite progressivement son obliquité au fur et à mesure du développement du lobe frontal.
que le bord inférieur du pariétal s’avance jusqu’à la 2e circonvolution temporale chez le nouveau-né. La suture remonte ensuite peu à peu, non pas pour prendre ses rapports définitifs vers 8 ou 9 ans comme le veut Symington, mais seulement quand s’arrête le développement du cerveau et de la boîte osseuse.
Poirier n’admet pas non plus avec Férè que le ptérion répond à la partie postérieure de la 3e circonvolution frontale chez les enfants, il serait bien au-dessous. L’angle antérieur du ptérion correspondrait à la face inférieure du lobe frontal vers la partie antérieure de la scissure de Sylvius, l’angle postérieur à la partie antérieure de la scissure parallèle, et cela sur 4 enfants dans la première année, et 4 autres entre 6 et 8 ans.
Relativement au siège de la bosse Irontale chez les enfants, il a toujours retrouvé (16 enfants, 4 adultes), à rencontre de Féré, la fiche frontale dans la deuxième circonvolution frontale, en moyenne à Funiondeson 1/3 externe avec ses 2/3 internes, sauf 1 fois sur 20 où la fiche entra dans le premier sillon frontal.
Pour Poirier , la scissure occipito-pariétale est en rapport avec le lambda chez l’enfant comme chez l’adulte. Mais, tandis que chez l'adulte elle s’élève à peine de 1 à 3 millim. au dessus du lambda, chez l’enfant elle est située à 12 millim. en moyenne au-dessus de ce point.
« En résumé, dit Poirier, les différences observées par la topographie cranio cérébrale ne doivent pas être attribuées à des modifications dans la forme ou le volume respectif des lobes; elles ressortissent au développement de la boite osseuse, et comme conclusion, si les procédés de détermination cranio-cérébrale sont basés sur les chiffres exprimant les rapports respectifs entre l’encéphale et sa boîte osseuse, les mêmes procédés seront applicables aux adultes et aux enfants. » (Poirier, 1890).
Modifications chez le vieillard.
D’après 4 observations delà Foulhouze, chez le vieillard ; 1° les distances rolando-coronales sont exagérées ;
2° La scissure occipitale externe est à quelques millimètres en avant delà suture lambdoïde (9 millim. en dedans, 11 en dehors en moyenne) ;
3° La scissure sylvienne est presque horizontale à sa partie moyenne, et un peu au-dessus de l’écaille du temporal (4 mill. au-dessus) ; son extrémité est à 47 millim. de la suture lambdoïde ;
4° La bosse frontale répond à la limite externe de la lre circonvolution frontale.
Férè en 1879, d’après une étude faite sur 92 sujets de 30 ans à 90 et au-delà , a démontré qu'à partir de l’âge adulte, du moment où le développement du cerveau et du crâne peut être considéré comme complet , les rapports des sillons et des sutures paraissent rester invariables.