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CHAPITRE XI

MODIFICATIONS INDIVIDUELLES DANS LES RAPPORTS DE TOPOGRAPHIE CRANIO-CÉRÉBRALE.

Nous avons déjà étudié les diverses modifications qui existent dans les rapports topographiques cranio-cérébraux aux différents âges de l’homme. Mais d’autres causes que l’âge peuvent modifier les rapports dans des proportions assez considérables pour attirer l’attention. Le sexe, la race, les déformations pathologiques du crâne méritent sans aucun doute une étude particulière, et c’est cette étude que nous allons faire rapidement dans ce chapitre ; mais auparavant, disons deux mots des différences topographiques qui existent entre les deux côtés d'un meme cerveau. Même à letat normal, ces différences sont sensibles, plus sensibles pour les sillons que pour les scissures (de la Foulhouze) ; toutefois, elles sont minimes, et ne dépassent jamais 2 centimètres (Poirier). Parmi les plus importantes, citons avec Muller celle de la situation de l’extrémité supérieure du sillon de Rolando, qui va quelquefois à 1 centim., même à l’état normal (Heftler, Muller).

L’asymétrie du crâne entraîne l’asymétrie du cerveau (Muller). Nous verrons à propos des modifications chez les épileptiques que l’asymétrie est fréquente chez eux. Ces modi-

fications sont beaucoup plus considérables à l’état pathologique qu’à l’état normal (Féré).

Revenons aux différences individuelles .

Elles ne sont jamais considérables, et ne dépassent jamais 2 centim. pas plus que les variations d’un côté à l’autre d’un même cerveau (Poirier).

Broca (1876) a remarqué que les variations individuelles, très grandes dans la partie supérieure des hémisphères, sont au contraire assez limitées dans leur partie inférieure , où elles n’excèdent pas un centimètre. La scissure occipitale externe est une de celles qui ont les rapports les plus fixes.

Les différences sexuelles présentent des caractères assez constants. Elles sont en relation surtout avec les différences de volume de la tête (Féré).

Elles ne s’accusent que chez l’adulte, car de la Foulhouze a montré qu’elles sont nulles chez les enfants de sexe différent. On connaît les modifications du crâne chez la femme. Dana les résume ainsi : la femme, possède un crâne postérieur plus bas, plus large, avec diamètres orbitaires hauts, et crêtes, sutures, proéminences moins marquées que chez l’homme. C’est ainsi que la crête interorbitaire et sus glabellaire manque généralement chez elle (Benedikt) et que la glabelle elle-même fait souvent défaut. Enfin, la moitié postérieure de l’arc nasooccipital est relativement plus grande, l’arc lambdo-occipital plus long chez la femme que chez l’homme en longueurs absolues. Poirier trouve les variétés dans les rapports topographiques du crâne et du cerveau peu marquées dans les sexes ; moins que les variétés individuelles. Contrairement à l'opinion de Féré; elles ne lui ont pas paru pouvoir être rapportées à la forme ou au volume du crâne.

Nous avons déjà indiqué, chemin faisant, les différences signalées par les anatomistes pour chacun des rapports des » sillons et des scissures ; de même pour les différences tenant aux variations dans les indices céphaliques.

Les différences dues à la race ont été en général peu étudiées ; leur connaissance ne peut être que le résultat de longues études sur plusieurs séries de crânes et de cerveaux, et les données que nous possédons actuellement ne permettent guère de tirer des conclusions. Chiarugi a montré que Je lobe frontal est plus développé chez les brachycéphales. Nous avons vu ses conclusions à propos du sillon de Rolando. Broca et de la Foulhouze ont trouvé le sillon de Rolando loin de la suture coronale, et la scissure perpendiculaire externe très en avant de la suture lambdoïde chez un dolichocéphale. Ils en concluent qu’il y a probablement une relation entre les degrés de dolichocéphalie et l’allongemenWles lobes frontaux et occipitaux. Broca a trouvé dans les races inférieures un avancement de la scissure perpendiculaire ; Féré a fait la même observation, il note en outre que la scissure sylvienne ne paraît pas modifiée dans ses rapports avec la suture temporo-pariétale.

D après Marshall et Topinard le sillon de Rolando serait plus oblique chez le Nègre que chez l’Européen. Pour Lucas- Championnière, le chirurgien n’aurait pas à s’occuper seulement de la race, mais surtout du sexe.

Enfin, les différences dues à des déformations du crâne ou à des lésions du cerveau sont très variables. Broca le premier s’est occupé de cette question en 1871, à propos d’un cas de déformation toulousaine du crâne. 11 a trouvé le sillon de Rolando beaucoup plus oblique, et plus éloigné du bregma à sa partie supérieure. Les distances rolando-coronales étaient : en haut 57 millim., en bas 18. Les rapports du lobe occipital n’étaient pas changés. Féré a signalé les principales variations des rapports dans les cas de déformations du crâne. Selon lui, le sillon de Rolando peut se trouver plus près du bregma chez les sujets dont la suture métopique ne se soude que tardivement ou ne se soude pas; cependant la région frontale se développe davantage chez eux. Après la soudure de la suture métopique, la distance qui sépare les deux bosses frontales subit un arrêt

de développement : lorsque la soudure se fait trop vite, tri gonocèphalie, il y a obstacle au développement de la région frontale du cerveau. Chez les enfants atteints d eplagiocëphalie, causée par le décubitus, l’extrémité supérieure du sillon de Rolando est plus rapprochée du bregma du côté où la bosse frontale est le plus saillante, et la scissure perpendiculaire externe est plus en avant du lambda du même côté, mais la différence est beaucoup moindre. La déviation de l’extrémité inférieure du sillon est très peu accusée. Dans la microcéphalie frontale , Féré pense qu’il est fortement reporté en arrière du bregma. Féré a montré la fréquence des déformations du crâne chez les épileptiques ; asymétrie cranio-faciale, déformations dues à des synostoses prématurées, et autres anomalies morphologiques ; plagiocéphalie, microcéphalie, macrocéphalie, prévalence de la demi-circonférence postérieure sur l’antérieure, capacité exagérée des fosses cérébelleuses, etc. ; épaississement partiel ou général des os du crâne. Féré a examiné un sujet ayant une bosse occipitale prononcée, et n’a pas trouvé de modifications dans les rapports cérébro-crâniens. Nous avons rencontré dans notre série de crânes un sujet qui avait également une bosse occipitale très développée ; mais à l’encontre de Féré, nous avons trouvé la scissure perpendiculaire externe considérablement reculée, et située bien en arrière du lambda (v. Planche I, crâne P).

Les variations topographiques dans la classe des dégénérés sont loin d’être constantes et d’être soumises à des règles fixes. Le type du criminel né de Lombroso est une conception de l’esprit ne répondant à aucun type connu. C’est l’opinion de Dana. Pour lui, tout ce qu’on peut dire de plus général et de plus vérifiable par l’observation directe du crâne et du cerveau , c’est que chez les cérébraux (épileptiques , aliénés , criminels, etc.), il y a plus souvent perversion du tj'pe normal que chez les personnes saines. Cependant, il a trouvé ordinairement chez ces individus l’arc frontal au minimum, l’arc

pariétal plus court, mais il les a vus quelquefois, au contraire, exagérés. Chez certains épileptiques et les idiots avec arrêt de développement de la partie antérieure du crâne, la distance entre lebregma et le sillon de Rolando est généralement moins longue que d’ordinaire, la fin du sillon ne subissant aucun changement dans sa situation ordinaire. Fèrè a vu deux fois la distance rolando-hregmatique réduite à moins de 33 millim. chez deux épileptiques idiotes.

Il a montré, en outre, que le sillon de Rolando peut être rapproché du bregma chez les individus qui ont eu des lésions destructives anciennes de la région frontale. Chez les anciens amputés , Fèrè trouve que le fait est loin d’être constant, bien qu’il ait, lui-même, cité des cas où le sillon de Rolando était avancé. Chez une femme amputée depuis 40 ans, le sillon du côté opposé était avancé de 5 millim ; dans un autre cas publié avec Mayor, les distances rolando-bregmatiques étaient avancées des deux côtés (33 millim.) chez un amputé de jambe depuis 30 ans.

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